Chili

Chili: la hausse des cours du cuivre, aubaine pour certains, mirage pour d'autres

  • PubliĂ© le 9 juillet 2021 Ă  09:40
  • ActualisĂ© le 9 juillet 2021 Ă  10:57
Hugo Moroso (au centre) avec des collĂšgues mineurs sur le site de la mine de cuivre de Kiara, dans le nord du Chili, le 22 juin 2021

A 70 ans, la peau tannée par le soleil, Hugo Moroso sélectionne à la main des pierres dans la petite mine de cuivre de Kiara, dans le nord du Chili, qui a repris ses activités dans l'espoir de profiter de la hausse spectaculaire des cours.

En 2021, le cours du cuivre a battu des records depuis dix ans, la tonne atteignant plus de 10.000 dollars. Une aubaine pour le pays sud-américain, premier producteur mondial (28%). Avec ce nouveau cycle de hausse, les plus grands gisements du monde fonctionnent à plein régime. Mais les petites mines sont aussi relancées. "Mon fils ne voulait plus que je travaille dans les mines", raconte à l'AFP Hugo Moroso, dans la mine de Kiara, à 136 km d'Antofagasta, la grande ville du nord du Chili baptisée la "capitale miniÚre du monde".
Kiara a repris en aoĂ»t 2020, aprĂšs trois ans d'arrĂȘt, sur la chaĂźne de montagnes Vicuña Mackenna, un riche filon qui traverse le nord du pays et oĂč se trouvent Ă©galement de mĂ©ga-gisements.

A 2.400 mĂštres d'altitude, au son d'un transistor, Hugo Moroso trie unes Ă  unes les pierres contenant plus ou moins de mĂ©tal. Elles sont ensuite revendues Ă  la Compagnie nationale des mines (Enami). Mais comme ses collĂšgues de retour Ă  la mine, Hugo Moroso, exposĂ© quotidiennement aux conditions extrĂȘmes du dĂ©sert chilien, dĂ©plore que ses revenus ne suivent jamais le cours du cuivre sur le marchĂ© international.  "Cela ne se traduit jamais pour nous" en augmentation de salaires, dit le mineur, payĂ© 500.000 pesos (660 dollars), soit Ă  peine 100.000 pesos de plus que le salaire minimum chilien. Il souligne que son salaire n'a quasiment pas augmentĂ© depuis trente ans, Ă  l'inverse des revenus dans les grandes mines, bien au-dessus de la moyenne nationale.

- "Pauvre et inégalitaire" -

La hausse des cours, stimulĂ©e par la demande de la Chine et par les programmes de relance Ă©conomique post-pandĂ©mie dans le monde, ne se fait pas non plus ressentir Ă  Antofagasta (390.000 habitants). Dans cette ville, oĂč le coĂ»t de la vie est l'un des plus Ă©levĂ©s du pays, quelques-uns seulement profitent de ce cycle Ă  la hausse. La pauvretĂ© est passĂ©e de 5,1% en 2017 Ă  9,3% en 2020.
"Ici, il y a des gens qui peuvent vivre comme en Europe et d'autres qui vivent dans un campement oĂč il n'y a pas d'eau courante", dĂ©plore le prĂȘtre Felipe Berrios, hbitant du quartier de Chimba oĂč un millier de cabanes de bois et de tĂŽle cĂŽtoient une dĂ©charge.

Dans cette rĂ©gion "qui contribue Ă  10% du Produit intĂ©rieur brut du pays et ne reçoit que 2% des investissements, ce n'est pas lĂ  qu'on voit de grandes routes, les meilleures Ă©coles, les meilleures infrastructures hospitaliĂšres", regrette auprĂšs de l'AFP le gouverneur Ricardo Diaz. Une proposition de loi, prĂ©sentĂ©e par des parlementaires de gauche pour une augmentation des redevances versĂ©es Ă  l'Etat, a Ă©tĂ© rĂ©cemment approuvĂ©e par les dĂ©putĂ©s et attend d'ĂȘtre examinĂ©e par le SĂ©nat.

ParallÚlement, la toute nouvelle assemblée chargée de rédiger la nouvelle Constitution chilienne devrait proposer des changements dans l'exploitation des matiÚres premiÚres, une revendication des manifestations de 2019.

Parmi les propositions qui seront dĂ©battues figure l'augmentation des taxes sur l'extraction des ressources non renouvelables pour les attribuer en partie aux communautĂ©s miniĂšres. "Nous sommes d'accord pour dire que l'exploitation miniĂšre peut contribuer davantage au dĂ©veloppement du pays et des communautĂ©s oĂč elle se trouve. Mais (le projet) pourrait avoir l'effet inverse et faire chuter les investissements et la production miniĂšre", juge toutefois Edgar Blanco, secrĂ©taire d'Etat aux Mines.

La scientifique Cristina Dorador, Ă©lue Ă  la Constituante pour la ville d'Antofagasta, estime qu'"il est temps de repenser les pratiques Ă©conomiques extractives", basĂ©es sur l'exploitation massive de ressources naturelles qui sont exportĂ©es sans quasiment ĂȘtre transformĂ©es et qui ont un fort impact environnemental. "Les gens ne peuvent pas expliquer comment une rĂ©gion apparemment si riche peut ĂȘtre si pauvre et inĂ©galitaire en mĂȘme temps, c'est parce que l'activitĂ© extractive provoque aussi l'inĂ©galitĂ©", dit-elle Ă  l'AFP.

AFP

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