Disparité salariale

Chez les mannequins, ce sont les hommes qui gagnent le moins

  • PubliĂ© le 18 juin 2017 Ă  20:46
Défilé Salvatore Ferragamo, le 18 juin 2017 à Milan

C'est l'une des rares inversions de l'habituelle disparité salariale entre hommes et femmes: dans le monde des mannequins, ce sont les hommes qui gagnent le moins, à travail et compétence égaux.

Parmi les dizaines de jeunes hommes qui défilent depuis vendredi à la Fashion week milanaise, aucun ne peut espérer rivaliser un jour avec les stars féminines des podiums, en terme de notoriété comme de rémunération.

Car si les noms de GisĂšle BĂŒndchen, Kate Moss ou Naomi Campbell dĂ©passent largement les frontiĂšres de la mode, ceux de leurs homologues masculins, comme l'Americain Sean O'Pry ou le Britannique David Gandy, demeurent quasiment inconnus du grand public.

Interviewé en 2011 par le Sunday Times, ce dernier déclarait: "Dans la hiérarchie du shooting, il y a le photographe, le mannequin femme, les stylistes, les assistants et enfin le mannequin homme".
Pour le sociologue de la mode FrĂ©dĂ©ric Godart, "mĂȘme si les marchĂ©s du vĂȘtement de luxe masculin et fĂ©minin gĂ©nĂšrent des ventes Ă©quivalentes, soit environ 30 milliards de dollars chacun, la mode reste une industrie qui s'adresse prioritairement aux femmes". "Les marques ou les magazines de mode sont davantage attirĂ©s par le capital esthĂ©tique de la femme, qui permet de mieux vendre un produit et fait par consĂ©quent grimper la rĂ©munĂ©ration des mannequins fĂ©minins", explique-t-il Ă  l'AFP.

Selon ce spécialiste, elles sont environ un millier de jeunes femmes sur la planÚte à pouvoir vivre confortablement du mannequinat. "Dans ce milieu, c'est la rÚgle du +winner takes all+ (le vainqueur prend tout) qui prévaut, ce qui fait que les tops féminins ont tendance à rafler la mise et à creuser l'écart avec les hommes", souligne-t-il.

En 2013, le classement du magazine amĂ©ricain Forbes des mannequins les mieux payĂ©s rĂ©vĂ©lait que GisĂšle BĂŒndchen avait empochĂ© en un an la somme de 42 millions de dollars, soit 28 fois plus que son Ă©quivalent masculin Sean O'Pry, en tĂȘte avec un "petit" million et demi.

- Précarité -

Mais le cas de l'icÎne brésilienne, qui multiplie les contrats mirobolants avec de grandes enseignes de luxe, fait figure d'exception dans la "modosphÚre". Sur la premiÚre marche du podium depuis une quinzaine d'années, elle distance en effet réguliÚrement de deux à trois dizaines de millions de dollars ses dauphines Kate Moss, Mirranda Kerr ou, l'an passé, sa compatriote Adriana Lima...
"Les différences de rémunération entre les sexes ont tendance à se réduire à mesure qu'on descend dans la hiérarchie. Le salaire moyen d'un mannequin aux Etats-Unis, homme ou femme, tournant aux environs des 30.000 dollars annuels", assure Frédéric Godart.

Mais tous ne peuvent pas en dire autant et nombreux sont ceux, ou celles, qui vivent dans la prĂ©caritĂ© et sont contraints pendant les pĂ©riodes creuses de trouver une deuxiĂšme activitĂ©. Le dĂ©dommagement en vĂȘtements est aussi largement pratiquĂ© dans ce milieu.

Professionnel depuis une dizaine d'années, le mannequin français Baptiste Nicol assure toutefois qu'on peut "correctement gagner sa vie sans pour autant figurer dans le top 100 mondial".
"En travaillant en moyenne 15 jours par mois pour des catalogues, des défilés ou des essayages, j'arrive à un salaire de cadre", explique le jeune homme de 32 ans qui dit faire une carriÚre "modeste" sans sortir des frontiÚres hexagonales.

Les différences de salaires avec ses consoeurs ? "Elles existent, bien sûr, mais il y en a aussi entre garçons. Et il faut tenir compte du fait que nos carriÚres durent plus longtemps: un homme gagne en général le mieux sa vie dans le métier entre 30 et 50 ans", explique-t-il.

Pour Rosa Sarli, directrice de l'agence Elite à Milan, le salaire des mannequins est une question sur laquelle "il est difficile de généraliser, aussi bien pour les hommes que pour les femmes". "Cela peut dépendre d'un grand nombre de facteurs, au-delà du critÚre physique, comme par exemple la notoriété", explique-t-elle à l'AFP. "Ainsi, le fait qu'un mannequin soit marié(e) à une star ou qu'il soit simplement le fils ou la fille d'une célébrité va faire monter les prix", ajoute-t-elle.

AFP

guest
0 Commentaires