45 personnes sont mortes

Au Kazakhstan, douleur aprĂšs le pire accident minier de l'histoire du pays

  • PubliĂ© le 30 octobre 2023 Ă  19:11
  • ActualisĂ© le 30 octobre 2023 Ă  19:54
Les funérailles de mineurs tués dans un accident minier, le 30 octobre 2023 à Karaganda, au Kazakhstan

"Il y a tellement d'enterrements, je n'arrive pas à tous y assister". Devant la mosquée de Karaganda, Arman Kassimov, mineur, se recueille devant le corps d'un de ses collÚgues tué ce week-end lors du pire accident minier de l'histoire du Kazakhstan.

Portée par une dizaine d'hommes, la dépouille arrive sur l'esplanade, tandis que des femmes crient leur douleur au passage de la procession. "C'était un bon gars sur qui on pouvait compter, il donnait des conseils à tout le monde", se souvient sous le crachin d'automne M. Kassimov.

Avec une centaine de personnes, le jeune homme assiste Ă  l'enterrement d'Erboulat AdampaĂŻev, qui avait fĂȘtĂ© ses 53 ans il y a deux semaines et a perdu la vie dans l'explosion de la mine Kostenko dans la nuit de vendredi Ă  samedi.

Avec 45 morts et un porté disparu qui ne sera probablement pas retrouvé vivant d'aprÚs les sauveteurs, ce nouveau drame sur un site d'ArcelorMittal a endeuillé cet immense pays d'Asie centrale.

"La mine, c'est comme un pacte avec le diable. Tu peux faire vivre ta famille, mais elle te prend la vie", résume à l'AFP Arman Kassimov.
Car dans cette région industrielle, travailler dans les mines est l'une des rares façons de recevoir un salaire légÚrement supérieur à la moyenne, mais au prix fort.

L'arrivĂ©e au Kazakhstan en 1995 d'ArcelorMittal a un temps Ă©loignĂ© les sombres annĂ©es de la dĂ©cennie 1990 oĂč l'eau, le chauffage et l'Ă©lectricitĂ© manquaient.

Mais les accidents à répétition ont mis en lumiÚre les manquements aux normes de sécurité dans un bassin minier déjà particuliÚrement dangereux.

- "Sécurité au niveau zéro" -

En pĂ©riphĂ©rie nord de Karaganda, oĂč dĂ©bute la steppe, une couronne de fleurs est posĂ©e Ă  l'entrĂ©e de la mine Kostenko, alors que les sauveteurs s'affairaient toujours lundi Ă  rechercher le dernier mineur portĂ© disparu.

De l'extérieur, peu de choses semblent avoir changé ici depuis la chute du communisme.

En haut des chevalets, des étoiles rouges sont toujours visibles, tout comme sur les murs plusieurs portraits de Vladimir Lénine, le fondateur de l'Union soviétique, alors que cette mine avait été décorée de l'ordre éponyme pour son "travail hautement productif et dévoué", selon la terminologie consacrée.

Immédiatement aprÚs l'annonce de l'accident, le gouvernement kazakh a annoncé avoir conclu un accord préliminaire avec ArcelorMittal pour prendre le contrÎle de la filiale locale, ce qu'a confirmé le groupe.

Le géant de l'acier était déjà sur la sellette, alors que les mines kazakhes d'ArcelorMittal avaient déjà avalé plus d'une dizaine de mineurs en moins d'un an dans cette province du centre de cette ex-république soviétique riche en ressources naturelles.

"S'il y a souvent des tragĂ©dies, cela signifie que la sĂ©curitĂ© est au niveau zĂ©ro", dĂ©plore ainsi Marat MirguaĂŻazov, reprĂ©sentant d'un syndicat de mineurs. Et ce mĂȘme si ArcelorMittal, dirigĂ© par l'homme d'affaires indien Lakshmi Mittal et basĂ© au Luxembourg, rĂ©pĂ©tait avoir tout fait pour amĂ©liorer la sĂ©curitĂ© sur ses sites ces derniĂšres annĂ©es.

En attendant les futures mesures que prendra le gouvernement qui promet d'améliorer les conditions de travail des mineurs, le travail de reconnaissance des corps se poursuivait lundi.

"Hier, un chef de brigade devait, à chaque fois, aller identifier les corps retrouvés. C'était dur de le voir, ses larmes ne séchaient pas", se souvient M. Mirguaïazov.

"Il faudra faire des analyses ADN, l'explosion Ă©tait tellement puissante que tu ne peux pas reconnaĂźtre tous les corps", poursuit-il, alors que le souffle a tout balayĂ© sur deux kilomĂštres et que seuls 14 mineurs ont pu ĂȘtre enterrĂ©s.

AFP

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