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Au bidonville de Grande-Synthe, le suivi précaire des femmes enceintes

  • PubliĂ© le 19 fĂ©vrier 2016 Ă  15:23
A Grande-Synthe (Nord), les bénévoles de Gynécologie sans frontiÚres savent qu'elles vont découvrir des grossesses trÚs particuliÚres

"Certaines essaient de passer en Grande-Bretagne enceintes de huit mois ": au bidonville de migrants de Grande-Synthe (Nord), les bénévoles de Gynécologie sans frontiÚres savent qu'elles vont découvrir des grossesses trÚs particuliÚres.


En ce matin de fĂ©vrier, trois membres de l'association effectuent leur maraude hebdomadaire dans ce camp proche de Dunkerque, aux conditions d'insalubritĂ© catastrophiques. L'objectif principal est de rencontrer les femmes enceintes avant leur traversĂ©e clandestine vers la Grande-Bretagne, but rĂȘvĂ© d'un exode au cours duquel elle peuvent passer neuf mois de grossesse sans voir un mĂ©decin.
"Si on ne va pas à elles, elles ne viendront pas", résume le docteur Valérie Marante. Ce jeudi, la neige complique le travail, car les migrants restent à l'abri. Les bénévoles pataugent dans la boue depuis un quart d'heure lorsque la consoeur d'une ONG leur signale une tente aux allures de chapiteau: "il y a une femme enceinte ici". L'une des "six ou sept présentes sur le camp".
Souad a 28 ans et attend son quatriĂšme enfant. Les trois premiers, ĂągĂ©s de 2 Ă  6 ans, jouent tranquillement autour d'un poĂȘle, tandis qu'Abbas, leur pĂšre, est plongĂ© dans un manuel de langue.
"Vous avez vu un mĂ©decin? Vous en ĂȘtes Ă  combien de grossesse?" La femme a un geste Ă©vasif. Elle n'a aucun dossier mĂ©dical. AprĂšs un bref Ă©change, elle se laisse convaincre de la nĂ©cessitĂ© d'un examen dans la camionnette de l'association.
Le camp de Grande-Synthe, composé essentiellement de Kurdes, compte un peu plus de 1.100 personnes, selon le dernier décompte de la préfecture. Si prÚs de 300 personnes vulnérables ont déjà été mises à l'abri (dont 120 enfants et 65 femmes), il en restait toujours 136 sur place, selon ces chiffres officiels.
Parmi elles, des femmes enceintes. Tendues vers leur rĂȘve de Grande-Bretagne, certaines n'hĂ©siteront pas Ă  tenter la traversĂ©e jusqu'au terme de leur grossesse, explique le Dr Marante: "C'est plus facile de passer enceinte de huit mois qu'avec un nouveau-nĂ©. Les maris insistent aussi", raconte cette jeune femme dynamique, Ă  la force de conviction communicative.
Abbas connaßt la difficulté de l'exode avec des enfants: en France "depuis dix mois", d'abord à Calais puis à Teteghem (également prÚs de Dunkerque), les passeurs lui demandent "13.000 euros pour toute la famille". Une somme que cet ancien plombier ne possÚde pas.
- Echographie -
Gynécologie sans frontiÚre est une petite ONG qui intervient sur les camps de Calais, Norrent-Fonte (Pas-de-Calais) et Grande-Synthe notamment, avec l'aide de bénévoles -- tel le Dr Marante, en vacances pour quinze jours de son poste à Boulogne-sur-Mer.
Dans la camionnette prĂȘtĂ©e par la municipalitĂ©, spartiate mais cruciale pour cette ONG dĂ©sargentĂ©e, les mĂ©decins ont dĂ©pliĂ© une table de consultation. Il fait 2 degrĂ©s, un souffle glacĂ© entre par la porte laissĂ©e entrouverte pour permettre le branchement de l'appareil Ă  Ă©chographie, mais Souad suit l'image qui s'affiche Ă  l'Ă©cran avec des yeux qui brillent.
"Vous voyez le nez et la bouche? demande le médecin, qui date la grossesse de 22 semaines.
- Tout va bien? s'inquiĂšte Souad.
- Oui, vous voyez, il n'y pas de bec de liĂšvre.
- C'est une fille ou un garçon?"
Une fille, la troisiÚme. Souad remet son manteau. Elle repartira avec des vitamines et un rendez-vous pour le lendemain à la maternité. Ainsi qu'un dossier prénatal, précieux si elle doit encore se déplacer.
Mais la journée n'est pas finie pour les bénévoles de GSF. Pendant l'examen, deux autres femmes sont venues frapper à la porte de la camionnette.
Rojan, 23 ans, n'en est qu'aux premiÚres semaines de grossesse. On ne voit encore rien à l'écran. "Il faut revenir dans deux semaines!" La jeune femme a l'air déçue. "Elles veulent une échographie du bébé, c'est normal, c'est leur seul bonheur en ce moment", soupire le Dr Marante.
Avant elle, la gynécologue a vu Aïcha, "presque à terme", et qu'elle avait déjà conduite la semaine précédente à la maternité pour une consultation. Qu'elle ait essayé ou non de passer, "Aïcha est encore là", dit la bénévole. Et surtout, "ça va".

Par Claire GALLEN - © 2016 AFP
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