Au Pakistan, les gravures remplacent les photos dans les cimetiĂšres chiites

  • PubliĂ© le 15 mars 2026 Ă  10:34
  • ActualisĂ© le 15 mars 2026 Ă  12:22
L'artiste Sadiq Poya grave le portrait d'une personne décédée sur une pierre tombale à Quetta, au Pakistan, le 17 février 2026

Pour garder un souvenir éternel de leurs proches disparus, de plus en plus de musulmans chiites du Pakistan font graver le portrait des défunts sur le marbre noir des pierres tombales, malgré les réticences des religieux.

Dans un cimetiÚre de Quetta, grande ville du sud-ouest au pied des montagnes enneigées de la province du Baloutchistan, Mohammad Arif, employé dans un fast-food, se recueille sur la tombe de son pÚre, accompagné par le chant des oiseaux et le léger bruissement du vent dans les arbres.

Sur la pierre tombale est gravé le visage du défunt tué avec quatre autres membres de sa famille en 2014 dans une attaque contre la communauté chiite dans ce pays majoritairement sunnite.

"Je ressens la paix dans mon Ăąme et dans mon cƓur quand je visite la tombe de mon pĂšre. GrĂące au portrait gravĂ©, j'ai l'impression qu'il me regarde", confie Mohammad Arif, 28 ans.

Un peu plus loin, Mukyhiar Ali, 42 ans, montre le visage de son frÚre gravé lui aussi sur du marbre noir.

"Il y a tellement de tombes dans le cimetiÚre que ma mÚre avait du mal à trouver celle de son fils. Mais maintenant, grùce au portrait gravé, elle peut la reconnaßtre facilement malgré ses problÚmes de vue", explique ce tailleur de Quetta.
Dans le passé, beaucoup plaçaient des photos encadrées sur les tombes accompagnées de versets du Coran calligraphiés sur des drapeaux noirs et verts.

"Mais les photos sur papier se fanaient. Le portrait gravé sur du marbre reste beau trÚs longtemps", remarque Talib Hussain, 32 ans, qui se recueille sur la tombe de son pÚre.

D'oĂč sa popularitĂ© croissante au sein de la communautĂ© hazara, une minoritĂ© chiite du Pakistan, longtemps persĂ©cutĂ©e par des groupes armĂ©s sunnites.

- "Au service des gens" -

L'artiste Sadiq Poya, ĂągĂ© de 35 ans, est l'auteur de nombreux portraits gravĂ©s dans ce cimetiĂšre. Il les rĂ©alise parfois gratuitement pour les familles qui n'ont pas les moyens de le payer, car il veut ĂȘtre "au service des gens".

Il a puisé son inspiration en visitant un cimetiÚre de Kaboul en Afghanistan, aprÚs des études d'art et de calligraphie. "Graver un tel portrait demande beaucoup d'efforts car c'est un art", explique-t-il à l'AFP.

Initialement, il dessinait les lignes du visage directement sur le marbre avant de graver. Désormais, il dispose d'une machine à graver à la pointe de diamant qui lui facilite un peu le travail. Il lui faut toutefois encore sept à dix jours pour terminer un portrait.

Selon la taille, un visage gravé coûte de 20.000 à 30.000 roupies pakistanaises (60 à 90 euros). "Les personnes riches préfÚrent des portraits sur granit, les autres sur du marbre", souligne-t-il.

Sadiq Poya a dĂ» quitter l'Afghanistan aprĂšs le retour au pouvoir des autoritĂ©s talibanes qui appliquent une version ultra-rigoriste de l'islam dans laquelle la reprĂ©sentation des ĂȘtres humains est interdite.

Mais au Pakistan, certains religieux chiites comme Hashim Mossavi, sont aussi rĂ©ticents pour les mĂȘmes raisons: "Les portraits sur les tombes sont une nouvelle mode, mais si vous voulez mon opinion, il serait mieux qu'on ne montre pas" ces visages.

AFP

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