Elles sont restées impunies

Attaques chimiques en Syrie: le piĂšge des lignes rouges

  • PubliĂ© le 7 fĂ©vrier 2018 Ă  23:07
  • ActualisĂ© le 8 fĂ©vrier 2018 Ă  05:40
L'entrée de la ville de Khan Cheikhoun, en Syrie, cible supposée d'une attaque au gaz, le 12 juillet 2017

Le président français Emmanuel Macron avait promis une "riposte immédiate", Donald Trump "n'exclut aucune option". Mais pour l'heure les nouvelles attaques chimiques imputées au régime de Damas restent impunies: les deux dirigeants ont-ils imprudemment tracé une ligne rouge comme Barack Obama en 2013 ?


La France tout comme les Etats-Unis ont publiquement attribuĂ© au prĂ©sident Bachar al-Assad les derniĂšres attaques au chlore - six en un mois selon Washington - recensĂ©es dans des zones rebelles, oĂč des dizaines de cas de blessĂ©s par suffocation ont Ă©tĂ© rapportĂ©s.
"Toutes les indications (...) nous montrent qu'il y a l'usage du chlore par le régime en ce moment en Syrie", a déclaré mercredi le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, emboßtant le pas à l'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley.

Malgré le démantÚlement des stocks syriens sous supervision russo-américaine en 2013, ces armes sont "à nouveau employées par le régime syrien, de maniÚre méthodique, de maniÚre systématique, contre sa propre population", a lancé l'ambassadeur de France à l'ONU, François Delattre, dans un constat sans appel.

DĂšs sa prise de fonctions en mai 2017, Emmanuel Macron avait tracĂ© une "ligne rouge trĂšs claire" sur cette question, promettant "des reprĂ©sailles et une riposte immĂ©diate" de la France en cas d'utilisation d'armes chimiques. Un mois plus tard, Paris et Washington se disaient prĂȘts Ă  riposter de maniĂšre coordonnĂ©e Ă  toute nouvelle attaque chimique du rĂ©gime syrien. Logiquement, la question d'une Ă©ventuelle action militaire est donc aujourd'hui posĂ©e.

"A la lettre, la +ligne rouge+ de Macron est franchie. L'est-elle dans l'esprit ? Je n'en suis pas sĂ»r du tout", estime Bruno Tertrais, directeur-adjoint de la Fondation pour la recherche stratĂ©gique (FRS) Ă  Paris. "Quand il a tracĂ© sa ligne rouge, il est possible qu'il ait plutĂŽt eu en tĂȘte une attaque massive de type Ghouta ou Khan Cheikhoun, trĂšs lĂ©tale, menĂ©e Ă  partir d'agents dĂ©diĂ©s de type sarin", esquisse l'expert.

- "Solution politique" -

AprÚs l'attaque de Khan Cheikhoun (nord), qui avait tué 88 personnes le 4 avril 2017 et provoqué un tollé international, le président Donald Trump avait ordonné le tir de 59 missiles de croisiÚre contre une base aérienne des forces syriennes. Déjà en 2013, le régime syrien avait été accusé d'avoir utilisé du gaz sarin dans la banlieue de Damas, faisant 1.400 morts.

Mais le président américain d'alors, Barack Obama, qui avait lui aussi tracé une ligne rouge, avait renoncé au dernier moment à procéder à des frappes, préférant sceller l'accord de démantÚlement de l'arsenal chimique syrien. La France, lùchée en rase campagne par son allié américain, avait alors aussi renoncé à son opération punitive.

"Ces derniÚres attaques visent à tester si le président Trump tiendra sa ligne rouge sur les armes chimiques", avance David Adesnik, directeur de recherche d'une institution proche des conservateurs américains, la Foundation for defense of democraties (FDD).
"Le prĂ©sident n'exclut rien", martĂšle de son cĂŽtĂ© l'administration amĂ©ricaine, tout en se refusant Ă  "toute spĂ©culation" sur la rĂ©ponse qui pourrait ĂȘtre apportĂ©e.

Tout comme Paris, Washington semble avant tout mettre l'accent sur le processus politique et s'en remettre aux Russes pour ce qui est de dissuader le rĂ©gime syrien d'utiliser des armes chimiques. "Si l'on estime qu'une action militaire aurait des consĂ©quences dommageables Ă  la recherche d'une solution politique, il pourrait ĂȘtre lĂ©gitime de ne pas agir", souligne Bruno Tertrais.

La France a lancĂ© de son cĂŽtĂ© une initiative au niveau des Etats, relayĂ©e par une trentaine de pays, visant Ă  dĂ©noncer et sanctionner des responsables d'attaques chimiques en Syrie sans plus attendre un blanc seing de l'ONU oĂč Moscou bloque toute condamnation du rĂ©gime.

"Les Américains considÚrent que le chlore n'est pas vraiment une arme chimique. Cela leur évite d'avoir à réagir", relÚve aussi François Heisbourg, président de l'International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres. Mais selon lui, "Emmanuel Macron a pris un risque" avec sa ligne rouge. "Si on dit et répÚte qu'il y a des attaques chimiques, on va se fabriquer une obligation de réaction. On n'en est pas loin", met-il.
AFP

guest
0 Commentaires