Au stade comme au gymnase, le sport amateur et professionnel s'est adapté au coup par coup lors des derniÚres canicules, mais leur récurrence va appeler des changements plus profonds dans la pratique pour ne pas la voir régresser.
"Beaucoup de clubs nous ont remonté la sensation de vivre un deuxiÚme Covid: pas une crise sanitaire, mais une crise solaire", résume Denis Lafoux, co-président de la Fédération des clubs omnisports qui fédÚre 900.000 pratiquants.
"Il y a un vrai constat de non-anticipation, la premiĂšre rĂ©action quand il fait chaud, c'est de dire 'boum, on arrĂȘte tout', parce qu'on ne sait pas trop comment gĂ©rer cette situation. Les dĂ©cisions stratĂ©giques ou politiques sur l'arrĂȘt ou non des activitĂ©s sont trĂšs variables selon les territoires", dĂ©plore-t-il auprĂšs de l'AFP.
Pourtant, "on sait que si on réduit le nombre de jours d'activité sportive, ce n'est pas bon pour la santé", met en avant Denis Lafoux, qui appelle à une "réflexion sur l'adaptation des rythmes d'activité, sur les temps de matinée ou de fin de journée" par exemple.
En 2021, un rapport de la fondation WWF estimait que les Français pourraient perdre "jusqu'à deux mois d'activité par an dans un monde à +4 degrés".
Ces deux derniers mois, lors des trois vagues de chaleur, des dizaines d'arrĂȘtĂ©s ont interdit des Ă©vĂ©nements sportifs, comme le triathlon Ironman de Nice. De nombreuses compĂ©titions ont aussi Ă©tĂ© reprogrammĂ©es.
Présidente de l'association sportive Aboi dans la Sarthe, qui compte 18 sections (judo, cyclisme, badminton, basket...), Audrey Boiron explique que pour les activités en extérieur "qui le pouvaient, les séances ont été décalées en soirée mais ce n'était pas toujours possible. Et pour notre triathlon en juin, les épreuves ont été regroupées le matin".
Mais pour les sports d'intérieur, "vu que les chaleurs sont arrivées en fin de saison, beaucoup de sections n'ont pas adapté les horaires car il y avait impossibilité de décaler les créneaux de gymnase ou de dojo", détaille-t-elle.
Car l'indoor est tout aussi concerné par les canicules: chez Arkose, les deux tiers des 27 salles d'escalade de l'Hexagone sont déjà climatisées et le reste va suivre "dans les deux années qui viennent", indique le PDG Steve Guillou.
- Des sports d'été en automne -
"C'est devenu incontournable, pas uniquement pour les canicules mais simplement les Ă©tĂ©s plus chauds qui font qu'on a des tempĂ©ratures difficilement compatibles avec la pratique sportive. Et mĂȘme dans un endroit climatisĂ©, quand il fait 37 ou 40 degrĂ©s dehors, que les gens ont tellement chaud chez eux, au travail, dans la rue, aller faire une sĂ©ance de yoga ou de sport, c'est pas la prioritĂ©" selon lui.
Expert climat et sport, Maël Besson rappelle que "50% des infrastructures sportives datent d'avant les années 1990 donc ne sont absolument pas pensées dans une idée de performance énergétique. Et quand elles le sont, souvent on est sur de l'isolation hivernale".
Il fait le constat que "pour le moment on annule des événements sportifs, on reporte, mais on ne s'adapte pas" au réchauffement climatique.
Au-delà de la rénovation du bùti, ce spécialiste estime que l'organisation de la pratique va devoir évoluer et que "des sports qu'on faisait l'été vont se décaler à l'automne ou au printemps".
Il indique que c'est dĂ©jĂ le cas pour la voile "avec des plans d'eau oĂč il y a des cyanobactĂ©ries dues aux fortes chaleurs, donc on interdit la pratique en pĂ©riode estivale qui Ă©tait le gros de l'activitĂ©. Le calendrier des sports d'eau vive s'Ă©tale maintenant sur mai, juin, septembre, octobre lĂ oĂč avant il y avait plus de compĂ©titions en Ă©tĂ©".
Pour la ministre des Sports Marina Ferrari, "aucune compétition, quelle que soit la discipline, ne pourra demain s'exonérer de prendre des mesures différentes si nous continuons à avoir des températures telles que nous les connaissons", a-t-elle estimé cette semaine sur franceinfo.
"On va lister tous les paramÚtres pour ne pas faire du coup par coup, et pour qu'on ait un référentiel trÚs pédagogique pour mieux accompagner les organisateurs: l'idée n'est pas d'interdire les manifestations, mais qu'elles puissent se tenir dans les meilleures conditions possibles. On travaille là -dessus en intergouvernemental", a-t-elle précisé à l'AFP.
AFP
