Avant-dernier jour du procès d'Abraham Bomela à la cour d'assises ce jeudi 19 février 2026. L'homme, âgé de 38 ans, au moment des faits en octobre 2023, est accusé de l'assassinat de trois personnes, dont sa mère et sa petite cousine de 5 ans. Il est aussi poursuivi pour huit tentatives d'assassinat. Après trois jours à examiner les faits, la Cour s'est penchée sur la personnalité d'Abraham Bomela mais surtout sur son état mental au moment des faits. Pour le psychiatre, l'accusé souffre d'une forme de schizophrénie paranoïaque qui a altéré son discernement. Il a encore répété qu'il ne regrette rien (Photo sly/www.imazpress.com)
Abraham Bomela est aussi mis en examen pour détention d'images pédopornographiques. Il a été interrogé jeudi matin sur ce sujet par la présidente de la Cour.
Encore une fois, il reconnaît sans difficulté. "Je regarde ça comme ça", explique-t-il tout en continuant à soutenir qu'il préfère les filles de 13/14 ans. "C'est Internet qui me propose ça", tente-t-il de se dédouaner.
Il admet aussi essayer de contacter des jeunes filles via les réseaux sociaux et principalement Facebook. "Mais seulement pour parler. Si i koz tan myé, si i koz pa tan pi."
- Abraham Bomela a suivi "une scolarité normale" -
L'enquêtrice de personnalité a relevé aussi sa solitude. "Il ne fréquente presque personne. "Il ne connaît presque pas sa famille du côté paternel et ne côtoie que la famille du côté de sa mère", relève l'enquêtrice.
"Il a suivi une scolarité globalement normale en redoublant deux classes. Il va jusqu'en terminale mais ne réussit pas le bac. Mais, il n'a jamais eu de problèmes de discipline. Il a travaillé à de nombreuses reprises, tant au noir que déclaré. Il est décrit comme un bon élément, travailleur, discipliné et ne causant aucune difficulté, poursuit-elle.
"Il affirme que sa famille veut lui faire du mal et qu'elle lui lance des sorts malbars. Il affirme que c'est à cause d'eux qu'il a été à l'asile et que ses parents n'ont rien fait. On ne lui connaît qu'une seule relation sentimentale et c'est sa compagne qui met fin à leur relation. Depuis, il n'a plus de vie affective, détaille l'enquêtrice.
"Son changement de comportement correspond à ses premières prises de toxiques, zamal et alcool. C'est à partir de ce moment-là qu'il commence réellement à devenir violent", termina-t-elle.
- En prison l'accusé a listé plus de 80 façons de faire mal à autrui -
À ce moment de l'audience, la Présidente dévoile un texte écrit par l'accusé que des gardiens ont retrouvé dans sa cellule. Tel un inventaire à la Prévert, Abraham Bomela a listé plus de 80 façons de faire mal à autrui.
Le moyen le moins violent consiste à "mettre de l'huile dans les escaliers pou fé tomb in moun".
Interrogé sur cette liste, Abraham Bomela s'explique avec son raisonnement très particulier. "J'ai toujours de la colère en moi. Alors je passe ma colère en écrivant. Parce que quand je suis en colère, j'ai envie de faire du mal aux gens. C'est la rage".
Il poursuit toujours froidement : "Quand les gens vous font du mal, ce n'est pas grave de faire du mal aux autres. Je préfère l'isolement car je n'ai besoin de rien".
- "Son délire n'est vraiment pas commun" -
Un comportement et des déclarations que les experts tentent d'expliquer. C'est la psychologue, qui est la première à prendre la parole.
"Il a ce discours où il a peur d'être pédophile. Et il est encore totalement empreint de cette idée. Il a un état délirant avec une personnalité antisociale. Il montre une froideur affective et un manque d'empathie certain", commence l'experte.
"Il y a aussi des facteurs criminologiques. Pour lui, il faut combattre le mal en faisant du mal. On ne naît pas avec ce type de traits. Cela vient avec le temps. On ne naît pas antisocial. On le devient. Il y a une problématique psychiatrique, c'est certain, mais qui est associée avec les autres problématiques. Il y a un noyau délirant avec des pointes de paranoïa. Mais son délire n'est vraiment pas commun", dit encore l'experte psychologue.
