Ukraine

Biden attaque violemment Poutine et le met en garde

  • PubliĂ© le 27 mars 2022 Ă  04:58
  • ActualisĂ© le 27 mars 2022 Ă  07:04
Le président américain lors de son discours virulent contre Vladimir Poutine à Varsovie le 26 mars 2022

Le président américain Joe Biden a violemment attaqué son homologue russe Vladimir Poutine samedi à Varsovie, jugeant qu'il ne pouvait "pas rester au pouvoir" aprÚs son invasion de l'Ukraine, une déclaration immédiatement tempérée par la Maison Blanche.

Venu afficher son soutien Ă  la Pologne, pays du flanc oriental de l'Alliance atlantique et frontalier de l'Ukraine, M. Biden a qualifiĂ© la guerre dans ce pays d'"Ă©chec stratĂ©gique pour la Russie", et a mis en garde les autoritĂ©s de Moscou en leur enjoignant de ne "mĂȘme pas [penser] Ă  avancer d'un centimĂštre en territoire de l'Otan".

Avant sa charge contre le maßtre du Kremlin en début de soirée, le président américain avait traité M. Poutine de "boucher" pour les crimes commis selon lui par l'armée russe en Ukraine.

Appelant M. Biden à rester "réfléchi" dans ses propos, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a réagi à cette premiÚre attaque en jugeant qu"à chaque fois, les insultes personnelles de ce genre réduisent le champ des possibles pour nos relations bilatérales avec le gouvernement américain actuel".

L'hÎte de la Maison Blanche a enfoncé le clou à l'occasion d'un discours devant un millier de personnes au chùteau royal de Varsovie, en interpellant directement le "peuple russe".

- "Ce que le Président voulait dire" -

Assurant ne pas le considérer comme un "ennemi", mais jugeant que la guerre en Ukraine, avec ses atrocités, n'était pas "digne" de lui, M. Biden a ajouté : "Cet homme ne peut pas rester au pouvoir".

"Ce que le PrĂ©sident voulait dire, c'est que Poutine ne peut pas ĂȘtre autorisĂ© Ă  exercer un pouvoir sur ses voisins ou sur la rĂ©gion", a dĂ» nuancer la Maison Blanche : "Il ne parlait pas du pouvoir de Poutine en Russie, ni d'un changement de rĂ©gime". M. Biden a Ă©galement Ă©mis des doutes sur les intentions de la Russie en Ukraine.

Un peu plus d'un mois aprĂšs le dĂ©clenchement de la guerre, le commandement russe a créé la surprise en annonçant vendredi "concentrer le gros des efforts sur l'objectif principal: la libĂ©ration" du bassin minier du Donbass, tranchant avec la volontĂ© affichĂ©e par Moscou jusque lĂ  de "dĂ©militariser et dĂ©nazifier l'Ukraine" dans son ensemble et non pas seulement dans cette rĂ©gion orientale oĂč se trouvent deux "rĂ©publiques" sĂ©paratistes pro-russes.

Mais "je ne suis pas sûr" que les intentions des Russes aient changé, a jugé M. Biden dans la capitale polonaise.

Peu aprÚs, les autorités ukrainiennes ont annoncé une série de frappes russes sur des dépÎts de carburant, qui ont fait cinq blessés à Lviv, grande ville de l'ouest de l'Ukraine relativement épargnée par les combats pour l'instant.

A Varsovie, M. Biden a rencontré le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba et le ministre de la Défense Oleksii Reznikov, lors d'une réunion à laquelle ont également pris part leurs homologues américains Antony Blinken et Lloyd Austin.

"Les Etats-Unis nous ont assuré qu'ils n'avaient pas d'objection au transfert des avions", a déclaré Dmytro Kouleba, aprÚs sa rencontre avec Joe Biden.

Le 8 mars, prenant visiblement de court les Etats-Unis, la Pologne avait annoncĂ© ĂȘtre "prĂȘte Ă  dĂ©placer sans dĂ©lai et gratuitement tous ses avions Mig-29 sur la base de Ramstein (en Allemagne) et Ă  les mettre Ă  la disposition du gouvernement des Etats-Unis", pour qu'ils soient ensuite remis Ă  l'Ukraine.

De son cÎté, le président ukrainien Volodomyr Zelensky a appelé dans sa derniÚre vidéo samedi soir à la fourniture de plus d'armes. "Nous avons besoin de plus d'armement. Nous devons non seulement protéger l'Ukraine mais aussi les autres pays d'Europe de l'Est, sous la menace d'une invasion russe. Nous l'avons dit clairement lors de nos entretiens avec nos homologues américains en Pologne", a-t-il dit.

"Que fait l'Otan? Est-elle dirigée par la Russie? Qu'attendent-ils?", a-t-il critiqué.

