Racisme

Chemnitz, creuset d'une Allemagne sous tension sur les migrants

  • PubliĂ© le 8 septembre 2018 Ă  11:29
  • ActualisĂ© le 8 septembre 2018 Ă  11:46
Manifestation anti-étrangers à Chemnitz, en Allemagne, le 7 septembre 2018, aprÚs le meurtre d'un Allemand pour lequel la police soupçonne trois demandeurs d'asile irakiens et syrien

"Peu m'importe si on nous traite de racistes mais ça ne peut tout simplement pas continuer comme ça!", s?emporte Paula Neubach, 39 ans, au milieu d'une nouvelle manifestation Ă  l?appel de l?extrĂȘme droite. "Il est normal d?aider les gens qui fuient leur pays en guerre", lui rĂ©torque non loin de lĂ  Sabine Sterben, 55 ans.

Ainsi va Chemnitz, symbole depuis deux semaines des convulsions d?une société allemande dans son ensemble de plus en plus polarisée autour de la question des migrants et de la chanceliÚre Angela Merkel. Vendredi soir, comme la semaine précédente, la droite ultra de cette ville saxonne a de nouveau invité la population à protester contre les étrangers et la politique du gouvernement, suite au meurtre de Daniel Hille le 26 août.

- Insécurité -

Cet Allemand de 35 ans a Ă©tĂ© tuĂ© de plusieurs coups de couteau et la police suspecte trois demandeurs d?asile irakiens et syrien. L?extrĂȘme droite s?est saisie de cet homicide pour dĂ©noncer la hausse de l?insĂ©curitĂ© dans le pays dont seraient responsables les centaines de milliers de demandeurs d?asile arrivĂ©s dans le pays suite Ă  dĂ©cision d?Angela Merkel de leur ouvrir les frontiĂšres il y a tout juste trois ans. Mais aussi dĂ©sormais pour demander une "rĂ©volution pacifique" visant Ă  "changer le systĂšme Merkel".

"Nous ne sommes pas des nazis!", s'insurge Daniel Reichelt, 55 ans, venu avec 2.000 autres personnes Ă  l'appel du mouvement patriotique Pro Chemnitz.
Les saluts hitlériens effectués lors de manifestations précédentes? "Des erreurs. Il y a des mauvaises personnes partout", balaye-t-il avant d'affirmer qu'il "en a marre des inégalités économiques et sociales" dans l'ex-RDA. "Les salaires et retraites y sont toujours plus faibles qu'à l'Ouest et nous n'avons pas de travail", poursuit-il.

Le meurtre de Daniel Hille est pour ces gens emblématique. "On ne peut pas entrer comme ça dans un autre pays que le sien et tuer des gens", dénonce Paula Neubach. Venue spécialement de Berlin, elle a tenu à déposer des fleurs sur le mémorial improvisé en hommage à la victime.
 A quelques pas de là, autour de l'imposante statue de Karl Marx érigée devant une façade sur laquelle est inscrit en quatre langues son "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!", l'orateur chauffe le public.

"Qui a du coeur?", "Nous!", répond d'un seul homme la foule. Elle feint de ne pas entendre les provocations du millier de contre-manifestants de la gauche radicale leur faisant face mais dont la route est barrée par les forces de l'ordre.

- Polarisation -

Parmi ces derniers, Sabine Sterben n'arrive toujours pas à comprendre ce qui arrive à l?ancienne Karl-Marx-Stadt du temps de la RDA communiste, depuis deux semaines. "Je n'aurai jamais cru qu'il y ait autant d'extrémistes dans ma villes, dit-elle, "il est vraiment important de défendre une position humanitaire" par les temps qui courent.

Deux Chemnitz mais aussi au-delĂ  deux Allemagne qui s?entrechoquent avec de plus en plus de virulence sur la question des migrants, jusqu?au sein du gouvernement Ă  Berlin. La "mĂšre de tous les problĂšmes" en Allemagne, a accusĂ© cette semaine le trĂšs conservateur ministre de l?IntĂ©rieur Horst Seehofer, qui soutient les manifestations d?extrĂȘme droite, quand Angela Merkel dĂ©nonce les messages de "haine" qu'elles vĂ©hiculent.

Un message que n?entendent guĂšre les protestataires de Chemnitz. "Nous ne sommes pas racistes, j'ai moi-mĂȘme des amis arabes, mais la criminalitĂ© a explosĂ© depuis que les migrants sont lĂ ", affirme Uchi Tuhlman, 43 ans, alors que les chiffres officiels font Ă©tat d'une baisse dans le pays.
"Nous voulons juste récupérer notre ville", abonde son voisin Tommy Scholz, 31 ans. "Nous sommes juste des patriotes, ne voulons pas de violence et en avons marre de nous taire", s'énerve-t-il.

Cette colĂšre Ă  Chemnitz n'Ă©tonne guĂšre l'historien Klaus-Peter Sick, spĂ©cialiste de l?extrĂȘme droite. "En RDA, moins ouverte sur le monde, les gens n'Ă©taient que peu confrontĂ©s Ă  des Ă©trangers. L'Allemagne est restĂ©e plus allemande Ă  l'Est qu?Ă  l'Ouest", analyse-t-il.

AFP

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