Football - Coupe du Monde

Bleus: joue-la com' Deschamps

  • PubliĂ© le 22 mai 2018 Ă  13:28
  • ActualisĂ© le 22 mai 2018 Ă  13:36
Le sélectionneur de l'équipe de France Didier Deschamps avant l'annonce de la liste des 23 bleus pour le Mondial-2018, le 17 mai 2018 à Boulogne-Billancourt

"Bien évidemment", d'annonces de liste des joueurs en conférences de presse, la communication de Didier Deschamps se trouve en premiÚre ligne, surtout à l'approche d'une Coupe du monde.

Elle s'est façonnée pendant 35 ans, pour aboutir à une maßtrise trÚs "politique" d'aprÚs les experts sondés par l'AFP. Ce "bien évidemment" parsÚme les interventions médiatiques du sélectionneur de l'équipe de France, dans un phrasé bien à lui brocardé par les Guignols dans les années 1990, assorti des fameux "tant sur le plan +taque-tique+ que +tÚque-nique+" et "au contraire".

"Maintenant je fais attention à la fin de mes phrases et je ne dis plus +je dirais+. Et +sur le plan tactique et technique+ je l'ai enlevé aussi. Mais parfois ça revient ! C'est naturel...", s'en amusait l'intéressé en 2012 sur Europe 1.

Au-delĂ  de ces tics de langage anecdotiques, "il est rodĂ©", confie Ă  l'AFP son ancien coĂ©quipier chez les Bleus Vincent GuĂ©rin, Ă  la tĂȘte de la sociĂ©tĂ© de relations publiques VGS: "Ça fait un petit moment dĂ©jĂ  qu'il est dans le milieu, il a acquis de l'expĂ©rience dans ce domaine. Pour son annonce de la liste (jeudi), il Ă©tait trĂšs bon: il a mĂȘlĂ© l'expertise, l'humour et la proximitĂ©. Il faut avoir de la hauteur, de la retenue, tirer la corde ou la dĂ©tendre. Et Didier a progressĂ© dans le cĂŽtĂ© humain et humoristique".

- "Protéger ses joueurs" -

Mais le capitaine des champions du monde 1998 est aussi reconnu comme un expert Ăšs langue de bois, recourant aux banalitĂ©s de footballeur et adepte avant l'heure du "en mĂȘme temps" macronien par le biais d'un "mĂȘme si" placĂ© au milieu de sa phrase, pour en neutraliser la premiĂšre moitiĂ©.

Pas si étonnant pour Elodie Bernason Bonnin, directrice de l'agence de communication sportive BernasCOM, qui assure à l'AFP: "C'est un bon communiquant dans sa stratégie d'en donner le moins possible pour protéger ses joueurs. L'image qu'il donne n'est pas sa priorité, il est sur l'efficacité, le résultat. C'est un rÎle trÚs politique, il ne peut pas se permettre de dire n'importe quoi".

"Quand on est joueur, entraßneur ou sélectionneur, on manie forcément la langue de bois", élargit Guérin. "Il y a des choses qu'on ne peut pas dire, sinon on est un bon client sur le moment et aprÚs, c'est terminé. Et la vérité du jour n'est pas celle du lendemain: si on dit d'un joueur qu'il n'a pas le niveau et que demain on est obligé de le reprendre, on n'est pas crédible pour la suite".

C'est pourquoi "DD" pique parfois publiquement ses joueurs, mais toujours mezzo voce, sur le thÚme: il peut en faire davantage, j'attends plus de lui. Et, dans le positif, se borne aux "potentiel" et "qualités". Il y a souvent un décryptage à opérer, et chez les journalistes, on dit qu'il faut savoir "parler le Deschamps" pour le comprendre et surtout subodorer ses intentions. Le langage corporel, moins contrÎlable, peut donner des indications.

A la maniÚre d'un homme politique, le sélectionneur devance ou retourne volontiers la question qui lui est posée pour désarçonner son interlocuteur, et envoie ses messages entre les lignes, et surtout à sa guise - ayant acquis une connaissance des arcanes médiatiques comme consultant pour RMC et Canal+ dans les années 2000.

- "Biscuits" -

Dans un entretien à L'Equipe Magazine de mars 2017, il reconnaissait d'ailleurs préparer ses rencontres avec la presse: "Je ne viens pas sans avoir de biscuits (arguments, nldr). J'imagine les questions qu'on va me poser. Je sais aussi exactement ce que j'ai envie de dire, je peux répondre à une question sans répondre ou faire passer un message sans que l'on me pose la question".

Pour Philippe Tournon, chef de presse au long cours des Bleus (1983-2004 et depuis 2010), "celui qui croit pouvoir le déstabiliser, je ne le connais pas et je ne le connaßtrai jamais. J'en ai connu qui voulaient tout maßtriser, mais n'avaient pas les moyens de le faire. Lui, il veut et il sait comment faire. Il est hors catégorie par rapport à ses prédécesseurs".

L'ex-joueur décrit par Guérin comme "proche des dirigeants" sait lire le jeu, l'ex-milieu défensif, tacler et ne rien lùcher, l'ex-capitaine composer avec les exigences de ses responsabilités.

Sans ĂȘtre Ă  l'abri d'une petite erreur: en fĂ©vrier 2016, sur le plateau du Canal Football Club de Canal+, il assure suivre plusieurs dĂ©fenseurs centraux dont Kalidou Koulibaly, et met au dĂ©fi le prĂ©sentateur de lui dire dans quel club ce joueur Ă©volue. Sauf que le Napolitain n'Ă©tait pas sĂ©lectionnable en Bleu car dĂ©jĂ  international sĂ©nĂ©galais. "Bien Ă©videmment".

AFP

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