Afrique

Burkina: six morts dans une attaque contre une église catholique du centre-nord

  • PubliĂ© le 13 mai 2019 Ă  09:52
  • ActualisĂ© le 13 mai 2019 Ă  10:25
Burkina Faso

Six personnes, dont un prĂȘtre, ont Ă©tĂ© tuĂ©es dimanche matin lors d'une attaque pendant la messe dans une Ă©glise catholique Ă  Dablo, une commune de la province du Sanmatenga, dans le nord du Burkina Faso.

"Vers 09H00, au cours de la messe, des individus armĂ©s ont fait irruption dans l'Ă©glise catholique. Ils ont commencĂ© Ă  tirer alors que les fidĂšles essayaient de s'enfuir", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP le maire de Dablo, Ousmane Zongo. Les assaillants "ont pu immobiliser certains fidĂšles. Ils ont tuĂ© cinq (personnes). Le prĂȘtre qui cĂ©lĂ©brait la messe a Ă©galement Ă©tĂ© tuĂ©, portant Ă  six le nombre de morts". Selon une source sĂ©curitaire, l'attaque a Ă©tĂ© menĂ©e par un "groupe d'hommes armĂ©s estimĂ© entre vingt et trente".

- "Climat de panique" -

"Ils ont incendiĂ© l'Ă©glise, puis des boutiques et un maquis (petit restaurant ou bar) avant de se rendre au centre de santĂ© oĂč ils ont fouillĂ© le local et incendiĂ© le vĂ©hicule de l'infirmier chef de poste", a ajoutĂ© M. Zongo. "Dans la ville rĂšgne un climat de panique. Les gens sont terrĂ©s chez eux, aucune activitĂ© n'est fonctionnelle. Les boutiques et magasins sont fermĂ©s. C'est pratiquement une ville morte".

"L'alerte a été donnée vers 10H00 et des renforts ont été déployés à partir de Barsalogho", une commune située à 45 km au sud de Dablo, a confirmé à l'AFP une source sécuritaire. Les membres des forces de défense et de sécurité procÚdent à des ratissages.

Le gouvernement a confirmĂ©, dans un communiquĂ©, le bilan de 6 morts dont le prĂȘtre et "l'incendie d'une boutique et de deux vĂ©hicules". Parlant d'une "attaque lĂąche et barbare", le gouvernement "observe qu'aprĂšs avoir Ă©chouĂ© Ă  opposer les communautĂ©s par des assassinats ciblĂ©s de chefs coutumiers et de leaders communautaires, les groupes terroristes s'attaquent maintenant Ă  la religion dans le funeste dessein de nous diviser".

Cette attaque survient deux jours aprÚs la libération dans le nord du Burkina Faso de quatre otages par les forces spéciales françaises.

- Attaques jihadistes de plus en plus fréquentes -

Le Burkina Faso est confrontĂ© depuis quatre ans Ă  des attaques de plus en plus frĂ©quentes et meurtriĂšres, attribuĂ©es Ă  des groupes jihadistes, dont Ansarul Islam, le Groupe de soutien Ă  l'islam et aux musulmans (GSIM) et l'organisation État islamique au grand Sahara (EIGS). D'abord concentrĂ©es dans le Nord, ces attaques ont ensuite visĂ© la capitale et d'autres rĂ©gions, notamment l'Est, et fait depuis 2015 prĂšs de 400 mors, selon un comptage de l'AFP. Les attaques ciblent rĂ©guliĂšrement des responsables religieux, principalement dans le Nord.

Si des prélats chrétiens et musulmans ont déjà été visés par des attaques jihadistes, il s'agit de la deuxiÚme attaque, en deux mois, d'une église depuis 2015, date des premiÚres attaques. Le 29 avril, six personnes avaient été tuées lors de l'attaque de l'église protestante de Silgadji, dans le nord du Burkina Faso.

- "Stratégie jihadiste" -

À la mi-mars, l'abbĂ© JoĂ«l YougbarĂ©, curĂ© de Djibo (Nord) a Ă©tĂ© enlevĂ© par des individus armĂ©s. Le 15 fĂ©vrier, le pĂšre CĂ©sar Fernandez, missionnaire salĂ©sien d'origine espagnole, a Ă©tĂ© tuĂ© dans le Centre-Est. Plusieurs imams ont Ă©galement Ă©tĂ© assassinĂ©s par les jihadistes dans le Nord. Selon des sources sĂ©curitaires, ceux-ci Ă©taient "considĂ©rĂ©s comme pas assez radicaux" par les jihadistes ou "accusĂ©s de collaborer avec les autoritĂ©s".
L'attaque des églises fait partie de la stratégie des jihadistes, selon des experts. 

"C'est quelque chose qui rentre dans la logique des terroristes. Ce n'est que le prolongement des modes opératoires", avait estimé récemment Paul Oumarou Koalaga, consultant en géopolitique et spécialiste du Sahel. "On a commencé d'abord avec un certain nombre de cibles symboliques: des forces de défense, les premiers ennemis, puis les grandes infrastructures économiques et financiÚres comme les hÎtels... Ensuite, on attaque l'état-major des armées, les enseignants... Tout cela c'est quelque chose de bien pensé et qui monte en puissance", poursuit-il.

Aujourd'hui, des centaines d'écoles sont fermées dans le Nord, la plupart des fonctionnaires, dont les enseignants, ont fui ces zones. Pour Corinne Dufka de Human Rights Watch, les attaques ciblées récentes de chrétiens ou de certains groupes ethniques sont aussi "une des stratégies" des jihadistes "pour faire monter les tensions ethniques et déstabiliser le pays".

- © 2019 AFP

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