GRÈVE CHEZ DERICHEBOURG OI Le président de la Civis demande l'intervention urgente du préfet dans la gestion du ramassage des déchets

SAINT-LEU Chaussée inondée en centre-ville, la circulation est interdite dans les deux sens sur la rue du Général Lambert

voir plus

Justice

Au procĂšs Charlie, l'embarras de Farid Benyettou, ex-mentor des Kouachi

  • PubliĂ© le 3 octobre 2020 Ă  21:58
  • ActualisĂ© le 4 octobre 2020 Ă  06:49
Farid Benyettou arrive au tribunal Ă  Paris le 3 octobre 2020

Repenti sincÚre ou bien de circonstance? Entendu samedi comme témoin au procÚs Charlie Hebdo, l'ex-mentor des frÚres Kouachi Farid Benyettou a demandé "pardon" aux familles des victimes et reconnu une "responsabilité morale", sans toutefois convaincre les parties civiles.

"Mes premiers mots, je voudrais qu'ils soient pour les victimes et pour leurs proches: j'ai une part de responsabilité dans le parcours des frÚres Kouachi", a assuré Farid Benyettou, 39 ans, devant la cour d'assises spéciale de Paris. "J'aimerais revenir en arriÚre, réparer les choses, mais ce n'est pas possible... Sachez que je suis vraiment désolé", a poursuivi l'ancien prédicateur, silhouette fine, lunettes et cheveux clairsemés.

Figure de l'islam radical au début des années 2000, Farid Benyettou a joué un rÎle-clé dans la filiÚre dite "des Buttes-Chaumont", démantelée en 2005, qui visait à envoyer des jihadistes dans les rangs d'Al-Qaïda en Irak.

"Emir" autoproclamé de ce groupe de jeunes radicalisés, il a eu comme adeptes les frÚres Kouachi et Peter Cherif, présenté comme un possible commanditaire de la tuerie de Charlie Hebdo.

Un passĂ© que Benyettou, qui se prĂ©sente comme "repenti", dit assumer. A l'Ă©poque, "je faisais office d'idĂ©ologue", explique le trentenaire, les mains jointes sur le pupitre. "J'ai encouragĂ© ChĂ©rif Kouachi dans son parcours de jihadiste, j'ai cautionnĂ© son dĂ©part pour l'Irak en 2004... Je suis forcĂ©ment liĂ© Ă  son parcours, mĂȘme si je n'ai pas participĂ© Ă  ce qu'il a fait par la suite", ajoute-t-il.

- "Colérique" -

Pour ce rĂŽle, Farid Benyettou a Ă©tĂ© condamnĂ© en 2008 Ă  six ans de prison. ChĂ©rif Kouachi, arrĂȘtĂ© juste avant son dĂ©part pour l'Irak, a Ă©copĂ© lui de trois ans. Les deux hommes ont continuĂ© de se voir jusqu'en 2014. A partir de 2010, "il y a quelque chose qui a commencĂ© Ă  changer dans le groupe", relate le jeune homme, qui dit avoir pris ses distances Ă  cette Ă©poque avec l'islam radical et ses anciens adeptes - qu'il tentait d'Ă©viter.

Mais Chérif Kouachi "venait frapper à ma porte, et je n'ai jamais eu le courage de couper complÚtement", précise l'ex-prédicateur, qui justifie ainsi le lien maintenu avec le futur tueur de Charlie. A l'époque, "Chérif était devenu beaucoup plus dur sur ses positions", explique M. Benyettou, qui le décrit comme "colérique". "Pour lui, la seule maniÚre de résoudre quelque chose, c'était par la violence".

Dans la salle, oĂč ont pris place plusieurs survivants de Charlie Hebdo, les parties civiles laissent poindre leur agacement: n'aurait-il pas pu agir? User de son influence pour le dĂ©tourner de ces idĂ©es radicales?

"Je n'ai pas cessĂ© d'avoir des discussions avec lui. J'ai mĂȘme eu le courage de lui dire que j'Ă©tais contre ce que Mohamed Merah avait fait", se dĂ©fend maladroitement Benyettou, qui dĂ©crit un ChĂ©rif Kouachi fermĂ© Ă  la discussion. "Il Ă©coutait ceux qui disaient ce qu'il voulait entendre. Le jour oĂč j'ai tenu un discours contraire" Ă  ses attentes, "il n'a plus voulu m'Ă©couter", poursuit le trentenaire.

- "Taqiya" -

Au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo, Benyettou s'Ă©tait prĂ©sentĂ© de lui-mĂȘme aux services de renseignement, se disant prĂȘt Ă  aider l'enquĂȘte. A l'issue de son audition, il avait Ă©tĂ© remis en libertĂ©. Depuis 2015, il a travaillĂ© avec l'anthropologue Dounia Bouzar pour la prĂ©vention de la radicalisation et publiĂ© en janvier 2017 un livre sur son parcours, "Mon djihad: itinĂ©raire d'un repenti".

Sur les bancs des avocats, certains expriment toutefois des doutes sur sa sincĂ©ritĂ©. "Vous pourriez ĂȘtre un faux repenti qui utilise la taqiya" (dissimulation), pointe Me Catherine Szwarc. Pendant la promotion de son livre, Farid Benyettou - qui travaille aujourd'hui comme chauffeur poids lourd - avait choquĂ© les proches de victimes des attentats, en arborant un badge: "Je suis Charlie".

Un épisode relevé à l'audience. "Quel était le sens de ce geste? Est-ce que vous considériez comme légitime de caricaturer le prophÚte?", l'interroge l'avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka. "Pour moi, c'est une forme d'expression", répond Benyettou, qui se veut sans équivoque sur ce point. "J'ai grandi avec les Guignols de l'info. La caricature est un droit, il faut le défendre".

AFP

guest
0 Commentaires