Brésil

Bras de fer entre pro et anti-chasse Ă  la baleine

  • PubliĂ© le 11 septembre 2018 Ă  01:14
  • ActualisĂ© le 11 septembre 2018 Ă  05:18
Une baleine à bosse fait un saut hors de l'eau dans le parc naturel national de Uramba Bahia Malaga en Colombie, le 12 août 2018

Les pays chasseurs et protecteurs des baleines ont entamé lundi au Brésil un intense bras de fer lors de la réunion annuelle de la Commission baleiniÚre internationale (CBI), le Japon espérant réexaminer le moratoire sur la chasse aux cétacés, qui date de 1986.

Le ministre brĂ©silien de l'Environnement Edson Duarte a dĂ©clarĂ© Ă  l'ouverture que "l'heure Ă©tait venue d'avancer, pas de reculer", avant de rappeler Ă  ses dĂ©lĂ©guĂ©s leur "devoir de donner une impulsion dĂ©cisive en direction de la prĂ©servation des cĂ©tacĂ©s". Le nouveau prĂ©sident de la CBI, le Japonais Joji Morishita, estime que cette rencontre pourrait ĂȘtre dĂ©terminante pour l'avenir de cet organisme, composĂ© de 89 pays membres, profondĂ©ment divisĂ© entre partisans (Japon, NorvĂšge, Islande et leurs alliĂ©s) et opposants Ă  la chasse aux cĂ©tacĂ©s.

M. Morishita a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP vouloir "changer de modĂšle, pour passer du rejet mutuel au respect mutuel". "Notre dĂ©fi lors de cette rĂ©union est de savoir si nous pouvons concilier les deux diffĂ©rentes positions ou bien trouver une façon d'ĂȘtre en accord ou en dĂ©saccord tout en regardant vers l'avenir, plutĂŽt que de passer notre temps Ă  nous disputer", a-t-il dĂ©clarĂ© avant l'ouverture de la session Ă  Florianopolis, paradis des surfeurs situĂ© dans le sud du BrĂ©sil.

Pourtant, comme à chaque session de la CBI, seul organe de gestion des grands cétacés, les dissensions s'annoncent trÚs fortes entre les deux camps. "Cette réunion s'annonce cruciale", a estimé Patrick Ramage, chargé des cétacés au Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw en anglais).

Le Japon est signataire du moratoire de la CBI sur la chasse aux baleines, qui date de 1986, mais il affirme la pratiquer pour effectuer des recherches, prĂšs de ses cĂŽtes dans le Pacifique ainsi que dans l'Antarctique, mĂȘme si une grande partie de la viande est ensuite Ă©coulĂ©e sur le marchĂ©.

La NorvÚge et l'Islande sont les seuls pays au monde à pratiquer ouvertement la chasse commerciale. Tokyo, de son cÎté, tente de prouver que la population de baleines est assez importante pour supporter une reprise de la chasse commerciale. Alors que les énormes nuages d'eau provenant du souffle des baleines sont visibles depuis les hÎtels de délégués, dans la baie de Florianopolis, le pays hÎte, le Brésil, et le Japon vont présenter deux textes diamétralement opposés.

- Pollution sonore -

Le document portĂ© par les Japonais propose de crĂ©er un "comitĂ© de la chasse Ă  la baleine durable" pour les pays souhaitant s'adonner Ă  cette activitĂ© dans un but commercial. Les nations protectrices des cĂ©tacĂ©s, tels l'Union europĂ©enne, l'Australie et la Nouvelle-ZĂ©lande sont dĂ©terminĂ©es Ă  les en empĂȘcher.

De son cĂŽtĂ©, le BrĂ©sil essaye de rassembler les anti-chasse derriĂšre la "dĂ©claration de Florianopolis" qui considĂšre que cette activitĂ© ne se justifie plus Ă©conomiquement, la consommation de chair de baleine ayant considĂ©rablement diminuĂ©. L'arrĂȘt de la chasse permettrait en outre Ă  la population des cĂ©tacĂ©s dans le monde de revenir Ă  des niveaux Ă©quivalents Ă  l'Ăšre prĂ©-industrielle.

Le pays hĂŽte veut Ă©galement Ă©tendre la zone de protection des baleines, actuellement limitĂ©e aux ocĂ©ans Indien et Austral, Ă  tout l'Atlantique Sud. "La proposition du Japon est hasardeuse d'un point de vue procĂ©dural et elle ramĂšnerait la Commission baleiniĂšre internationale Ă  une Ă©poque oĂč elle prĂ©sidait d?insupportables opĂ©rations de chasse", a dĂ©clarĂ© Leigh Henry, du Fonds mondial pour la nature WWF.

La pollution sonore sous-marine, les chocs avec les navires, le changement climatique figurent parmi les autres sujets majeurs qui doivent ĂȘtre abordĂ©s durant cette semaine au BrĂ©sil. La rĂ©union de la CBI se tient jusqu'Ă  vendredi. Les dĂ©cisions y sont adoptĂ©es Ă  la majoritĂ© des trois quarts mais le Japon milite pour un changement de rĂšgle, qui permettrait un vote Ă  la majoritĂ© simple.

La consommation de baleine a une longue histoire dans l'archipel nippon, pays de pĂȘcheurs oĂč le cĂ©tacĂ© a Ă©tĂ© chassĂ© pendant des siĂšcles. L'industrie baleiniĂšre a connu son essor aprĂšs la Seconde guerre mondiale, pour apporter des protĂ©ines animales aux habitants du pays. Lors de la derniĂšre campagne de quatre mois en 2017/2018 en Antarctique, les pĂȘcheurs japonais ont capturĂ© 333 baleines, dont 122 se trouvaient en pĂ©riode de gestation, ce qui avait Ă©tĂ© dĂ©noncĂ© de maniĂšre trĂšs virulente par les ONG.
AFP

guest
0 Commentaires