- Une altération du discernement, mais Abraham Bomela "reste parfaitement conscient de ses actes" -
"Le concernant, on peut émettre plusieurs diagnostics", explique ensuite le médecin psychiatre dès le début de son intervention. "On peut expliquer cela en parlant de délire par secteur. C'est complexe à comprendre, mais il faut garder à l'esprit, comme fil conducteur, la paranoïa. Il est introverti, taciturne et solitaire."
Le psychiatre continue : "Mais surtout, il est plus susceptible, méfiant et interprétatif que la moyenne. Et c'est l'élément essentiel le concernant".
"Quelle que soit la maladie, pour lui, je penche vers une altération du discernement. Cependant, il reste parfaitement conscient de ses actes. Pour lui, il n'y avait rien d'autre à faire et il ne regrette rien. C'est typique du caractère paranoïaque. Il y a une véritable dangerosité criminelle", soutient encore le docteur.
"L'infraction est liée à sa maladie psychiatrique mais, il est parfaitement capable de comprendre la sanction pénale. Une injonction de soins est obligatoire et elle doit être prononcée dès la détention", termine le psychiatre.
- "Je n'ai pas besoin de parler à quelqu'un, je suis bien à l'isolement" -
Interrogé une dernière fois, Abraham Bomela reste sur ses positions. Il ne regrette rien et si cela était à refaire, il le referait. "Je n'ai pas besoin de parler à quelqu'un et encore moins à un médecin. Je suis bien à l'isolement" lance-t-il.
Les premiers avocats des parties ont commencé leur plaidoirie en milieu d'après-midi. C'est le bâtonnier Laurent Payen qui a pris la parole en premier pour les parents de la petite fille.
"Elle a disparu dans des conditions tragiques. Et il maintient que c'est toujours de la faute des parents si la petite est morte", attaque la robe noire. "Il est responsable de ses actes et il est accessible à une sanction pénale. Les faits sont acquis", constate le bâtonnier.
- Le verdict devrait être connu en fin de journée -
"S'il fallait le refaire, il le referait. C'est de cette phrase que vous devrez vous souvenir lorsque vous entrerez en délibéré. Qui a-t-il de pire que de perdre son enfant", interroge Laurent Payen. "Elle avait 5 ans. On ne peut pas se mettre à la place des parents. Une chose est certaine. Elle ne reviendra jamais", souligne l'avocat Saint-Paulois.
Les avocats des parties civiles se sont se succédés toute l'après-midi de ce jeudi.
Ce vendredi, les derniers défenseurs des parties civiles prendront la parole. Ce sera ensuite au tour de l'avocate générale de prononcer ses réquisitions. La défense s'exprimera en dernier pour l'accusé.
Le verdict devrait être connu en fin de journée.
- Le rappel des faits -
Les faits s'étaient produits tôt le matin du samedi 28 octobre 2023 à la Possession. Dans la matinée du drame, Abraham Bomela, alors âgé de 38 ans, avait poignardé sa mère puis la fillette, avant de s’enfuir du domicile familial au volant de sa voiture.
Les gendarmes sont alertés une première fois à 6h45.
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Abraham Bomela, a entamé un périple sanglant dans les rues de la ville. Avec sa voiture, il percute une personne qui fait son jogging et un scootériste.
Plus loin sur son trajet, il percute un véhicule stationné sur le parking d'une grande surface du centre-ville. Des personnes sont blessées. Abraham Bomela tente ensuite de percuter un témoin venu porter secours aux victimes.
Il blesse aussi un motard en le percutant avant d'abandonner son véhicule. Il arrive à entrer dans une agence du Crédit Agricole qui n'était pas encore ouverte. Il agresse mortellement au couteau l'agent d'entretien qui se trouve sur les lieux.
Un important dispositif des secours et des forces de l'ordre a été déployé peu de temps après le début des faits. 70 gendarmes, dont 16 de l'antenne GIGN (Groupement mobile de la gendarmerie nationale) avaient été mobilisés. Toute la zone où Abraham Bomela s'était retranché avait été bouclée.
L'assaut avait été donné peu après 7h. L'agresseur avait été blessé. Un gendarme avait été atteint par des coups de couteau portés par l'homme qui a résisté à son interpellation.
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