"Changer le visage du quartier": c'est l'objectif d'un groupe de jeunes de Santa Fe, zone de la capitale salvadorienne gangrénée par les gangs, qui recouvrent avec des graffitis colorés les symboles intimidants de ces bandes criminelles.
Les "maras" - comme on appelle ici les gangs - font régner la terreur en Amérique centrale, région sans guerre qui affiche un des taux d'homicides les plus élevé au monde. Elles comptent 70.000 membres actifs au Salvador. Le Salvador constitue, avec le Guatemala et le Honduras, le tristement célÚbre "Triangle du nord".
Sur fond jaune et rouge, une jeune fille Ă la tĂȘte cerclĂ©e de fleurs penche la tĂȘte, le regard doux. Avant, ce mur Ă©tait rempli de chiffres, symboles et initiales de la Mara Salvatrucha (MS-13) et de Barrio 18, deux factions ennemies qui se disputent la capitale.
Un peu plus loin dans ce quartier de petites maisons aux toits en tÎle, un vieux lion à l'air sage et à la criniÚre flamboyante toise les passants. A un coin de rue, un oiseau aux plumes bleutées épie un coeur pourpre géant aux veines et artÚres pleines de vie.
Ces visions, parfois oniriques, cÎtoient des représentations bariolées des habitants de Santa Fe.
"Le projet est excellent car c'est la premiÚre fois depuis que je suis né que les jeunes se sont rapprochés de nous, c'est bon de voir dans notre quartier des graffitis artistiques alors que dans d'autres zones, prédominent encore ceux des bandes et (qui parlent) de la drogue", raconte à l'AFP Fernando Trejo, 17 ans.
Dans ce secteur situé à l'ouest de la capitale, la mairie de San Salvador a lancé le projet GrafiTour, réplique à échelle réduite de l'expérience menée il y a quelques années dans la Comuna 13, à Medellin, la deuxiÚme ville de Colombie, zone transformée en galerie de street art à ciel ouvert.
- 'Apporter de la vie' -
"L'idĂ©e est d'apporter de la vie et des couleurs Ă des endroits oĂč la violence a toujours prĂ©dominĂ©", explique Cesar Juarez, coordinateur de GrafiTour de la municipalitĂ© qui a aussi dĂ©veloppĂ© Ă Santa Fe des activitĂ©s artistiques, un atelier d'anglais et installĂ© dans un marchĂ© couvert la librairie la plus moderne du pays. "A prĂ©sent, l'art regagne du terrain".
Grùce au soutien des Nations unies, la mairie a fait venir des graffeurs de New York, d'Australie, du Costa Rica et de Colombie pour transmettre leur expérience et des techniques aux jeunes de Santa Fe.
Cela leur a permis de dĂ©passer la crainte d'ĂȘtre jugĂ©s parce qu'ils dessinaient, explique l'un d'entre eux. A prĂ©sent, ils sont "enthousiastes" Ă l'idĂ©e d'appliquer les conseils des "maĂźtres du graffiti".
Preuve que la symbolique des maras dérange: de son cÎté, le gouvernement a fait effacer en un an 121.000 m2 de leurs graffitis dans 650 communes du pays.
"La vérité c'est que les jeunes d'ici essayons à travers l'art du graffiti d?échapper à tous ces problÚmes (des bandes) qui font que tant de jeunes meurent dans ce pays", poursuit Fernando.
"Maintenant, notre quartier est colorĂ©. On se sentait oubliĂ©s et isolĂ©s du reste de la ville, mais ce qui est bien c'est que ce sont nous les mĂȘme jeunes qui essayons de transformer le visage" de Santa Fe, explique Francisco Candray, 30 ans.
Mais pas évident, juge-t-il, d?effacer les stigmates d'un ancien ghetto lié aux drogues et aux bandes.
"Les gens avant, et mĂȘme encore maintenant, pensaient que parce que nous Ă©tions des jeunes issus d'un quartier, nous Ă©tions des membres d'un gang. Les aĂźnĂ©s croyaient que nous dessinions des symboles des maras. Mais maintenant qu'ils ont vu, ils comprennent que c'est un art (...) et qu'il nous fait du bien Ă tous", conclut-il.
Pour l'heure, les gangs n'avaient pas réagi à cette offensive picturale.
Par Carlos Mario MARQUEZ - © 2017 AFP

