Les petites voitures Ă©lectriques grises d'Autolib', plombĂ© par un lourd dĂ©ficit, vont peut-ĂȘtre cesser de rouler dĂšs ce jeudi soir Ă Paris et sa banlieue: la rĂ©siliation du contrat avec le groupe BollorĂ© a Ă©tĂ© actĂ©e dans l'aprĂšs-midi, augurant d'une belle bataille judiciaire.
Le Syndicat mixte Autolib' Vélib', qui réunit les 103 communes partenaires dont la capitale, "a refusé de verser la compensation infondée de 233 millions d'euros réclamée par le groupe Bolloré par courrier du 25 mai, entraßnant de fait la résiliation du contrat au 25 juin 2018", a indiqué le Syndicat mixte Autolib' Vélib' Métropole (SAVM).
Le syndicat va, dans les jours Ă venir, "nĂ©gocier avec le groupe BollorĂ© un protocole de sortie de contrat afin de rĂ©gler l?ensemble des modalitĂ©s opĂ©rationnelles", a ajoutĂ© le syndicat mixte, sans prĂ©cision sur la date effective de l'arrĂȘt du service. "Nous irons faire prospĂ©rer nos systĂšmes d'autopartage lĂ oĂč on nous accueille", a commentĂ© le directeur gĂ©nĂ©ral du groupe BollorĂ© Gilles Alix (bien Alix), prĂ©sent dans la salle, indiquant que le groupe allait "continuer Ă se battre devant le tribunal administratif".
Le syndicat mixte, oĂč la Ville de Paris est majoritaire, et le groupe BollorĂ© se renvoient depuis des jours, par presse interposĂ©e, la responsabilitĂ© du dĂ©ficit dont souffre le service, estimĂ© par BollorĂ© Ă un total de 293,6 millions et dont il accepte de prendre en charge 60 millions. "Abracadabrantesque", avait commentĂ© la maire PS de Paris Anne Hidalgo.
La rĂ©union du comitĂ© syndical, composĂ© d'Ă©lus de tendances diverses, a d'ailleurs donnĂ© lieu Ă des dĂ©bats tendus entre les reprĂ©sentants de la capitale et sa banlieue. Pour Arnaud Gibert, adjoint au maire de Bezons (Val d'Oise), "la messe est dite. Les choses se sont dĂ©cidĂ©es entre le groupe BollorĂ© et la mairie de Paris". "C'est Mme Hidalgo qui nous a amenĂ©s oĂč nous sommes aujourd'hui", a renchĂ©ri BenoĂźt Blot, pour le Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine).
Gilles Gauché-Cazalis, adjoint à la mairie de Nanterre, a pour sa part voté pour la résiliation : "L'argent public n'est pas fait pour remplir les caisses de Bolloré", a-t-il dit à la presse. Groupe Bolloré et syndicat mixte ne sont d'accord sur rien, chacun se renvoyant la responsabilité de la résiliation du contrat et au-delà , celle de l'avenir des 254 salariés que chacun veut voir pris en charge par l'autre.
Image dégradée
Une centaine de ces derniers ont d'ailleurs manifesté pendant la réunion devant la mairie du XIIe, pour demander "la préservation de leur emploi" et la "poursuite d'Autolib'". Quant au coût d'une résiliation anticipée, elle est chiffrée cÎté Bolloré à 300 millions d'euros mais à seulement "plusieurs dizaines de millions d'euros" pour la présidente du syndicat Catherine Baratti-Elbaz.
Lancé en fanfare en 2011 sous Bertrand Delanoë, "premiÚre mondiale" alors symbole de modernité, le dispositif fort de 150.000 abonnés, a dû faire face à un changement des façons de se déplacer, avec le vélo électrique, le VTC, la location de véhicules privés. Sans compter son image dégradée et ses voitures souvent sales.
Il devait pourtant au départ dégager un bénéfice d'au moins 56 millions d'euros par an mais Bolloré avait rapidement annoncé un léger, puis un lourd déficit, déclenchant un audit et une procédure de conciliation rompue fin mai. Sans attendre la rupture effective, Mme Hidalgo a reçu à la mi-juin des constructeurs désireux de reprendre le marché parisien, sous d'autres formes.
La Ville a rappelé jeudi que "plus de 600 véhicules en autopartage sont disponibles dÚs à présent dans la capitale". Il y a quatre jours, une pétition a été lancée sur change.org pour demander le "maintien du service public Autolib'", signée par plus de 21.000 personnes jeudi aprÚs-midi.
Avant Autolib', la Ville de Paris et le syndicat mixte ont dû se colleter à un autre "fiasco" à ce jour non résolu, celui du service de vélos Vélib' en berne, compliqué d'un conflit salarial aigu depuis le changement de fournisseur de cet équipement.
 - © 2018 AFP


