Pakistan

Chute du Premier ministre, "disqualifié" pour corruption

  • PubliĂ© le 28 juillet 2017 Ă  14:10
Le Premier ministre Nawaz Sharif, le 15 juin 2017 Ă  Islamabad

La Cour suprĂȘme du Pakistan a rendu vendredi un arrĂȘt prononçant la "disqualification" du Premier ministre Nawaz Sharif et sa destitution de fait suite Ă  une affaire de corruption, ouvrant une pĂ©riode d'incertitude politique dans le pays.

 

M. Sharif "est disqualifié en tant que député au Parlement et a donc cessé d'occuper le poste de Premier ministre", a déclaré le juge Ejaz Afzal Khan devant une foule compacte réunie au siÚge de la Cour pour entendre ce jugement trÚs attendu.


Cette dĂ©cision fait suite Ă  la dĂ©couverte par une commission d'enquĂȘte d'une "importante disparitĂ©" entre les revenus de la famille Sharif et son train de vie, apparue au grand jour l'an dernier dans le cadre du scandale des Panama Papers.


Les Sharif sont soupçonnés d'avoir dissimulé la vérité sur des sociétés et biens immobiliers détenus via des holdings off-shore, notamment de luxueux appartements londoniens. Leurs partisans assurent que les fonds sont légaux et viennent d'entreprises familiales basées au Pakistan et dans le Golfe.


Trois des quatre enfants du chef du gouvernement sont mis en cause, ses fils Hasan et Hussein et sa fille Maryam Nawaz, jusqu'ici pressentie comme son hĂ©ritiĂšre en politique Ă  un an des prochaines Ă©lections lĂ©gislatives. L'arrĂȘt, rendu en fin de matinĂ©e dans une Islamabad placĂ©e sous haute sĂ©curitĂ©, a immĂ©diatement provoquĂ© des scĂšnes de liesse des partisans de l'opposition descendus dans la rue.


Le jugement ordonne aussi Ă  l'autoritĂ© anti-corruption de lancer une nouvelle enquĂȘte qui pourrait se traduire par des poursuites judiciaires contre les Sharif. Le prĂ©sident pakistanais Manmoon Hussain se voit pour sa part chargĂ© de "prendre les mesures nĂ©cessaires prĂ©vues par la Constitution pour assurer la poursuite de l'ordre dĂ©mocratique".
Le parti du Premier ministre, le PML-N, a confirmé peu aprÚs que M. Sharif avait "quitté son poste".

"Nous allons étudier la décision en détail et élaborer un plan d'action pour l'avenir", a ajouté Maryam Aurangzeb, ministre de l'Information dans le gouvernement de M. Sharif. "Pas un centime de corruption n'a été prouvé dans cette décision contre Nawaz Sharif et le peuple pakistanais le sait aussi", a-t-elle souligné. "Si Dieu le veut, Nawaz Sharif sera réélu une quatriÚme fois", a-t-elle lancé.

- "Historique" -

Le scandale avait éclaté l'an dernier, lorsque le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) avait publié quelque 11,5 millions de documents secrets émanant du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca, les Panama Papers.


Pour l'analyste politique Farooq Moin, "le jugement peut ĂȘtre qualifiĂ© d'historique dans la mesure oĂč il concerne un chef du gouvernement en fonctions et sa famille". L'avenir immĂ©diat paraĂźt encore flou, souligne-t-il: "Je pense qu'il y a de grandes chances que le parti (de M. Sharif) PML-N forme un nouveau gouvernement avec un nouveau Premier ministre, avec le soutien de ses partenaires de coalition, puisqu'ils ont toujours la majoritĂ© au Parlement".


Le PML-N n'a toutefois aucun successeur désigné pour le moment. Les prochaines élections législatives sont théoriquement prévues en 2018. Le "lion du Pendjab" n?aura ainsi mené à terme aucun de ses trois mandats comme chef du gouvernement. Il avait déjà été contraint à la démission en raison d'accusations de corruption en 1993.

Son deuxiĂšme mandat, dĂ©marrĂ© en 1997, avait lui aussi tournĂ© court en 1999 suite Ă  un coup d'Etat militaire et M. Sharif avait Ă©tĂ© contraint Ă  plusieurs annĂ©es d'exil en Arabie saoudite. C'est la seconde fois dans l'histoire du Pakistan qu?un Premier ministre en poste est dĂ©mis par une intervention de la Cour suprĂȘme, la premiĂšre fois remontant Ă  2012.

- L'opposition aux anges -


Des dizaines de partisans de l'opposant pakistanais Imran Khan, ancienne star du cricket en pointe dans l'offensive contre M. Sharif, sont descendus dans la rue, aux anges, faisant des signes de victoire et criant "Va-t-en Nawaz" ou "Nawaz est un voleur".


Le vice-prĂ©sident du PTI, le parti de M. Khan, Shah Mehmood Qureshi a dĂ©clarĂ© Ă  la presse qu'"aujourd'hui la Cour suprĂȘme a Ă©crit une nouvelle page historique. Je veux remercier les juges au nom du peuple pakistanais car ils ont rendu l'impossible possible".

À l'inverse, Ă  Lahore, fief de la famille Sharif, des manifestants ont protestĂ© contre la sentence, bloquant les rues et brĂ»lant des pneus.

AFP

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