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Ce petit village de Seine-et-Marne qui donne un toit aux gens du voyage

  • PubliĂ© le 6 octobre 2015 Ă  12:12
De gauche à droite, Tony Debarre, Johanna Pietri et Marie Winterstein figurent parmi les premiers habitants de la "Résidence de la solidarité" à Saint-Thibault-des-Vignes (Seine-et-Marne), le 1er octobre 2015

CrÚme, brun, rouge, elles ont fiÚre allure, ces petites maisons HLM à peine achevées.

A Saint-Thibault-des-Vignes, loin de l'intolérance et des clichés, on s'occupe de donner un toit à tous, y compris aux Français issus de la communauté du voyage.
"Jamais je n'ai Ă©tĂ© remerciĂ© comme aujourd'hui en allant visiter un logement", confie, visiblement Ă©mu, Gilles Sambussy, venu inaugurer la "RĂ©sidence de la solidaritĂ©" dans ce petit village de Seine-et-Marne, qui compte 6.346 habitants. "Ça fait plaisir."
Ce matin de septembre à l'air piquant, le directeur général de Trois Moulins Habitat, filiale du bailleur social Polylogis, a le sentiment du devoir accompli.
AprÚs huit ans d'attente, vingt familles ont enfin pu emménager dans ces vingt maisons individuelles PLAI, le logement social le moins cher. Une petite révolution, puisque c'est leur premier toit, leur premiÚre maison "en dur", aprÚs une vie en caravane.
Johanna Pietri ouvre volontiers sa porte: elle vient d'emménager avec son mari et ses deux enfants de 15 mois et 4 ans, tout prÚs de sa grand-mÚre, sa mÚre, sa s?ur, son oncle et sa tante.
"Mon fils dans la caravane, il n'avait pas autant d'espace. Maintenant, il a sa chambre, son espace à lui, il peut jouer. Au bout de huit ans, on n'y croyait plus", dit-elle, l'air sérieux.
"Pour aller chercher de l'eau, on marchait dans la boue, c'était dur", se souvient Marie Laurot, sa belle- s?ur. "On n'a plus peur de l'hiver", dit-elle.
Marie Winterstein la grand-mĂšre aux yeux rieurs, ne regrette pas sa caravane: "Quand on vieillit, on voyage moins, on n'a plus la mĂȘme vie."
"Mon mari est trĂšs content. Moi, je n'y croyais pas, j'ai dit: +Il ne viendra pas.+ Et au final, il a pris toutes les affaires, il les mettait dans la voiture en disant +Allez, dĂ©pĂȘche-toi!+ En deux jours, il avait tout emmenĂ©", raconte-t-elle.

- La caravane, devant la maison -

Car ce changement de vie n'allait pas de soi: du dialogue - notamment via l'association La Rose des vents - et du temps ont été nécessaires. Pour ces familles, abandonner la caravane, symbole de liberté, du jour au lendemain, n'était pas imaginable: un emplacement lui est réservé.
"MĂȘme si elle ne bouge pas pendant 15 ans, elle est devant la maison. Ils ont l'impression que s'ils veulent repartir, ils le peuvent", explique M. Sambussy.
Aussi "au dĂ©part les familles ne voulaient pas entendre parler d'Ă©tage, ni de radiateurs: les poĂȘles Ă  bois sont restĂ©s longtemps dans les plans", dit en souriant l'architecte Yohann Van Vlaenderen.
Modulables, les maisons (du 3 au 5 piĂšces) peuvent accueillir une chambre de plus.
Des financements du dĂ©partement, de la rĂ©gion, de l?État et de l'Union europĂ©enne (Feder) ont permis de boucler le budget de 4 millions d'euros, soit 200.000 euros par maison.
"Il a fallu trouver un bailleur social qui veuille bien s'engager avec nous" car les clichés des "sédentaires" envers les gens du voyage ont la peau dure, dit Florence Hardy, directrice générale des services municipaux. "Avec Trois Moulins Habitat, on s'est battus cÎte à cÎte."
"Arriver au bout n'était pas facile: il faut lever des vieilles peurs", confirme M. Sambussy. "J'ai entendu: +Ce sont des gens sans foi ni loi, ils ne vont pas payer leur loyer.+ Nous ne sommes pas nombreux à lever la main pour faire du logement social pour les gens du voyage."
Pour la municipalitĂ©, il n'Ă©tait pas question de faire "un ghetto": au total, 450 maisons seront construites, mĂȘlant sĂ©dentaires et gens du voyage.
PionniĂšre, Saint-Thibault-des-Vignes fait dĂ©jĂ  Ă©cole: la commune de Longperrier, elle aussi en Seine-et-Marne, s'apprĂȘte Ă  sauter le pas.
Pour Sinclair Vouriot, maire de Saint-Thibault, les choses sont simples: "Il y avait un besoin de la population, une communauté du voyage présente depuis longtemps, propriétaire de terrains. On a trouvé le moyen de les intégrer."
Car pour lui, "personne ne doit rester au bord du chemin".


Par Rebecca FRASQUET - © 2015 AFP
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