Candidats auto-déclarés au Ballon d'or, les attaquants Antoine Griezmann et Kylian Mbappé affichent tout haut leurs ambitions personnelles. Au risque de fragiliser l'équilibre collectif des Bleus si cher à Didier Deschamps?
C'était le match dans le match jeudi à Munich: qui des deux allait se distinguer face à l'Allemagne, pour la premiÚre rencontre de l'aprÚs-Mondial? Allaient-ils afficher de la complicité ou au contraire de la distance?
Les deux hommes ont parfois combiné, comme au quart d'heure de jeu sur un délicieux relais à grande vitesse, et ont évité l'incident diplomatique avant la pause lors d'un coup-franc qu'ils semblaient tous deux vouloir frapper.
Depuis plusieurs jours, l'environnement de Bleus est légÚrement pollué par les déclarations de presse de "Grizou" et "Kyky", concurrents dans la course au Ballon d'Or qui sera délivré en fin d'année.
Il y a d'abord eu cet entretien de MbappĂ©, mi-juillet dans France Football, oĂč l'attaquant parisien oublie Griezmann dans sa liste des favoris: "Je mettrais forcĂ©ment Cristiano Ronaldo. Il y aurait aussi Modric, Varane, qui a tout gagnĂ© et Neymar (...) Je pense que je me mettrais aussi".
L'extrait a été largement repris et commenté, sans que l'auteur revienne sur ses propos. Griezmann n'y a répondu que cette semaine, en laissant entendre que le sujet n'avait pas été abordé entre eux.
"Chacun ses opinions"
Est-ce que MbappĂ© l'a oubliĂ© ou l'a-t-il rayĂ© de la liste volontairement? "Il faut lui poser la question. Peut-ĂȘtre. Ou alors, peut-ĂȘtre qu'il n'aime pas mon football", a-t-il dit en rigolant dans L'Equipe, avant de conclure: "Chacun a ses opinions".
Le N.7 des Bleus champions du monde, rĂ©cent vainqueur de la Ligue Europa et de la Supercoupe d'Europe avec l'AtlĂ©tico Madrid, se classe lui-mĂȘme dans le top-3 pour le Ballon d'or, aprĂšs sa troisiĂšme place obtenue il y a deux ans.
"En comparant 2016 et cette annĂ©e, pour moi, je suis obligĂ© d'ĂȘtre dans les trois. En 2016, j'ai perdu deux finales (l'Euro et la Ligue des champions, NDLR), j'Ă©tais dans les trois, lĂ j'en ai gagnĂ© trois de finale. Donc, normalement...", a-t-il confiĂ©.
"Les hommes croient ce qu'ils dĂ©sirent", selon la formule de Jules CĂ©sar dans "La guerre civile". Et les deux compĂšres y croient trĂšs forts, trop fort peut-ĂȘtre au regard de la concurrence Ă©trangĂšre des Luka Modric et autres Cristiano Ronaldo, l'actuel propriĂ©taire du prix.
Le Croate et le Portugais ont remporté la derniÚre Ligue des champions face au Liverpool de Mohamed Salah, aussi cité parmi les prétendants. Griezmann n'a gagné "que" la petite Coupe d'Europe et Mbappé n'a pas franchi les huitiÚmes de finale de C1, compétition souvent décisive pour l'attribution du Ballon d'or.
"Pas de tĂȘte d'affiche"
Quoi qu'il arrive, le duel entre les deux Français a légÚrement brouillé l'image collective qu'a renvoyé l'équipe de Deschamps tout au long du Mondial russe, en poussant certains internationaux à choisir leur camp.
"Kylian est jeune. C'est sûr qu'il va gagner beaucoup de Ballons d'Or. Mais, cette saison, c'est à +Grizi+ qu'il faut le donner. Il le mérite. C'est son année. Et c'est l'image de notre sélection", lùche ainsi Lucas Hernandez, partenaire de Griezmann en club.
En bon capitaine (en l'absence de Hugo Lloris), RaphaĂ«l Varane tente de clore l'Ă©pisode: "Ce n'est pas un sujet de dĂ©bat Ă Clairefontaine", d'aprĂšs le dĂ©fenseur central du Real Madrid, pour qui il est "difficile d'avoir une tĂȘte d'affiche" chez les Bleus.
RéguliÚrement interrogé, Deschamps esquive à chaque fois la controverse. Et laisse à Bixente Lizarazu, champion du monde avec lui en 1998, le soin de s'exprimer: "si trois ou quatre joueurs se la racontent ou ne font plus les efforts nécessaires, la sanction sera terrible, écrit-il dans L'Equipe.
Le sélectionneur "le sait mieux que quiconque, ajoute le Basque, et il devra mettre en garde ses joueurs pour les emmener plus loin encore". Jusqu'au Ballon d'Or?
 © 2018 AFP


