Justice

Au procĂšs du RN, Louis Aliot et l'art du "tri du courrier"

  • PubliĂ© le 30 octobre 2024 Ă  00:18
  • ActualisĂ© le 30 octobre 2024 Ă  04:51
Louis Aliot le 29 octobre 2024 au tribunal de Paris

L'offre d'emploi aurait été inhabituelle : recherche employé, "temps plein", pour trier le courrier "deux fois par jour" et séparer les vraies lettres de celles de "fous qui écrivent".

C'est pourtant bien, soutient Louis Aliot mardi au procÚs du RN, le travail qu'effectuait pour lui son assistant parlementaire européen.

En juillet 2014, fraßchement élu député européen pour la premiÚre fois, l'actuel numéro 2 du Rassemblement national (ex-Front national), avait embauché comme assistant parlementaire Laurent Salles, auparavant employé au parti.

Pourquoi lui ? Pourquoi sans mĂȘme lui faire passer d'entretien ? s'Ă©tonne le tribunal. "On est au FN", rĂ©pond Louis Aliot, 55 ans, Ă©troit costume bleu pĂ©trole sur le dos. "On me recommande quelqu'un qui est dĂ©brouillard, je le prends tel quel".

Depuis le 30 septembre, les ex-eurodéputés et leurs assistants parlementaires (25 prévenus au total) défilent à la barre et leurs interrogatoires se ressemblent furieusement. Celui de Louis Aliot ne fait pas exception.

L'enquĂȘte, rĂ©sumĂ©e par le tribunal, n'a montrĂ© "aucune trace" d'un quelconque travail de Laurent Salles pour Louis Aliot. RelevĂ© un "unique SMS" Ă©changĂ© en huit mois entre les deux hommes.

Et notĂ© une "galette des rois" partagĂ©e, lors d'un Ă©vĂšnement dans la fĂ©dĂ©ration de Laurent Salles oĂč Louis Aliot Ă©tait invitĂ© en tant que responsable du parti.

- "Un travail assez simple" -

A l'inverse, poursuit la présidente Bénédicte de Perthuis d'un ton un peu las, tout laisse à penser que Laurent Salles travaillait en réalité pour Yann Le Pen (soeur de Marine Le Pen), à l'organisation des grands évÚnements du parti.

Cette derniĂšre l'avait confirmĂ© aux enquĂȘteurs. "Je crois qu'il travaillait aussi un peu pour Louis Aliot, il faisait son courrier ou ses photocopies", avait-elle ajoutĂ©.

Pas du tout, rétorque Louis Aliot à la barre : "C'est moi qui donnait les consignes à Laurent Salles". Pour quelles tùches ? "Un travail assez simple", explique sans ciller l'actuel maire de Perpignan: "le tri du courrier".

"Vous pensiez que ça allait l'occuper à plein temps ?", demande la présidente qui oscille au fil de l'interrogatoire de quatre heures entre amusement et profonde exaspération.

"C'était deux fois par jour", précise trÚs sérieux Louis Aliot, avant de détailler longuement ce "tri" - qu'on aura "bien exploré dans toutes ses dimensions", ironisera la procureure Louise Neyton.

Pour 2.560 euros par mois donc, Laurent Salles triait le courrier papier envoyé à Louis Aliot au siÚge du Front national.

Il en écartait notamment les lettres de "tous les fous qui écrivent" - Louis Aliot a fourni des exemplaires au tribunal - et séparait les courriers "trÚs techniques, trÚs politiques" ensuite réaiguillés vers d'autres assistants parlementaires à Perpignan ou à Bruxelles, en fonction de leur objet.

- "SynthĂšses orales" -

S'il n'y a aucune trace de tout cela, demande la présidente en s'efforçant de garder son sérieux, c'est que Laurent Salles ne faisait que des "synthÚses orales" de son travail à Louis Aliot, lors des passages de ce dernier au parti ? Le prévenu confirme.

Et c'est Louis Aliot lui-mĂȘme qui se chargeait ensuite "d'emmener le courrier" Ă  Bruxelles ou Ă  Perpignan ? "La plupart du temps, c'est comme ça que ça se passe", confirme-t-il.

Assis Ă  cĂŽtĂ©, Laurent Salles, qui avait dit pendant l'enquĂȘte avoir dĂ©couvert sa fonction d'assistant parlementaire "en recevant" son contrat, ne regarde jamais son ex-employeur.

Joueur, l'avocat du Parlement européen (partie civile), Me Patrick Maisonneuve, demande : et à la fin du contrat de M. Salles, "qui s'est occupé du courrier ?"

Louis Aliot hĂ©site. AprĂšs "le scandale" dit-il - "le dĂ©but de l'enquĂȘte, vous voulez dire ?" rectifie Me Maisonneuve - il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© de faire autrement.

Le contrat de Laurent Salles s'Ă©tait arrĂȘtĂ© au bout de huit mois - "cela ne lui plaisait pas", explique Louis Aliot.

Il avait Ă©tĂ© directement embauchĂ© par une autre eurodĂ©putĂ©e frontiste avant que cette derniĂšre n'annule en catastrophe le contrat, l'enquĂȘte du Parlement europĂ©en sur les soupçons d'emplois fictifs au parti venant d'ĂȘtre rendue publique. Laurent Salles avait de nouveau Ă©tĂ© payĂ© par le parti.

A son tour d'ĂȘtre interrogĂ©. Laurent Salles s'avance Ă  la barre et annonce - et c'est le premier -: "Je souhaite exercer mon droit au silence".

AFP

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1 Commentaires
Dom
Dom
1 an

Et ça prétend gouverner la France !