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Christine Lagarde, un nouveau mandat au FMI sous l'ombre du Brexit

  • PubliĂ© le 7 juillet 2016 Ă  23:05
Christine Lagarde, présidente du FMI, durant un entretien à l'AFP le 6 juillet 20l6 à Washington

A peine réinstallée dans ses habits de patronne du FMI, Christine Lagarde se retrouve de nouveau plongée dans une nouvelle zone de fortes turbulences économiques provoquées cette fois par le choc du vote sur le Brexit.


Dans un entretien exclusif accordé à l'AFP, l'ancienne ministre de l'Economie française ne cache pas ses craintes liées au vote britannique pour une sortie de l'UE, qu'elle attribue en partie à un "désenchantement" citoyen.
Mais elle se refuse à tout catastrophisme malgré le dévissage des marchés.
Une nouvelle récession mondiale est peu probable malgré les fortes turbulences créées par le vote sur le Brexit , a assuré la patronne du FMI.
Le vote britannique en faveur d'une sortie de l'UE rĂ©vĂšle par ailleurs un certain "dĂ©senchantement" citoyen qui doit pousser l'Union europĂ©enne Ă  ĂȘtre plus "claire" et plus "transparente", a affirmĂ© Mme Lagarde
"C'est une des principales sources de risques pour le moment mais nous ne pensons pas qu'une rĂ©cession mondiale soit trĂšs probable", rĂ©sume celle qui a entamĂ© mardi un deuxiĂšme mandat de cinq ans Ă  la tĂȘte du Fonds monĂ©taire international.
Selon elle, la priorité absolue pour les Européens et les Britanniques est de s'entendre au plus vite sur un "calendrier" et une procédure de séparation à l'amiable et sans heurts.
"Le mot clé dans cette affaire de Brexit est l'incertitude et plus cette incertitude va durer plus le risque sera grand", estime la dirigeante.
AprÚs un premier mandat dominé par la crise de la dette en zone euro, la toute récente sexagénaire sait trop combien l'incertitude peut déboussoler les marchés et faire basculer une économie mondiale déjà à la peine.
C'est également dans ces moments de flottement que les pays sont tentés de remiser à plus tard la solidarité pour jouer leur partition en solo.
DerniĂšre illustration: le souhait affichĂ© par Londres de baisser son impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s pour retenir les entreprises sur son sol. Paris a promis d'en faire de mĂȘme, Berlin a fait grise mine.
"Le problĂšme avec le nivellement par le bas c'est qu'on finit par se retrouver avec rien", estime celle qui a pris les rĂȘnes du FMI en juillet 2011. "Il serait prĂ©fĂ©rable d'Ă©viter une course Ă  la compĂ©tition sur l'impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s", ajoute-t-elle.
- 'Transparence' -
Mme Lagarde en est également persuadée: l'UE ne pourra pas faire l'économie d'un effort de "transparence" pour se rapprocher de citoyens rebutés par sa complexité.
"L'UE doit faire beaucoup plus pour expliquer de maniÚre plus transparente ce qu'elle fait, ce que cela signifie pour la population, les coûts et bénéfices de son action", a assuré cette grande habituée des raouts européens.
La tĂąche s'annonce herculĂ©enne mais Mme Lagarde reste optimiste: selon elle, le Brexit pourrait ĂȘtre un "catalyseur" conduisant paradoxalement les EuropĂ©ens Ă  approfondir leur union.
Sa carapace s'est, il est vrai, renforcĂ©e aprĂšs avoir dĂ» dĂ©fendre l'action du FMI en zone euro oĂč celui-ci a accordĂ© des prĂȘts massifs Ă  quatre pays en Ă©change de sĂ©vĂšres et controversĂ©es cures d'austĂ©ritĂ©.
La GrÚce n'en est d'ailleurs pas encore sortie malgré deux plans de renflouement menés par le FMI conjointement avec les Européens et durement critiqués par AthÚnes.
Le Fonds, qui doit dire bientĂŽt s'il participe financiĂšrement Ă  un troisiĂšme plan d'aide, a Ă©tĂ© un "bouc Ă©missaire trĂšs pratique", rĂ©torque Mme Lagarde mĂȘme si elle admet que son institution n'est pas exempte de tout reproche.
- 'Dimension humaine' -
C'est d'ailleurs une des priorités de son mandat: changer le visage d'une institution habituée à jouer les "méchants" gardiens de l'orthodoxie budgétaire.
"MĂȘme quand nous devons jouer les mĂ©chants, nous devons Ă©galement ĂȘtre sensibles et avoir une dimension humaine", rĂ©sume Mme Lagarde.
Selon sa dirigeante, le FMI doit ainsi davantage s'attaquer aux failles de la mondialisation économique et de la phénoménale accélération des échanges sur le globe.
"La mondialisation a fait beaucoup de bonnes choses et a sorti de nombreuses personnes de la pauvreté mais elle a également produit des perdants dont l'emploi a été transféré vers des lieux de production moins coûteux", a assuré Mme Lagarde.
Selon elle, le FMI peut aider ces populations en accordant plus d'attention aux "inégalités excessives, à la place des femmes, le changement climatique ou la corruption" et en s'assurant de la solidité des "filets de sécurité sociaux".
Ce changement d'approche peut permettre de conduire à une mondialisation "acceptable", qui ne ferait pas qu'augmenter le produit intérieur brut (PIB) mais permettrait de "prendre soin de ceux qui risquent d'en sortir perdants".
Mais il implique de changer les mentalités dans une institution par essence tournée vers les sciences dures.
Un défi plus personnel attend la dirigeante: la justice française pourrait le 22 juillet la renvoyer en procÚs pour sa "négligence" supposée dans l'affaire opposant Bernard Tapie au Crédit Lyonnais.
"J'ai toujours agi de bonne foi", assure la dirigeante à qui la justice reproche d'avoir choisi une procédure d'arbitrage pour régler ce long contentieux lié à la vente d'Adidas.
En attendant d'en savoir plus sur son sort, Mme Lagarde cultive en tout cas une certitude: elle n'envisage aucun retour en politique en France oĂč les sondages continuent pourtant d'ĂȘtre flatteurs.
"Je pense que je suis mieux faite pour ce que je fais aujourd'hui que pour le monde politique et les acteurs politiques tels qu'ils sont", tranche-t-elle.

Par Anne-Laure MONDESERT - © 2016 AFP
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