France - Justice

Au procĂšs de Jawad Bendaoud, les avocats demandent la relaxe

  • PubliĂ© le 7 fĂ©vrier 2018 Ă  22:49
  • ActualisĂ© le 8 fĂ©vrier 2018 Ă  05:43
Un croquis d'audience représentant Jawad Bendaoud, au palais de  Justice de Paris, le 24 janvier 2018

Jawad Bendaoud peut-il ĂȘtre innocentĂ© par le tribunal? Le prĂ©venu "parie Ă  80%" qu'il sera condamnĂ©, mais ses avocats ont demandĂ© mercredi sa relaxe, affirmant que leur client ignorait qu'il logeait des jihadistes du 13-Novembre.


"Peut-ĂȘtre que j'irai en enfer, mais pas pour avoir hĂ©bergĂ© ces terroristes-lĂ , parce que je ne savais pas que c'Ă©taient des terroristes", a dĂ©clarĂ© Jawad Bendaoud pour son ultime dĂ©claration dans ce procĂšs, le premier en lien avec les attentats du 13 novembre 2015 qui ont fait 130 morts Ă  Paris et Saint-Denis. Le jugement sera rendu le 14 fĂ©vrier.

"Je parie Ă  80% que je vais ĂȘtre condamnĂ©. Il y a l'opinion publique, les familles des victimes", a-t-il dit Ă  la prĂ©sidente Isabelle PrĂ©vost-Desprez. Mais ses avocats ont demandĂ© la relaxe, attaquant point par point les arguments de leurs trĂšs nombreux confrĂšres de la partie civile.

Jawad Bendaoud a Ă©tĂ© "la risĂ©e de tout un peuple. Moi-mĂȘme, j'ai ri", a commencĂ© Ă  plaider Xavier Nogueras. "Il nous a permis de rire Ă  un moment oĂč nous pleurions (...). Il a Ă©tĂ© malgrĂ© lui une sorte de catharsis".

Jawad Bendaoud a Ă©tĂ© interpellĂ© le 18 novembre 2015, aprĂšs l'assaut des policiers du Raid contre son squat oĂč il logeait deux jihadistes du 13-Novembre en fuite, dont le cerveau prĂ©sumĂ© des attaques, Abdelhamid Abaaoud. Son interview, maladroite, devant les camĂ©ras de BFMTV juste avant son interpellation avait dĂ©clenchĂ© rires et parodies.

"La conviction qu'il Ă©tait innocent, je l'ai eue parce que je l'ai rencontrĂ©", a confiĂ© son avocat. Jawad Bendaoud est jugĂ© depuis le 24 janvier pour "recel de malfaiteurs terroristes". Le parquet a requis 4 ans de prison contre lui. "Non, il n'a pas retardĂ© l'arrestation" des jihadistes, a plaidĂ© Me Nogueras. Le buisson oĂč Abdelhamid Abaaoud et son complice s'Ă©taient cachĂ©s avant de se rendre dans la planque de Jawad Bendaoud le 17 novembre Ă©tait dĂ©jĂ  surveillĂ© par des policiers. "Les policiers ont fait un choix de prĂ©caution, (...) celui d'intervenir plus tard".

Et pour Marie-Pompéi Cullin, son autre avocate, M. Bendaoud n'a pas pu faire le lien avec Abdelhamid Abaaoud. "Personne ne pouvait envisager le 17 novembre qu'Abdelhamid Abaaoud était en France", a plaidé l'avocate. Nous étions "tous persuadés" qu'il se trouvait en Syrie.

- "Jawad tragedy club" -

Jawad Bendaoud ignorait aussi que les deux hommes qu'il logeait étaient en fuite, selon son avocate. Elle a mis en avant "l'indifférence" du logeur pour les deux hommes et Hasna Aït Boulahcen, qui les a amenés chez lui. Ils se perdent dans l'immeuble, mais cela ne l'émeut pas vraiment. "Il s'en fout complÚtement d'eux", a répété l'avocate.

Avec les Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques, "on a la dĂ©monstration qu'il ne savait pas" qu'il hĂ©bergeait des terroristes, ajoute Me Nogueras. "Et puis il va se prĂ©senter devant les camĂ©ras et ça c'est magnifique. Si vous Ă©tiez mĂȘlĂ© Ă  tout ça, est-ce que vous iriez demander aux journalistes des photos des terroristes?", interroge-t-il.

"Jusqu'Ă  aujourd'hui je ne comprends pas ce qui m'est arrivĂ©", a confiĂ© M. Bendaoud. "Je vais Ă©crire un bouquin en sortant" de prison, a-t-il dit, tant il ne supporte plus de rĂ©pondre aux mĂȘmes questions: "+Comment, pourquoi, et ton pote, et la fille? T'es con ou quoi?+ Je vais devenir fou". "C'est pas le Jawad comedy club, mais plutĂŽt le Jawad tragedy club".

Son voisin dans le box, Mohamed Soumah, Ă©galement jugĂ© pour "recel de malfaiteurs terroristes" a redit qu'il Ă©tait "dĂ©solĂ©" pour les victimes. "MĂȘme si je n'Ă©tais au courant de rien, c'est de ma faute tout ce bordel: c'est moi qui ai prĂ©sentĂ© Hasna (AĂŻt Boulahcen) Ă  Jawad".

Le troisiÚme prévenu, Youssef Aït Boulahcen, jugé pour "non-dénonciation de crime", comparait libre mais risque gros: le parquet a requis cinq ans de prison avec mandat de dépÎt contre lui. "Oui, Abdelhamid Abaaoud est mon cousin germain. Et je suis le frÚre d'Hasna Aït Boulahcen. Mais ce n'est pas de ma faute", a-t-il dit. "Je ne suis pas lié à Daesh, cette idéologie de destruction", a tenté de convaincre le prévenu.

AFP

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