- "Engagement sacré" -

M. Biden, qui a aussi rencontré le président polonais Andrzej Duda, a souligné "l'engagement sacré" de Washington sur le principe de la défense collective des pays membres de l'Otan.

Sur le front militaire, l'armée ukrainienne accuse, dans le dernier bulletin de son état-major publié dans la nuit de samedi à dimanche, que Moscou "cache l'ampleur de ses pertes humaines et matérielles".

Le ministÚre de la Défense russe a fait état lui d'une bataille pour le contrÎle de deux villages prÚs de Donetsk, à Novobakhmutivka et Novomykhailivka. Le ministÚre russe a aussi affirmé que des roquettes de type Kalibr ont détruit un dépÎt d'armes et de munitions dans la région de Jytomyr, à l'ouest de Kiev, le 25 mars.

Un dĂ©pĂŽt de carburant a Ă©galement Ă©tĂ© touchĂ© prĂšs de la ville portuaire de MykolaĂŻv (sud), selon la mĂȘme source. Il est trĂšs difficile de vĂ©rifier de source indĂ©pendante ce qui se passe sur le théùtre des opĂ©rations.

- Réapparition ministérielle -

Dans le mĂȘme temps, Kiev a annoncĂ© la mort d'un septiĂšme haut responsable militaire russe en Ukraine. La Russie a confirmĂ© Ă  ce jour la mort de deux hauts gradĂ©s, dont le gĂ©nĂ©ral AndreĂŻ Soukhovetski, commandant adjoint de la 41e armĂ©e aprĂšs avoir servi en Syrie en 2018-19.

Toujours selon des responsables occidentaux, un autre général, Vladislav Yerchov, a été démis de ses fonctions par le Kremlin à cause des lourdes pertes subies par les troupes russes.

Selon des images diffusées samedi en Russie, le ministre de la Défense russe Sergueï Choïgou a fait sa premiÚre apparition publique en deux semaines. Son absence avait nourri des interrogations que le Kremlin s'était efforcé de balayer.

Autour de Kiev, dont le maire a renoncé à décréter un nouveau couvre-feu, les combats continuent.

"Les groupes de sabotage de l'ennemi essayent toujours de pénétrer dans la capitale", selon l'état-major ukrainien dans son dernier bulletin. Une alerte antiaérienne a été déclenchée sur Kiev, et dans plusieurs autres villes dans la nuit de samedi à dimanche, et les habitants appelés à se mettre à l'abri.

- "Nulle part oĂč aller" -

A Kharkiv, deuxiĂšme ville d'Ukraine, les habitants semblent s'ĂȘtre rĂ©signĂ©s aux bombardements incessants. "Je suis de Kharkiv, je n'ai nulle part oĂč aller. Alors Ă  quoi bon partir?" rĂ©pond d'un air las Anna Kolinichienko, la cinquantaine, un vieux labrador tirant au bout de sa laisse.

Selon les autoritĂ©s rĂ©gionales ukrainiennes, l'armĂ©e russe a pris le contrĂŽle de la ville de Slavoutitch, oĂč rĂ©side le personnel de la centrale nuclĂ©aire de Tchernobyl, arrĂȘtant briĂšvement le maire et suscitant des manifestations pro-ukrainiennes.

A environ 120 km au nord-est de Kiev, la ville de Tcherniguiv est encerclée par les forces russes et il est impossible d'en évacuer massivement les civils et les blessés, a annoncé son maire, Vladislav Atrochenko. Dans la région de Tcherniguiv, l'armée russe "distribue de force sa soit-disant aide humanitaire à des fins de propagande dans les médias russes", affirme l'armée ukrainienne.

Mais les forces ukrainiennes ont repris le contrÎle de la ville de Trostianets, dans le nord-est du pays, a affirmé le ministÚre de la Défense ukrainien.

Dans la ville assiégée de Marioupol (sud), port stratégique sur la mer d'Azov, plus de 2.000 civils ont été tués, selon la municipalité. Quelque 100.000 de ses habitants y sont toujours bloqués et manquent de tout, selon le président Zelensky.

Les sanctions britanniques dĂ©cidĂ©es contre la Russie aprĂšs son invasion de l'Ukraine pourraient ĂȘtre levĂ©es si Moscou s'engageait Ă  respecter un cessez-le-feu total et retirait ses troupes, a dĂ©clarĂ© samedi la ministre britannique des Affaires Ă©trangĂšres, Liz Truss.

Ces dĂ©clarations font Ă©cho Ă  celles du secrĂ©taire d'Etat amĂ©ricain Antony Blinken indiquant que les sanctions contre la Russie "n'ont pas Ă©tĂ© conçues pour ĂȘtre permanentes" et qu'elles pouvaient disparaĂźtre si Moscou changeait d'attitude.


AFP

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