Il cultive avec soin sa ressemblance

Au Venezuela, le sosie du Che cherche en vain le socialisme

  • PubliĂ© le 10 octobre 2017 Ă  11:36
  • ActualisĂ© le 10 octobre 2017 Ă  11:41
Uniforme vert olive, béret noir étoilé, barbe et cheveux légÚrement ondulés: à Caracas, le Che vénézuélien, Humberto Lopez, cultive avec soin sa ressemblance avec Ernesto Che Guevara.

Uniforme vert olive, béret noir étoilé, barbe et cheveux légÚrement ondulés: à Caracas, le Che vénézuélien cultive avec soin sa ressemblance avec Ernesto Che Guevara, mais regrette que, dans son pays, ce ne soit pas le socialisme, mais l'anarchie qui rÚgne.


"Eh, Che! Comment ça va ?", lui crient les passants quand il sillonne les rues de la capitale dans sa jeep Willys. Fier de sa petite cĂ©lĂ©britĂ©, Humberto Lopez salue d'une main avant d'allumer un cigare pour exhaler des volutes de fumĂ©e. Alors que la Bolivie et Cuba ont commĂ©morĂ© ces derniers jours le 50e anniversaire de la mort du rĂ©volutionnaire argentin, revendiquant son combat, le prĂ©sident vĂ©nĂ©zuĂ©lien Nicolas Maduro affiche le mĂȘme discours de lutte contre "l'impĂ©rialisme" amĂ©ricain.

Mais pour le Che de Caracas, l'hĂ©ritier politique de Hugo Chavez est bien loin de tels idĂ©aux. "Quand Chavez gouvernait, les gens, mĂȘme dans l'opposition, disaient qu'il Ă©tait trĂšs bon, mais que ceux qui l'entouraient Ă©taient des incapables. Justement, ceux qui l'entouraient sont ceux au pouvoir maintenant", dĂ©plore celui qui n'avait que neuf ans quand le Che a Ă©tĂ© tuĂ© par l'armĂ©e bolivienne en octobre 1967.

- "L'anarchie" -

Au Venezuela, en plein naufrage économique aprÚs la chute des cours du pétrole - son unique richesse -, le mécontentement populaire, dû aux pénuries d'aliments et à l'inflation galopante, a débouché sur une grave crise politique, avec quatre mois de manifestations anti-Maduro qui ont fait 125 morts. AprÚs ces violences, l'opposition ainsi que plusieurs pays étrangers, dont la France et les Etats-Unis, ont qualifié le gouvernement de "dictature".

"Maduro, un dictateur ? Le mot est trop grand", estime Humberto Lopez, qui refuse aussi de qualifier son pays de socialiste: "Nous n'avons jamais connu les bénéfices ni touché de prÚs ce qu'est le socialisme", affirme-t-il. "Je crois que ce qui existe, c'est plutÎt l'anarchie car il (Maduro, ndlr) dit +Nous allons contrÎler les prix+, et le lendemain ils augmentent".

NĂ© dans le quartier populaire de 23 de Enero, oĂč est enterrĂ© Hugo Chavez, Humberto se souvient qu'enfant, il dessinait l'image du Che sur les murs et sur ses cahiers. "A certains gamins, ont leur inculquait (l'admiration de) Superman... Moi je suivais le Che", raconte-t-il Ă  l'AFP, assis sur sa jeep qui porte Ă  l'avant une plaque rouge oĂč l'on peut lire "Chavez".

- "Plus réaliste que communiste" -

Mais si son hĂ©ros ressuscitait, dit-il, il repartirait illico pour la tombe, horrifiĂ© par la dĂ©bĂącle Ă©conomique, car au Venezuela, "un plateau d'oeufs coĂ»te aujourd'hui le prix d'une voiture dans les annĂ©es 1970 !". Pas question, toutefois, pour le Che vĂ©nĂ©zuĂ©lien, de changer de bord politique: selon lui, ceux de l'opposition "sont les mĂȘmes misanthropes qui nous ont dĂ©jĂ  mal gouvernĂ©s".

"Les politiques nous manipulent, d'un camp comme de l'autre. Il faut chercher une troisiÚme voix, un véritable nationalisme", estime-t-il, prédisant une prochaine "implosion sociale. Nous n'allons pas continuer à supporter cela. Moi je suis plus réaliste que communiste !".
Une fois, se souvient-il, lors d'un événement retransmis à la télévision, Hugo Chavez avait dit à Fidel Castro qu'au Venezuela aussi, il y avait un Che.

- "Le fanatisme rend idiot" -

Mais Humberto marque Ă©galement ses distances avec le rĂ©volutionnaire argentin: "Le fanatisme, ça rend idiot. Le Che Ă©tait marxiste, pas moi. Je suis nationaliste. Je ne suis pas d'accord avec le Che qui disait +mĂȘme pas un soupçon d'impĂ©rialisme+. Moi je dis +mĂȘme pas un soupçon d'impĂ©rialisme chinois+", la Chine Ă©tant devenue l'un des principaux crĂ©anciers de Caracas.

Le sosie du Che au Venezuela se retrouve ainsi, paradoxalement, à prÎner des négociations avec les Etats-Unis, le secteur privé et les investisseurs étrangers car "ici, nous ne produisons rien". Et il regrette tout autant l'image du guérillero rebelle reproduite sur "des préservatifs, des soutien-gorges, des culottes et des porte-clés", que celle de l'impitoyable assassin communiste dépeinte par ses détracteurs.
"Parler du Che, c'est parler de l'homme nouveau, de crĂ©er des hommes qui agissent selon des instincts moraux et non pour l'argent. Et je crois que dans ce XXIe siĂšcle, il n'y pas un seul ĂȘtre humain qui ait suivi son hĂ©ritage", assure cet homme qui gagne sa vie comme mĂ©canicien, Ă©lectricien et peintre en bĂątiment.
AFP

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