Paris

Au Salon de l'agriculture, Emmanuel Macron attendu au tournant

  • PubliĂ© le 22 fĂ©vrier 2025 Ă  10:46
  • ActualisĂ© le 22 fĂ©vrier 2025 Ă  13:35
Un agriculteur sur son tracteur à la veille de l'ouverture du 61Úme Salon de l'agriculture à Paris le 21 février 2025

Visites politiques encadrées et les vaches seront bien gardées? Le 61e Salon de l'agriculture est inauguré samedi à Paris par Emmanuel Macron, attendu au tournant par des agriculteurs toujours remontés et par des organisateurs aux aguets aprÚs sa visite chaotique de l'an dernier.

Pas d'incitation Ă  chahuter cette annĂ©e, mais des appels au calme ambivalents de la part des principaux syndicats agricoles, qui doivent ĂȘtre reçus l'un aprĂšs l'autre en dĂ©but de matinĂ©e avant la traditionnelle coupe de ruban et la dĂ©ambulation prĂ©sidentielle.

Plus de 600.000 visiteurs sont attendus sur les neuf jours du Salon, qui ouvre ses portes au public à 09H00. En 2024, des milliers de personnes avaient été bloquées à l'extérieur pendant plusieurs heures en raison de heurts entre manifestants et CRS en marge de la venue d'Emmanuel Macron, entre huées, insultes, bousculades et violences.

Sécurité renforcée, commissariat mobile, chartes pour encadrer les visites politiques... Les organisateurs sont sur les dents pour ne pas voir se répéter le scénario catastrophe de l'an dernier.

L'entourage d'Emmanuel Macron lui a conseillé d'éviter une visite marathon, à l'image des 13 heures de déambulation de 2024 parmi les plus de 1.400 exposants et 4.000 animaux accueillis chaque année.

"Le président sera trÚs probablement pris à parti", a averti Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, syndicat historique, qui l'attend sur les dossiers internationaux.

Cet automne, c'est l'opposition à l'accord de libre-échange UE-Mercosur qui a servi de cri de ralliement pour relancer les manifestations d'agriculteurs, qui dénoncent aussi les taxes douaniÚres chinoises et craignent des mesures similaires de la nouvelle administration américaine.

"Je souhaite qu'il en parle Ă  Donald Trump (...): arrĂȘter les importations massives qui ne respectent pas nos normes, lever les contraintes qui nous empĂȘchent d'ĂȘtre compĂ©titifs", renchĂ©rit Pierrick Horel des Jeunes Agriculteurs, alliĂ©s de la FNSEA.

Pour Patrick Legras, porte-parole de la Coordination rurale, forte de sa percĂ©e aux Ă©lections professionnelles de janvier, "ça va ĂȘtre tendu". Selon lui, Emmanuel Macron va aussi avoir du mal Ă  "expliquer qu'on nĂ©gocie encore un accord pour importer du sucre ou du poulet d'Ukraine" — l'accord d'association UE-Ukraine, en cours de rĂ©vision — Ă©voquant des produits Ă©rigĂ©s en symboles d'une "concurrence dĂ©loyale".

CoutumiÚre des actions coup de poing, la Coordination rurale a toutefois passé à ses sympathisants un message d'apaisement, dans l'espoir qu'Emmanuel Macron "aura vraiment quelque chose" à leur dire, selon sa président Véronique Le Floc'h.

- "OĂč sont les promesses?" -

Plus d'un an aprÚs la mobilisation qui avait bloqué routes et autoroutes, l'heure est au bilan des mesures obtenues par les agriculteurs qui réclament un revenu "décent", plus de considération et moins d'injonctions.

Pour le gouvernement, ses engagements ont été "honorés": "500 millions d'euros d'allégement de charges fiscales prévus dans le budget", "soutien à la trésorerie pour les agriculteurs en difficulté", "indemnisations à hauteur de 75 millions d'euros aux propriétaires du cheptel touché par les épizooties" ou encore "la mise en place du contrÎle administratif unique en octobre dernier".

Surtout, deux jours avant le Salon, le Parlement a adoptĂ© la loi d'orientation agricole, attendue depuis trois ans par la profession. Ce texte Ă©rige l'agriculture au rang "d'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral majeur", facilite les installations, la construction de bĂątiments d'Ă©levage et le stockage de l'eau, tout en dĂ©pĂ©nalisant certaines infractions environnementales.

"Un an aprĂšs, oĂč sont passĂ©s les prix plancher et ses promesses? Au Salon 2024, nous demandions des prix minimum garantis pour les producteurs: non seulement on n'a pas du tout avancĂ©, mais la situation est pire aujourd'hui", s'indigne Laurence Marandola, porte-parole de la ConfĂ©dĂ©ration paysanne, troisiĂšme syndicat.

Elle estime que les demandes de l'alliance FNSEA-JA et de la CR ont été privilégiées, au détriment d'une "réelle transition agroécologique". Un argument repris par la gauche à propos de la loi d'orientation agricole.

Les personnalités politiques de tous bords devraient se succéder auprÚs de la vache limousine Oupette, égérie de l'édition 2025. Le Premier ministre François Bayrou est attendu lundi.

MalgrĂ© la volontĂ© des organisateurs de limiter les visites Ă  une journĂ©e pour chaque parti, Jordan Bardella (RN) a prĂ©vu de s'y rendre dimanche et lundi avec une dĂ©lĂ©gation, comme en 2024, oĂč les demandes de "selfies" avec le chef du parti d'extrĂȘme droite avaient contrastĂ© avec la visite prĂ©sidentielle.

En novembre, à la veille de nouvelles mobilisations paysannes, il s'était affiché dans le Lot-et-Garonne avec des cadres de la Coordination rurale, qui faisait campagne de son cÎté pour "dégager la FNSEA" des chambres d'agriculture.

AFP

guest
0 Commentaires