Covid-19

Au Mexique, on remixe pour oublier le virus

  • PubliĂ© le 22 juillet 2020 Ă  18:45
  • ActualisĂ© le 22 juillet 2020 Ă  18:53
Le DJ Mexicain Roberto Garcia teste son micro avant de commencer son show sur une toit du quartier de Rio Hondo, un quartier de Naucalpan de Juarez, prĂšs de Mexico, le 18 juillet 2020

Sur un toit de Naucalpan, une banlieue de Mexico, de puissants haut-parleurs crachent un remix endiablé.

Aux platines, Roberto Garcia fait danser ses voisins pour les aider Ă  supporter le confinement. Roberto, 38 ans, qui s'est auto-proclamĂ© "Conquistador Latino", est un "sonidero", un DJ de style mexicain, trĂšs populaire, qui mĂ©lange musique et lumiĂšres pour faire danser les rues. Dans son micro, du haut de l'immeuble oĂč il a installĂ© son matĂ©riel, il salue aussi amicalement que bruyamment son public.

C'est l'impossibilitĂ© de faire la fĂȘte Ă  cause de la pandĂ©mie qui sĂ©vit au Mexique, qui a encouragĂ© Roberto Ă  d'abord mettre son show sur son propre toit. SuccĂšs immĂ©diat. Il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour ĂȘtre invitĂ© Ă  jouer sur d'autres terrasses. "A cause de la pandĂ©mie, on ne donne plus d'autorisation de se produire et il n'y a pas d'endroits oĂč sortir et s'amuser. Cela fait 20 ans que mon "Conquistador Latino" tourne. Je me suis donc adaptĂ© Ă  la situation", explique le DJ Ă  l'AFP.

DerriÚre lui, son équipe prépare la soirée. "Sur le toit pour vous ! Mes excuses et mes salutations à Charly, à la famille Arreguín et à tous les habitants du quartier de Miramar", lance-t-il. La sono est si puissante que les quartiers voisins en profitent aussi. Une version tropicale de "Mi cacharrito", un tube célÚbre du Brésilien Roberto Carlos, s'élÚve en arriÚre-plan.

Peu Ă  peu, depuis leurs balcons, des voisins se laissent prendre par le rythme de la musique Ă©lectronique. Le quartier tout entier semble couvert par ces sons entrecoupĂ©s des sorties du DJ. Tout est retransmis en direct sur Facebook. "A tous les habitant de Los Reyes, Ă  tous ceux qui dansent dĂ©jĂ  sur leurs toits", crie Roberto. Ses projecteurs inondent de lumiĂšre les façades des immeubles des quartiers proches. Aux fenĂȘtres, des voisins brandissent des lampes torches allumĂ©es, comme le stipulait l'invitation Ă  l'Ă©vĂšnement.

- Un DJ sur le toit -

Roberto ne fait pas payer son spectacle. Sa seule motivation, confie le DJ, est d'apporter un peu de musique aux personnes confinĂ©es. Et si l'on en juge par les chiffres officiels, la pandĂ©mie est loin d'ĂȘtre enrayĂ©e. Quelques 350.000 personnes ont Ă©tĂ© contaminĂ©es et environ 40.000 ont succombĂ© au nouveau coronavirus.

"Toutes les dépenses liées au transport et à l'installation du matériel sont à notre charge. Offrir de la musique aux gens, c'est une forme de thérapie, de plaisir, une récréation en quelque sorte", estime Roberto.

Lorsqu'il ne joue pas au DJ sur un toit pendant les week-ends, Roberto dirige une entreprise qui fabrique des meubles de bureau. Vivre de son hobby ici au Mexique, lui serait impossible. "L'industrie (musicale) est Ă  l'arrĂȘt. Elle ne sera remise en route que plus tard. Nous souffrons de ce qui se passe en ce moment dans le monde", dĂ©plore Roberto en expliquant qu'avant la pandĂ©mie, un "sonidero" se faisait rĂ©munĂ©rer entre 10.000 et 60.000 pesos (450 Ă  2.600 dollars) par reprĂ©sentation.

Bien que le Mexique ait autorisĂ© la remise en route de certaines activitĂ©s Ă©conomiques, les "sonideros" et les boĂźtes de nuit, vont dans doute ĂȘtre parmi les derniers Ă  reprendre. Quelques 380.000 emplois directs et indirects sont en pĂ©ril, selon le syndicat mexicain Anidice.

- Minute de silence et applaudissements -

L'ambiance festive n'empĂȘche pas quelques moments de sĂ©rieux. Du haut de son toit, d'oĂč l'on peut voir une grande partie de la vallĂ©e du Mexique et des centaines de maisons, il profite de la pluie pour Ă©voquer Ă  son micro le souvenir de ceux qui sont morts du coronavirus et demander une minute de silence.
"Depuis votre maison, je veux que vous me souteniez avec vos lumiĂšres blanches", lance-t-il.

A l'instar de plusieurs villes européennes, il appelle les Mexicains à applaudir pendant 30 secondes le personnel médical mobilisé dans la lutte contre le coronavirus.

"Applaudissons les brancardiers, les ambulanciers, toutes les personnes qui travaillent dans le secteur de la santé", applaudissons tous les acteurs du secteur de la santé", lance-t-il d'une voix émue, avant de laisser éclater les applaudissements de son public.

AFP

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