Il est le plus haut dirigeant chinois Ă "tomber" en cinq ans : Sun Zhengcai, jadis considĂ©rĂ© comme une Ă©toile montante du Parti communiste, est visĂ© par une enquĂȘte anticorruption, a annoncĂ© lundi PĂ©kin, Ă quelques mois du CongrĂšs quinquennal du parti au pouvoir.
La commission de discipline du Parti communiste chinois (PCC) a ouvert une enquĂȘte interne sur M. Sun pour "grave violation de la discipline", a annoncĂ© l'agence officielle de presse Chine nouvelle sans fournir plus de dĂ©tails. Cet euphĂ©misme recouvre les faits prĂ©sumĂ©s de corruption.
A 53 ans, Sun Zhengcai Ă©tait le benjamin du bureau politique du PCC et Ă ce titre l'un des 25 personnages les plus puissants de Chine. Il Ă©tait surtout considĂ©rĂ© comme un candidat trĂšs sĂ©rieux pour entrer au comitĂ© permanent du bureau politique, l'instance de sept membres qui dĂ©tient la rĂ©alitĂ© du pouvoir Ă PĂ©kin. Il est le premier membre en exercice du politburo Ă faire l'objet d'une enquĂȘte pour corruption depuis cinq ans et la chute retentissante de Bo Xilai, ancienne Ă©toile montante du Parti communiste et rival potentiel de l'actuel prĂ©sident Xi Jinping. Bo Xilai a Ă©tĂ© condamnĂ© en 2013 Ă la prison Ă perpĂ©tuitĂ©.
Sa disgrĂące survient Ă l'approche du XIXe congrĂšs du PCC, prĂ©vu pour "l'automne", au cours duquel Xi Jinping devrait aisĂ©ment dĂ©crocher un nouveau mandat de quatre ans Ă la tĂȘte de son pays. Mais les diffĂ©rentes factions rivalisent actuellement pour imposer leurs membres au sein de l'instance suprĂȘme du rĂ©gime. Xi Jinping a dĂ©clenchĂ© aprĂšs son arrivĂ©e au pouvoir fin 2012 une vaste campagne contre la corruption qui a permis de sanctionner 1,2 million de personnes, selon un chiffre rĂ©vĂ©lĂ© en dĂ©but d'annĂ©e par le Parti communiste.
Mais certains soupçonnent l'homme fort du régime d'utiliser cette campagne afin de frapper ses adversaires.
L'avenir de M. Sun semblait déjà trÚs compromis depuis l'annonce soudaine le 15 juillet de sa révocation du poste de secrétaire du PCC à Chongqing (sud-ouest), la quatriÚme agglomération chinoise.
- Plans de succession -
Le quotidien de Hong Kong South China Morning Post avait alors affirmĂ© que M. Sun Ă©tait visĂ© par une enquĂȘte anticorruption mais l'information n'avait pas Ă©tĂ© confirmĂ©e officiellement. Il avait Ă©tĂ© remplacĂ© Ă ce poste par un trĂšs proche de Xi Jinping, Chen Miner, 56 ans, qui fait dĂ©sormais figure de favori pour entrer au comitĂ© permanent du bureau politique.
Sun Zhengcai avait prĂ©cisĂ©ment Ă©tĂ© nommĂ© Ă Chongqing pour faire le mĂ©nage aprĂšs le mandat de Bo Xilai dans cette mĂȘme ville. Mais en fĂ©vrier, des inspecteurs du Parti lui avaient publiquement reprochĂ© son manque de rĂ©sultats en la matiĂšre, premier signe de disgrĂące.
Sa révocation "est probablement liée au fait qu'il perturbait directement ou indirectement les plans de Xi Jinping pour le XIXe congrÚs", avait déclaré la semaine derniÚre à l'AFP le politologue Hu Xingdou, de l'Institut de technologie de Pékin.
Objectif du président : se débarrasser de la succession prévue par son prédécesseur Hu Jintao et l'ancien Premier ministre Wen Jiabao, qui conservent une forte influence dans les cercles dirigeants, analysait le professeur Chen Daoyin. A son tour, Xi Jinping cherche à cimenter sa succession au-delà de son second mandat qui le mÚnera jusqu'en 2022, observait Ling Li, spécialiste de la politique chinoise à l'Institut autrichien des sciences humaines.
Le coup porté à Sun Zhengcai sonne comme un avertissement aux opposants du président avant la traditionnelle réunion estivale de la hiérarchie du parti dans la station balnéaire de Beidaihe, non loin de Pékin. S'y joueront les questions de succession juste avant le congrÚs, dont les dates ne sont toujours pas connues.
Son limogeage montre que le chef de l'Etat "est la voix dominante au sein du parti et qu'il peut imposer sa seule volonté dans les nominations", notait le professeur Chen Daoyin, de l'Université de science politique et de droit de Shanghai.
AFP
