ÉvadĂ© de prison

Au Soudan en plein chaos, des suspects de crimes contre l'humanité en fuite

  • PubliĂ© le 26 avril 2023 Ă  13:11
  • ActualisĂ© le 26 avril 2023 Ă  13:56
Image tirée d'une vidéo des Forces de soutien rapide (FSR), montrant des paramilitaires à bord d'un pick-up, le 23 avril 2023 dans la région de Khartoum, au Soudan

Un ancien responsable de la dictature au Soudan recherchĂ© pour crimes contre l'humanitĂ© a annoncĂ© s'ĂȘtre enfui de prison en compagnie d'autres ex-collaborateurs dans ce pays en plein chaos, faisant craindre un nouvel embrasement au moment oĂč un cessez-le-feu conclu sous l'Ă©gide des Etats-Unis reste fragile.

Ahmed Haroun Ă©tait dĂ©tenu Ă  la prison de Kober, dans la capitale Khartoum, avec d'autres hauts responsables de l'ancien rĂ©gime, en particulier Omar el-BĂ©chir, dictateur dĂ©chu en 2019 et sous le coup d'un mandat d'arrĂȘt de la Cour pĂ©nale internationale (CPI) pour "crimes contre l'humanitĂ©" et "gĂ©nocide" au Darfour.

Dans une allocution enregistrée à la télévision soudanaise mardi soir, M. Haroun, également recherché par la CPI, a affirmé que d'anciens responsables du régime de M. Béchir n'étaient plus en détention.

"Nous sommes restés en détention à Kober pendant neuf jours (...) et nous avons désormais la responsabilité de notre protection" dans un autre lieu, a-t-il affirmé.

Le cessez-le-feu de 72 heures au Soudan entré en vigueur mardi est partiellement respecté. Les évacuations d'étrangers et de civils fuyant le pays se poursuivent mercredi.

Les combats opposent depuis 12 jours les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdane Daglo à l'armée réguliÚre d'Abdel Fattah al-Burhane, deux généraux auteurs du coup d'Etat en octobre 2021, qui se livrent désormais à une guerre sans merci.

L'endroit oĂč se trouve l'ex-dictateur Omar el-BĂ©chir, au pouvoir pendant 30 ans, n'a pas pu faire l'objet de vĂ©rifications indĂ©pendantes. Comme M. Haroun, il est recherchĂ© pour "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanitĂ©" au Darfour, dans l'ouest du Soudan.

Un conflit y qui avait éclaté en 2003 entre Khartoum et des membres de minorités ethniques non-arabes.

Il a fait quelque 300.000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU. Les forces des FSR regroupent des milliers d'anciens miliciens arabes recrutés par Béchir pour mener la politique de la terre brûlée au Darfour.

- "ExtrĂȘmes difficultĂ©s" -

Dans la capitale soudanaise, des affrontements autour de "lieux stratĂ©giques" ont "largement continuĂ© et parfois mĂȘme se sont intensifiĂ©s", a affirmĂ© mardi soir devant le Conseil de sĂ©curitĂ© le chef de la mission de l'ONU au Soudan, Volker Perthes, depuis Port-Soudan (est), oĂč l'ONU a relocalisĂ© une partie de son personnel.

Depuis le début des combats le 15 avril, plus 459 personnes ont été tuées et plus de 4.000 blessées selon l'ONU.

"PrÚs de la frontiÚre tchadienne, les combats ont repris et des rapports de plus en plus nombreux et inquiétants font état de tribus s'armant et rejoignant les combats", a encore dit M. Perthes, ajoutant que des "affrontements intercommunautaires" avaient également éclaté dans la région du Nil Bleu, à la frontiÚre sud-est avec l'Ethiopie.

Jusqu'Ă  270.000 personnes pourraient encore fuir au Tchad et au Soudan du Sud voisins, selon l'ONU.

"Le plus difficile, c'est le bruit des bombardements et des avions de chasse qui survolent notre maison. Cela a terrifié les enfants", a déclaré Safa Abu Taher, qui a atterri avec sa famille en Jordanie dans la nuit de mardi à mercredi.

Un bateau transportant 1.687 civils qui ont fui le Soudan et originaires de plus d'une cinquantaine de pays est arrivé mercredi en Arabie saoudite, et 245 ressortissants français et étrangers évacués par avion par les autorités françaises ont atterri mercredi matin prÚs de Paris.

Ceux qui ne peuvent pas quitter Khartoum, ville de plus de cinq millions d'habitants, tentent de survivre privés d'eau et d'électricité, soumis aux pénuries de nourriture et aux coupures téléphoniques et d'internet.

Selon l'ONU, "24.000 (femmes) devraient accoucher dans les semaines Ă  venir" et font face "Ă  d'extrĂȘmes difficultĂ©s" dans l'accĂšs aux soins alors que, selon le syndicat des mĂ©decins, prĂšs des trois quarts des hĂŽpitaux sont hors service. Le conflit risque d'"envahir toute la rĂ©gion et au-delĂ ", a prĂ©venu le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'ONU, Antonio Guterres.

De son cÎté, L'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'inquiÚte d'un risque biologique "énorme" aprÚs la prise "par l'une des parties combattantes" d'un "laboratoire public de santé" de Khartoum, qui renferme des agents pathogÚnes de la rougeole, du choléra et de la poliomyélite.

AFP

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