"Jour du génocide"

Au Bangladesh, 200.000 Rohingyas commémorent leurs deux ans d'exil

  • PubliĂ© le 25 aoĂ»t 2019 Ă  14:23
  • ActualisĂ© le 25 aoĂ»t 2019 Ă  14:56
Des réfugiés rohingyas rassemblés dans le camp de Kutupalong pour commémorer le deuxiÚme anniversaire de leur exil, le 25 août 2019 au Bangladesh

Ils l'appellent le "Jour du Génocide": environ 200.000 Rohingyas ont manifesté dimanche dans un camp de réfugiés du Bangladesh, pour commémorer le deuxiÚme anniversaire de leur exil de Birmanie.

Quelque 740.000 membres de cette ethnie musulmane avaient fui l'Etat de Rakhine (ouest) en août 2017, suite à une opération de répression de l'armée en Birmanie -- pays à forte majorité bouddhiste. Des familles entiÚres avaient rejoint dans des conditions trÚs difficiles 200.000 Rohingyas victimes de persécution et déjà installés de l'autre cÎté de la frontiÚre, au Bangladesh. Au total, prÚs d'un million de personnes sont désormais réparties dans une trentaine de camps de réfugiés du district bangladais frontalier de Cox's Bazar (sud-est).

Sous le soleil, des enfants, des femmes portant le voile et des hommes vĂȘtus de pagnes multicolores ont dĂ©filĂ© dimanche en criant "Dieu est grand, longue vie aux Rohingyas!". Ils disaient commĂ©morer ce qu'ils appellent le "Jour du gĂ©nocide".

RassemblĂ©s dans ce qui est devenu le plus grand camp de rĂ©fugiĂ©s du monde, ils ont entonnĂ© une chanson populaire en signe de complainte: "Le monde ne prĂȘte pas attention au malheur des Rohingyas", affirment les paroles. "Je suis venue pour demander justice pour le meurtre de mes deux fils. Je continuerai Ă  me battre jusqu'Ă  mon dernier souffle", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP Tayaba Khatun, 50 ans, en essuyant les larmes perlant sur ses joues.

- 'Nous voulons y retourner' -

Les Rohingyas ne sont pas reconnus comme une minoritĂ© officielle par le gouvernement birman. Celui-ci, qui les considĂšre comme des Bengalis, ne leur a pas non plus donnĂ© la citoyennetĂ© birmane, mĂȘme si de nombreuses familles vivent Ă  Rakhine depuis des gĂ©nĂ©rations.

Des enquĂȘteurs de l'ONU ont dĂ©noncĂ© un "gĂ©nocide" des Rohingyas, appelant Ă  poursuivre des gĂ©nĂ©raux birmans. La Birmanie a rejetĂ© ces accusations, affirmant s'ĂȘtre dĂ©fendue contre des attaques de rebelles Rohingyas contre des postes de police.

Un leader des Rohingyas, Mohib Ullah, a déclaré dimanche que les membres de cette minorité apatride souhaitaient retourner en Birmanie, mais sous trois conditions: avoir des garanties quant à leur sécurité, obtenir la nationalité birmane et pouvoir regagner leurs villages d'origine. "Nous avons demandé au gouvernement birman l'ouverture d'un dialogue. Mais nous n'avons obtenu aucune réponse jusqu'à présent", a déclaré M. Ullah. "Nous avons été frappés, tués et violés à Rakhine. Mais qu'importe, c'est toujours chez nous là-bas. Et nous voulons y retourner."

Des réfugiés ont organisé des priÚres musulmanes en hommage aux personnes décédées. D'autres portaient de grandes banderoles exhortant la Birmanie à leur accorder la citoyenneté birmane. Environ 200.000 Rohingyas ont participé à ce rassemblement pacifique, a indiqué à l'AFP un officier de police, Zakir Hassan.

- Meurtre par balle -

La sĂ©curitĂ© a Ă©tĂ© renforcĂ©e dans le camp de rĂ©fugiĂ©s de Kutupalong, le plus grand du monde, oĂč vivent actuellement plus de 600.000 Rohingyas. "Des centaines de policiers, de soldats et de gardes-frontiĂšres ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©s pour prĂ©venir tout incident violent", a indiquĂ© Ă  l'AFP un responsable local de la police, Abul Monsur.

Le Bangladesh et la Birmanie ont signé un accord de rapatriement des réfugiés en 2017. Mais deux tentatives, en novembre puis cette semaine, ont échoué car ils refusent tous de partir.

L'organisation internationale de défense des droits de l'homme Amnesty International a estimé que la violence en cours dans l'Etat de Rakhine "rend tout rapatriement immédiat dangereux et non viable".

Des responsables du Bangladesh et de l'ONU ont interrogĂ© prĂšs de 300 familles. Mais pas une seule n'a souhaiter retourner pour l'instant en Birmanie, oĂč elles craignent d'ĂȘtre internĂ©es dans des camps pour dĂ©placĂ©s.

Samedi, la police bangladaise a déclaré avoir abattu dans un des camps de réfugiés deux Rohingyas suspectés du meurtre par balle cette semaine d'un responsable politique du parti au pouvoir.

D'autres réfugiés ont affirmé que cette série de violences avaient propagé la peur au sein de leur communauté et entraßné le renforcement des mesures de sécurité.

AFP

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