Birmanie

Aung San Suu Kyi défend l'emprisonnement de journalistes de Reuters

  • PubliĂ© le 13 septembre 2018 Ă  09:50
  • ActualisĂ© le 13 septembre 2018 Ă  10:13
La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi Ă  HanoĂŻ le 13 septembre 2018.

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a dĂ©fendu jeudi l'emprisonnement de deux journalistes de Reuters aprĂšs leur enquĂȘte sur un massacre de musulmans rohingyas par l'armĂ©e de son pays, mais elle a concĂ©dĂ© que la crise globale, qualifiĂ©e de gĂ©nocide par l'ONU, aurait pu ĂȘtre "mieux gĂ©rĂ©e".

"Ils n'ont pas Ă©tĂ© emprisonnĂ©s parce que c'Ă©taient des journalistes" mais parce que "le tribunal a dĂ©cidĂ© qu'ils avaient enfreint" la loi, a-t-elle dit lors du Forum Ă©conomique mondial de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est Ă  HanoĂŻ, commentant pour la premiĂšre fois ce jugement prononcĂ© le 4 septembre. "Si nous croyons en l'État de droit, ils ont tout Ă  fait le droit de faire appel du jugement", a-t-elle prĂ©conisĂ©, alors que l'indĂ©pendance du systĂšme judiciaire birman est sujet Ă  caution.

"Une fois de plus, Aung San Suu Kyi a faux sur toute la ligne (...) Elle ne comprend pas que l'+état de droit+ implique que soient respectées les preuves présentées à l'audience", a critiqué l'ONG Human Rights Watch, réagissant à cette rare prise de parole de la dirigeante birmane. Sean Brain, de la Commission internationale des juristes, ONG internationale ayant suivi de prÚs le procÚs, a contredit Suu Kyi, dénonçant un procÚs ayant été "un échec manifeste de l'état de droit".

La Prix Nobel de la Paix a Ă©tĂ© trĂšs critiquĂ©e Ă  l'Ă©tranger pour son silence dans cette affaire, au point d'ĂȘtre qualifiĂ©e de "porte-parole des militaires" par un haut-responsable de l'ONU. Campant sur sa ligne de dĂ©fense, elle s'est aussi montrĂ©e impermĂ©able aux accusations contre l'armĂ©e birmane venues de l'ONU, qui a parlĂ© fin aoĂ»t de "gĂ©nocide" de la minoritĂ© musulmane des Rohingyas. Tout juste a-t-elle concĂ©dĂ© que les militaires auraient pu "mieux gĂ©rer" la crise, qui a conduit Ă  l'exode au Bangladesh de 700.000 personnes depuis l'Ă©tĂ© 2017. "A posteriori, il y a bien sĂ»r des façons dont la situation aurait pu ĂȘtre mieux gĂ©rĂ©e", a-t-elle dit en marge du Forum Ă©conomique Ă  HanoĂŻ.

- Blocage du gouvernement -

AprĂšs des mois de blocage par le gouvernement birman, des fonctionnaires de l'ONU ont dĂ©butĂ© mercredi une mission en Birmanie afin d'Ă©valuer les conditions d'un Ă©ventuel retour des centaines de milliers de Rohingyas qui ont fui le pays. Cette mission intervient dans un contexte de grande tension entre la Birmanie et les Nations Unies. Des enquĂȘteurs de l'ONU avaient demandĂ© en aoĂ»t que des poursuites soient engagĂ©es contre le chef de l'armĂ©e et cinq haut gradĂ©s. La Cour pĂ©nale internationale s'Ă©tait ensuite dĂ©clarĂ©e compĂ©tente pour enquĂȘter sur certains des crimes perpĂ©trĂ©s.

Aung San Suu Kyi est directement visée par le rapport des experts de l'ONU, qui déplore qu'elle n'ait pas utilisé son "autorité morale" pour tenter de faire cesser les atrocités.

En 2017, sous la menace de l'armée et de milices bouddhistes, plus de 700.000 Rohingyas ont fui le pays. Ils ont trouvé refuge dans d'immenses campements de fortune au Bangladesh. Un accord de rapatriement a été signé entre Dacca et Naypyidaw fin 2017, mais le processus est au point mort, les deux pays se rejetant mutuellement la faute. Les réfugiés rohingyas refusent, quant à eux, de revenir tant que leur sécurité et leurs droits ne seront pas garantis.

Le rapport complet des enquĂȘteurs de l'ONU est attendu le 18 septembre, et la Birmanie sera au centre des attentions lors de la prochaine AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies.

AFP

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