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Breivik devant la justice pour protester contre un traitement "inhumain"

  • PubliĂ© le 15 mars 2016 Ă  08:12
Anders Behring Breivik lors de son procÚs à Oslo, le 24 août 2012

L'extrĂ©miste de droite Anders Behring Breivik, qui a tuĂ© 77 personnes en NorvĂšge en 2011, revient devant la justice ce mardi, accusant l'État de violer les droits de l'Homme en le maintenant Ă  l'isolement depuis prĂšs de cinq ans.


Pour des raisons de sĂ©curitĂ©, le procĂšs de quatre jours se tient derriĂšre de hautes murailles grisĂątres dans le gymnase de la prison de Skien, Ă  130 km au sud-ouest d'Oslo, oĂč Breivik purge sa peine dans un rĂ©gime de trĂšs haute sĂ©curitĂ©.
La premiĂšre journĂ©e doit ĂȘtre consacrĂ©e aux dĂ©clarations liminaires des avocats des deux parties. Breivik s'exprimera pour sa part pendant environ trois heures mercredi matin.
L'extrĂ©miste de 37 ans reproche Ă  l'État d'enfreindre deux dispositions de la Convention europĂ©enne des droits de l'Homme, l'une interdisant les "peines ou traitements inhumains ou dĂ©gradants", l'autre garantissant le "droit au respect de sa vie privĂ©e (...) et de sa correspondance".
Le 22 juillet 2011, il avait fait exploser une bombe prÚs du siÚge du gouvernement à Oslo, tuant huit personnes, puis tiré sur un rassemblement de la Jeunesse travailliste sur l'ßle d'UtÞya, faisant 69 autres victimes, pour la plupart des adolescents.
Il a Ă©tĂ© condamnĂ© en 2012 Ă  21 ans de prison, alors la peine maximale en NorvĂšge. Celle-ci pourra ĂȘtre prolongĂ©e tant qu'il restera jugĂ© dangereux.
ConsidĂ©rĂ© comme un nouveau test pour l'État de droit, le procĂšs risque de rouvrir des plaies dans le pays scandinave oĂč l'on essaie d'oublier l'auteur des attaques les plus sanglantes perpĂ©trĂ©es sur le territoire national depuis la Seconde Guerre mondiale.
Breivik "a obtenu ce qu'il voulait", tweetait lundi Viljar Hanssen, un rescapĂ© d'UtĂžya. "Il est adulĂ© dans les milieux d'extrĂȘme droite et peut diffuser la haine depuis sa cellule".
Lors du carnage sur la petite Ăźle oĂč Breivik avait traquĂ© pendant plus d'une heure des adolescents terrifiĂ©s, le jeune homme avait Ă©tĂ© atteint de quatre balles, dont une Ă  la tĂȘte.
"Fier et heureux cependant de vivre dans un solide État de droit pour tous. C'est notre pierre angulaire pour une dĂ©mocratie moderne", a-t-il soulignĂ©.
- 'Torture' -
A maintes reprises, Breivik a qualifié son régime carcéral de "torture". Il souffre de "séquelles évidentes" à cause de son isolement, affirme aujourd'hui son avocat Øystein Storrvik.
"Une de ses principales activitĂ©s Ă©tait d'Ă©tudier, mais maintenant il a arrĂȘtĂ© et c'est selon moi un signe que l'isolement est nĂ©faste Ă  sa santĂ© psychologique", a expliquĂ© M. Storrvik Ă  l'AFP avant le procĂšs.
Les visites, rarissimes, sont presque exclusivement le fait de professionnels, derriĂšre une paroi de verre, et la correspondance de Breivik est passĂ©e au crible par les autoritĂ©s qui jugent cela indispensable pour l'empĂȘcher de former un "rĂ©seau extrĂ©miste".
Le Bureau du procureur gĂ©nĂ©ral, qui dĂ©fend l'État, estime que les conditions de dĂ©tention sont "largement conformes Ă  ce qui est permis" par la Convention europĂ©enne des droits de l'Homme.
"Il y a des limites Ă  ses contacts avec le monde extĂ©rieur qui sont bien sĂ»r strictes (...) mais il n'est pas totalement privĂ© de tout contact avec d'autres personnes", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP le juriste qui dĂ©fendra l'État, Marius Emberland, citant ses interactions avec le personnel d'encadrement notamment.
Breivik dispose de trois cellules, l'une de vie, l'autre d'études et la troisiÚme pour les exercices physiques, avec un téléviseur, un ordinateur --sans internet-- et une console de jeux.
Il peut aussi cuisiner et laver son linge, activités proposées en vue d'une --hypothétique-- réinsertion dans la société norvégienne.
En novembre, le Défenseur des droits norvégien a estimé que le régime carcéral de Breivik comportait "un risque accru de traitement inhumain". Mais selon la radiotélévision publique NRK, le personnel médical n'a pas observé d'altération grave de sa santé mentale.

Par Kirill KUDRYAVTSEV - © 2016 AFP
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