Cinéma

Cannes: Dujardin fait peau neuve dans une veste en daim

  • PubliĂ© le 15 mai 2019 Ă  20:41
  • ActualisĂ© le 16 mai 2019 Ă  05:28
L'acteur Jean Dujardin le 24 aoĂ»t 2018 Ă  AngoulĂȘme

On ne l'avait pas vu si convaincant depuis "The Artist", son heure de gloire couronnée du Prix d'interprétation masculine à Cannes en 2011: le Français Jean Dujardin élargit encore sa palette tragi-comique dans "Le daim" de Quentin Dupieux, dont l'humour décalé lui sied à merveille.

Dans "Le daim", prĂ©sentĂ© mercredi en ouverture de la Quinzaine des rĂ©alisateurs, Dujardin est Georges. Un prĂ©nom qui compte dans sa filmographie puisqu'il se prĂ©nommait George Valentin dans "The Artist", oĂč sa performance en vedette du cinĂ©ma muet lui avait Ă©galement permis de dĂ©crocher l'Oscar du meilleur acteur en 2012.

Cette fois, l'acteur de 47 ans endosse le rĂŽle d'un homme au bout du rouleau qui plaque tout et part dans un bourg de montagne acheter un blouson en daim Ă  franges pour un prix exorbitant. Il se retrouve vite possĂ©dĂ© par l'esprit de ce vĂȘtement qui lui intime l'ordre de faire disparaĂźtre tous les blousons portĂ©s par les habitants aux alentours. Georges franchit alors le Rubicon d'une folie meurtriĂšre...
"Pour ce rÎle, j'ai tout éteint, j'ai décidé de tout faire à plat puisque le postulat était tellement puissant et original. Il n'était pas question que je sois plus fort que la proposition, que je pousse les murs, que je surjoue la psychiatrie. Au contraire: plus je revenais à quelque chose de normal, plus ça rendait les choses anormales", explique à l'AFP Jean Dujardin.

D'un George(s) à l'autre, une quinzaine de films en huit ans se sont ajoutés à sa filmographie sans qu'aucun d'entre-eux ne lui ait offert un rÎle aussi singulier à endosser.
Chez Quentin Dupieux, dont le cinĂ©ma lĂ©gĂšrement surrĂ©aliste repose sur une bonne dose d'absurde, Dujardin retrouve de sa superbe sans pour autant arborer son sourire "ultra-bright" façon Jean-Paul Belmondo, mĂȘme si avec sa barbe et son chapeau lui aussi en daim - comme le seront plus tard ses gants et son pantalon - il finit par rappeler le Bebel d'"ItinĂ©raire d'un enfant gĂątĂ©".

"Style de malade"

Car Georges lui permet de s'escrimer dans un registre comique différent, loin du second degré qui caractérise OSS 117, des sketches vachards des "InfidÚles" ou des vannes régressives de "Brice de Nice". C'est tout en intériorité qu'il provoque le rire en en faisant le moins possible, avec ce qu'il faut d'inquiétante étrangeté et de violence contenue à laisser entrevoir.
"On ressent la dualité de mon personnage aussi parce qu'on est dans un film de Quentin. Cette pathologie, ce circuit fermé, cette solitude j'ai le sentiment que je les avais déjà apportés dans +Brice de Nice+ par exemple. Mais c'était difficile de voir ça derriÚre les gags", sourit l'intéressé.

"Jean sait oĂč il en est dans son mĂ©tier, il sait ce qu'il a dĂ©jĂ  balayĂ©. Il cherche l'excitation, il a peur de ronronner, de rester dans sa zone de confort. Il veut Ă©viter la complaisance", salue Quentin Dupieux, Ă©voquant "un tournage qui avait quelque chose d'animal, au cours duquel une osmose s'est installĂ©e" entre eux.
Entre eux se trouvait aussi AdÚle Haenel, dont c'est aussi la deuxiÚme incursion dans la comédie aprÚs "En liberté" de Pierre Salvadori et la premiÚre dans l'univers du réalisateur de "Steak" et "Au poste!". Une place étroite qu'elle a su élargir en faisant retravailler son personnage secondaire qu'elle ne trouvait pas assez approfondi, avec pour conséquence d'en faire modifier le cours des évÚnements du film.

"Mon personnage tombait en pùmoison devant Georges, mais ça me saoulait un peu. On a enlevé cette dynamique de séduction pour transformer leur relation en une sorte de +buddy movie+", explique l'actrice, qui n'en a que mieux apprécié l'expérience aux cÎtés de Dujardin.
"Sa proposition d'acteur est entiĂšre, il est extrĂȘmement sincĂšre, il y a un truc enfantin dans le sĂ©rieux avec lequel il a abordĂ© le rĂŽle, au point que d'ailleurs aujourd'hui encore il s'habille en daim", souligne-t-elle.
Un "style de malade", répond à distance Dujardin, le plus sérieusement du monde, en écho à la punch-line qu'il prononce à plusieurs reprises dans le film.

AFP

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