Elle souffre d'une maladie dégénérative incurable

Choisir sa mort: le plaidoyer d'une malade française avant son euthanasie en Belgique

  • PubliĂ© le 14 septembre 2017 Ă  21:47
  • ActualisĂ© le 14 septembre 2017 Ă  22:22
Anne Bert, qui souffre d'une maladie dégénérative incurable, défend dans un récit intime la liberté de "choisir sa fin de vie" , quelques jours avant sa mort programmée dans un hÎpital belge

Anne Bert, qui souffre d'une maladie dégénérative incurable, défend dans un récit intime la liberté de "choisir sa fin de vie" face à l'interdiction de l'euthanasie en France, quelques jours avant sa mort programmée dans un hÎpital belge.


L'Ă©crivaine de 59 ans, qui avait dĂ©jĂ  interpellĂ© les candidats Ă  la prĂ©sidentielle en janvier, tente une derniĂšre fois de faire Ă©voluer les mentalitĂ©s avec "Le tout dernier Ă©tĂ©" (Fayard), blĂąmant les "conservateurs qui affirment que la vie doit ĂȘtre vĂ©cue jusqu'au bout de l'enfer". Si elle se dĂ©fend d'avoir Ă©crit "un texte militant", son livre Ă©voque son "combat" pour un dĂ©part choisi. "Je ne serai plus lĂ  pour sa parution", le 4 octobre, conclut-elle sobrement.

RomanciĂšre et ancienne Ă©ditrice, Anne Bert souffre d'une sclĂ©rose latĂ©rale amyotrophique (SLA) ou "maladie de Charcot", qui conduit Ă  une paralysie des muscles qui l'"emmure progressivement". Aucun traitement curatif n'existe pour cette affection, diagnostiquĂ©e chez elle en octobre 2015. La loi française autorise depuis 2016 la "sĂ©dation profonde et continue" jusqu'au dĂ©cĂšs, une administration de substances anti-douleur qui s'apparente Ă  un droit Ă  ĂȘtre endormi sans ĂȘtre rĂ©veillĂ©.

Mais elle s'applique uniquement aux malades déjà en phase terminale et n'autorise pas l'euthanasie active, c'est-à-dire l'administration d'un produit provoquant directement la mort.

- 'Fuir l'interdit' -

Cette législation "répond plus aux préoccupations des médecins qu'aux droits des patients qui souhaitent ne pas aller au terme de leur maladie incurable ou accepter d'insupportables souffrances", regrettait Anne Bert dans sa lettre ouverte aux candidats à la présidentielle. "Endormir un malade pour le laisser mourir de faim et de soif est-il réellement plus respectueux de la vie que d'y mettre fin par l'administration d'un produit létal?", poursuivait-elle.
"Je veux mourir en paix, avant d'ĂȘtre torturĂ©e", Ă©crit-elle dans son livre, "passer la frontiĂšre pour fuir l'interdit". Elle a choisi de mourir en Belgique oĂč elle est suivie "depuis dĂ©cembre".

Dans ce pays, l'euthanasie active est autorisĂ©e depuis 2002 pour les patients souffrant d'un mal incurable et qui ont formulĂ© leur demande "de maniĂšre volontaire, rĂ©flĂ©chie et rĂ©pĂ©tĂ©e". Elle regrette toutefois cet exil, comme celui d'autres malades français, qui se rendent en Belgique ou en Suisse, forcĂ©s Ă  "partir Ă  un moment de notre vie oĂč on est forcĂ©ment vulnĂ©rable Ă©motionnellement", expliquait-elle dĂ©but septembre sur France Inter.
Elle est soutenue par Jean-Luc Romero, président de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), qui milite depuis 10 ans pour la légalisation de l'euthanasie.

"C'est scandaleux qu'en France on doive aller à l'étranger pour mourir dans la dignité, comme à une époque les femmes devaient fuir pour se faire avorter", a déclaré l'élu francilien à l'AFP. Selon lui, "le combat qu'a mené Anne Bert ces derniÚres semaines" peut faire que "beaucoup de gens se rendent compte à quel point aujourd'hui notre loi est absurde".

Présidente de la Société Française d'Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP), le Dr Anne de la Tour défend une position opposée. Si elle "respecte le choix" d'Anne Bert, elle juge que la législation actuelle est "tout à fait équilibrée". Cette loi encore "nouvelle" est mal connue, y compris des soignants, a-t-elle expliqué à l'AFP. Aussi, il faut d'abord "la faire connaßtre et la mettre en application avant de dire qu'elle est limitée ou pas applicable".

Il faudrait que les pouvoirs publics donnent "plus de moyens aux soins palliatifs", pour que davantage de patients y aient accÚs, que les soignants soient mieux formés et les proches aidants, davantage soutenus, a-t-elle souhaité. La ministre de la Santé AgnÚs Buzyn, qui s'était prononcée en 2015, "à titre personnel (...) en faveur de l'espace de liberté belge", s'est "alignée sur la position d'Emmanuel Macron" depuis son entrée au gouvernement, a déploré Anne Bert, qui a "longuement discuté" cet été avec la ministre par téléphone.

Pendant la campagne, les équipes du candidat Macron lui avaient répondu que revenir sur la législation actuelle n'était "pas une priorité".

AFP

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