Justice

Au procĂšs du 13-Novembre, Salah Abdeslam s'explique

  • PubliĂ© le 9 fĂ©vrier 2022 Ă  17:05
  • ActualisĂ© le 9 fĂ©vrier 2022 Ă  20:50
Croquis d'audience réalisé le 2 novembre 2021 montrant Salah Abdeslam (L), principal accusé au procÚs des attentats du 13-Novembre, devant la cour d'assises spéciale de Paris

"Je n'ai tué personne, je n'ai blessé personne", a affirmé mercredi le principal accusé au procÚs des attentats du 13-Novembre, Salah Abdeslam, au premier jour de son interrogatoire sur le fond du dossier, pour la premiÚre fois depuis l'ouverture du procÚs début septembre.

"Depuis le début de cette affaire, on n'a cessé de me calomnier", a estimé le seul membre encore en vie des commandos qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis (banlieue parisienne).

DÚs le début de son interrogatoire, Salah Abdeslam a de nouveau justifié son appartenance au groupe Etat islamique. "Moi, je suis pour l'Etat islamique, je vois comment Bachar El-Assad, traite son peuple, tue des enfants, des innocents. Moi, l'Etat islamique, je les soutiens, je les aime", a-t-il déclaré, chemise blanche, les mains croisées devant lui.

Salah Abdeslam a Ă©galement tancĂ© les peines "extrĂȘmement sĂ©vĂšres" prononcĂ©es dans les affaires de terrorisme. "A l'avenir, quand un individu montera dans un mĂ©tro ou un bus avec un valise remplie de 50 kg d'explosifs et qu'au dernier moment il va se dire : +Je vais faire marche arriĂšre+, il saura qu'il n'a pas le droit, sinon on va l'enfermer ou le tuer", a ajoutĂ© celui dont la mission exacte le soir du 13-Novembre reste une Ă©nigme.

Son interrogatoire, dans une salle d'audience bondĂ©e, est prĂ©vu pour durer deux jours. Il ne sera questionnĂ© que sur la pĂ©riode antĂ©rieure Ă  septembre 2015. La mĂšre, la sƓur et l'ex-petite amie de Salah Abdeslam qui devaient tĂ©moigner mercredi "ne viendront pas", a indiquĂ© le prĂ©sident de la cour d'assises spĂ©ciale de Paris, Jean-Louis PĂ©riĂšs.

Pour ce premier interrogatoire, la cour va s'intĂ©resser au basculement dans la radicalitĂ© du Français de 32 ans, lui qui avait une rĂ©putation de "fĂȘtard", adepte des casinos et des boĂźtes de nuit.

Salah Abdeslam doit aussi ĂȘtre interrogĂ© sur le sĂ©jour en Syrie de son frĂšre Brahim - futur tueur des terrasses parisiennes - dĂ©but 2015, et sur son ami Abdelhamid Abaaoud, qui deviendra le coordinateur des attentats parisiens. Un "chouette gars" avec qui il avait perdu contact, avait-il assurĂ© aux policiers belges en fĂ©vrier 2015.

La cour doit enfin tenter de faire la lumiĂšre sur un mystĂ©rieux voyage qu'il a lui-mĂȘme fait en GrĂšce l'Ă©tĂ© suivant, avec l'un de ses coaccusĂ©s. A ces premiĂšres sĂ©ries de questions, Salah Abdeslam apportera-t-il des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse ?

Depuis mi-janvier et le début des interrogatoires des 14 accusés présents devant la cour, deux d'entre eux ont exercé leur droit au silence. Le Suédois Osama Krayem d'abord, pour qui "ce procÚs est une illusion" et qui refuse d'assister aux audiences, puis le Belgo-marocain Mohamed Bakkali. "Ma parole est toujours suspecte, elle n'a pas de valeur", a-t-il expliqué, résigné, à la cour.

- "Soldat" -

Salah Abdeslam avait gardĂ© le silence pendant l'enquĂȘte, de maniĂšre quasi constante. Il avait parlĂ© une fois pour dĂ©douaner un coaccusĂ©, une autre pour se lancer dans une tirade religieuse. Mais depuis le dĂ©but du procĂšs, il a largement fait connaĂźtre sa position : le premier jour, en se prĂ©sentant comme un "soldat" de l'Etat islamique, puis plus tard, en dĂ©clarant que "le 13-Novembre Ă©tait inĂ©vitable", Ă  cause des interventions françaises en Syrie. Avant d'en appeler au "dialogue" pour Ă©viter d'autres attaques, sous le regard atterrĂ© des parties civiles.

Début novembre, pendant son interrogatoire dit "de personnalité", il avait accepté de répondre à la plupart de questions, et décrit sa vie "simple" d'avant, sans pour autant s'épancher.

Une expertise psychiatrique réalisée peu aprÚs - et sur laquelle la cour reviendra ultérieurement - a estimé qu'il convenait "d'éliminer formellement toute maladie mentale" chez Salah Abdeslam.

S'il "n'a exprimĂ© aucun regret" et rĂ©cite "comme un perroquet" les mĂȘmes arguments que tous les "sujets radicalisĂ©s", sa "personnalitĂ© antĂ©rieure ne semble pas avoir Ă©tĂ© totalement enfouie", ont jugĂ© les experts. Parfois virulent au dĂ©but, Salah Abdeslam a ensuite "jouĂ© le jeu" du procĂšs, s'accordent Ă  dire les parties civiles. Avec pour exception une absence du box pendant plusieurs semaines - avec certains de ses coaccusĂ©s - pour protester contre l'absence physique Ă  la barre des enquĂȘteurs belges.

A l'audience, autant son "pote" Mohamed Abrini ("l'homme au chapeau des attentats de Bruxelles") est expressif dans le box, autant Salah Abdeslam ne laisse rien transparaĂźtre quand on parle de lui.

Tout juste avait-il baissĂ© la tĂȘte quand la femme d'un de ses coaccusĂ©s avait fondu en larmes pendant son audition. "Cette personne-lĂ  (Salah Abdeslam), elle m'a aussi volĂ© une partie de ma vie", avait craquĂ© la femme de Mohammed Amri, l'ami qui a pris sa voiture la nuit des attentats pour ramener le "dernier homme" du commando Ă  Bruxelles.

AFP

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