France

Bertrand Cantat: des fans, quelques manifestants et pas trop d'effusion

  • PubliĂ© le 7 juin 2018 Ă  23:53
  • ActualisĂ© le 8 juin 2018 Ă  03:55
Une femme porte le portrait de Marie Trintignant lors d'une manifestation devant le Zenith Ă  Paris oĂč se produit Bertrand Cantat, le 7 juin 2018

AprÚs un début de tournée chahutée, avec des spectacles annulés et des mouvements de protestation, seulement une poignée de manifestants s'étaient déplacés jeudi soir pour l'unique date parisienne de Bertrand Cantat, condamné pour la mort en 2003 de Marie Trintignant.


"Pas d'honneur pour les tueurs", "la musique adoucit les meurtres" ou "Marie Trintignant ne sera plus jamais applaudie", pouvait-on lire sur les banderoles de la quinzaine de manifestants installés à la sortie du métro, prÚs du Zénith à Paris. Certains brandissaient dans le calme des photos de l'actrice, morte sous les coups de son compagnon, devant les fans en route pour le concert.

Une initiative trÚs médiatique lancé par l'association "Osez le féminisme", qui déplore la visibilité dont jouit l'artiste et dénonce un "positionnement cynique et révoltant" du Zénith.
Un appel similaire avait conduit l'Olympia à annuler les deux concerts de Cantat prévus le 29 et 30 mai, par crainte de "risques sérieux de troubles à l'ordre public". "Cantat a-t-il le droit de chanter ?", s'interrogeait L'Obs en une ce jeudi, relayant une question qui poursuit le chanteur, reparti sur les routes en mars.

"A part la une des Inrocks, il ne fait quand mĂȘme pas trop parler de lui. Il a le droit d'ĂȘtre lĂ , et nous aussi on a le droit !", a estimĂ© Gaelle, 40 ans, une fan de longue date. "Je pars du principe que le droit Ă  l'oubli c'est important. C'est son mĂ©tier de chanter, c'est ça qu'on oublie", affirme Camille, 28 ans. Et le voir en concert "n'empĂȘche pas d'ĂȘtre fĂ©ministe", souligne la jeune fan.

PrÚs de quinze ans aprÚs la mort de l'actrice à Vilnius, l'ex leader de Noir Désir, qui avait rempli les salles en 2014 avec son groupe Détroit, a vu la pression s'intensifier autour de sa tournée, la premiÚre en son nom propre.

- Pas de festivals d'été -

Les premiers concerts ont dĂ©chaĂźnĂ© les passions, avec manifestations devant les salles et invectives. A Grenoble mi-mars, il avait mĂȘme Ă©tĂ© accueilli aux cris d'"assassin!". Face Ă  cette mobilisation, Bertrand Cantat a renoncĂ© aux festivals d'Ă©tĂ©. Sur scĂšne, le chanteur de 54 ans se montre sobre, se contentant de remercier le public. Aucune information n'a Ă©tĂ© communiquĂ©e sur le nombre de billets vendus, mais Ă  quelques instants du dĂ©but du concert, le ZĂ©nith Ă©tait environ rempli Ă  moitiĂ©, a estimĂ© un journaliste de l'AFP sur place.

"Je n'ai aucune raison juridique d'empĂȘcher Bertrand Cantat de chanter", explique pour sa part Daniel Colling, le patron du ZĂ©nith. "C'est un monsieur qui a fait un acte condamnable, qui a Ă©tĂ© condamnĂ©, qui a fait de la prison", ajoute celui qui, en tant que responsable du Printemps de Bourges, avait programmĂ© le rappeur Orelsan en 2009 quand d'autres festivals y avaient renoncĂ© en raison d'une polĂ©mique sur des textes jugĂ©s misogynes.

- Concerts jusqu'en décembre -

Bertrand Cantat a été condamné à huit ans de prison en Lituanie pour coups mortels sur Marie Trintignant. Transféré en France, il a été libéré en 2007 aprÚs avoir purgé plus de la moitié de sa peine.

IcĂŽne rock française des annĂ©es 1990, le chanteur bordelais a progressivement repris son activitĂ© publique Ă  partir de 2010, avec un album et une tournĂ©e avec DĂ©troit suivi de la sortie, en dĂ©cembre dernier, de son premier album solo "Amor Fati". La promotion du disque s'est faite sur fond de polĂ©mique Ă  la suite d'une couverture des Inrocks consacrĂ©e au chanteur en octobre, en pleine tempĂȘte Weinstein.

Une "une" dont Cantat s'est excusé dans une lettre publiée sur Facebook. Dans ce texte, il évoquait aussi son "droit à la réinsertion" et le "droit à exercer (son) métier", tout en "renouvelant" sa "compassion" à la famille et aux proches de Marie" Trintignant.

La justice bordelaise a confirmé cette semaine effectuer de nouvelles vérifications sur un autre dossier, le suicide de son ex-femme en 2010, tout en précisant que cela ne devrait pas "remettre en question" les premiÚres conclusions qui avaient mis hors de cause le chanteur. Sa tournée se poursuivra samedi à Lille et dimanche à Bruxelles, avant deux concerts fin décembre à Pau puis à Bordeaux.

AFP

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