Le Parlement grec

Au centre de la bataille balkanique

  • PubliĂ© le 16 juin 2018 Ă  10:13
  • ActualisĂ© le 16 juin 2018 Ă  10:21
Manifestation Ă  AthĂšnes des opposants Ă  l'accord entre AthĂšnes et Skopje, le 15 juin 2018

Le Parlement grec se retrouve samedi au centre de la bataille politique balkanique déclenchée par l'accord entre AthÚnes et Skopje sur le nom de Macédoine, le Premier ministre Alexis Tsipras y affrontant une motion de censure de son opposition de droite.

Sauf coup de théùtre majeur, le gouvernement de M. Tsipras, qui dispose d'une majorité de 154 voix sur 300, doit sortir indemne du vote, prévu à partir de 11H00 GMT.

Mais il n'en est pas de mĂȘme du climat politique, qui s'est tendu des deux cĂŽtes de la frontiĂšre aprĂšs l'annonce mardi de l'accord, prĂ©voyant que l'actuelle "Ex-RĂ©publique yougoslave de MacĂ©doine" soit baptisĂ©e "MacĂ©doine du Nord". Une manifestation devant le Parlement est prĂ©vue dans la soirĂ©e, Ă  l'appel du "ComitĂ© de lutte pour la grĂ©citĂ© de la MacĂ©doine". Cette nĂ©buleuse de personnalitĂ©s espĂšre rééditer les grands rassemblements tenus Ă  trois reprises Ă  AthĂšnes et en GrĂšce du nord depuis la relance des nĂ©gociations cet hiver.

Le lancement de leur mobilisation vendredi matin n'a toutefois réuni que quelques centaines de personnes, dont des députés du parti néonazi Aube Dorée. L'un d'eux, Constantin Barbaroussis, fait l'objet d'une procédure judiciaire pour avoir déclaré, devant le Parlement, que l'armée devrait interpeller les plus hauts responsables de l'Etat, coupables à ses yeux de "trahison".

"Recul" ou "patriotisme"?

A l'origine de la motion de censure contre le gouvernement Tsipras, le grand parti conservateur de la Nouvelle-Démocratie considÚre que le rÚglement constitue un "recul national".

"Nous ne diviserons pas les Grecs pour unir les (Macédoniens)", a lancé son chef, Kyriakos Mitsotakis devant le Parlement. Devançant M. Tsipras dans les sondages, il entend selon les analystes capitaliser la colÚre des franges nationalistes de l'électorat. M. Tsipras a lui salué une occasion d'"éclaircir les responsabilités de chacun envers l'Histoire", défendant le caractÚre "patriotique" de la solution trouvée.

L'accord vise Ă  sceller le renoncement des voisins aux visĂ©es que leur imputent les Grecs sur la province grecque de MacĂ©doine, ainsi qu'Ă  leur appropriation du legs de la MacĂ©doine antique, incarnĂ©e par Alexandre le Grand. Cette querelle politico-historique restait irrĂ©solue depuis l'indĂ©pendance en 1991 du petit État, bloquant son ancrage dans l'UE et l'OTAN, un verrou grec qui doit sauter.

Au pouvoir de 2004 à 2009, la ND avait alors acté la nécessité d'un compromis avec le partage du nom de "Macédoine". Mais pour elle, le gouvernement Tsipras a fait trop de concessions dans ce dossier, avec "l'acceptation d'une langue et d'une nationalité macédoniennes", forgées de fait chez les voisins depuis un demi-siÚcle.

Signature prévue dimanche

Elle dĂ©nie aussi toute lĂ©gitimitĂ© Ă  M. Tsipras pour engager le pays, au vu des divisions au sein de son gouvernement - son alliĂ© souverainiste, le ministre de la DĂ©fense Panos Kammenos, est en effet opposĂ© Ă  tout partage du nom. L'argument est Ă©galement repris par le reste de l'opposition, qui devrait voter la dĂ©fiance par principe, mĂȘme si la majoritĂ© de ses dirigeants de centre-gauche ont saluĂ© l'accord.

Les neuf dĂ©putĂ©s souverainistes qui complĂštent la majoritĂ© de M. Tsipras devraient logiquement rejeter la motion de censure. Pour autant, ils n'auront pas Ă  se prononcer sur l'accord lui-mĂȘme. Le texte ne doit en effet ĂȘtre soumis Ă  ratification en GrĂšce que fin 2018 - M. Tsipras pourra alors compter sur un renfort centriste.

D'ici lĂ , la partie macĂ©donienne s'est engagĂ©e Ă  ratifier l'accord, le faire approuver par rĂ©fĂ©rendum et l'acter par une rĂ©vision constitutionnelle. Pour engager toute cette procĂ©dure, l'accord doit ĂȘtre officiellement signĂ© dimanche matin, lors d'une cĂ©rĂ©monie rĂ©unissant les deux gouvernements sur les rives du lac frontalier de Prespes.

Les mĂ©dias grecs tablaient aussi sur la prĂ©sence de responsables europĂ©ens, aprĂšs le dĂ©luge de fĂ©licitations de l'UE, de l'Otan et de l'ONU que le rĂšglement a valu aux deux capitales. Mais cĂŽtĂ© macĂ©donien, l'issue finale du rĂšglement apparaĂźt loin d'ĂȘtre acquise, car la droite nationaliste macĂ©donienne, elle aussi remontĂ©e Ă  bloc, se dit dĂ©terminĂ©e Ă  le faire trĂ©bucher.

 - © 2018 AFP

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