Climat

Bruxelles vise - 90% d'émissions en 2040 et défend une transition "juste"

  • Publié le 6 février 2024 à 19:04
  • Actualisé le 6 février 2024 à 19:28

Bruxelles a publié mardi sa feuille de route climatique pour 2040, esquissant une transition "juste" et "garantissant la compétitivité" industrielle, sur fond de résistances croissantes aux normes environnementales à quatre mois des élections européennes.

Les Vingt-Sept se sont déjà fixé comme objectif de réduire de 55% leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 1990 (en 2020, la baisse atteignait 31%), pour atteindre la neutralité carbone en 2050.

Comme cible intermédiaire, la Commission européenne recommande de viser en 2040 une baisse nette de 90%, ce qui reviendrait à poursuivre le même rythme de réduction que sur la période 2020-2030.

"L'action climatique nécessite une planification dès maintenant (..) C'est un marathon, pas un sprint, et nous devons nous assurer que tout le monde franchit la ligne d'arrivée", a déclaré le commissaire au Climat Wopke Hoekstra devant le Parlement européen.

"Leadership dans les industries vertes et transition juste sont les deux face d'une même pièce", a abondé le vice-président de la Commission Maros Sefcovic.

Si "équité, solidarité et politiques sociales doivent permettre aux ménages à faible revenu d'effectuer une transition efficace", d'autres conditions politiques sont nécessaires: "garantir la compétitivité" des industriels, des "conditions de concurrence équitables" à l'international, des "emplois stables et pérennes"...

Des pistes esquissées dans les grandes lignes: l'exécutif européen était tenu d'actualiser ses projections dans les six mois suivant la COP28 de décembre, mais n'a dévoilé mardi qu'une "communication" générale, contexte pré-électoral oblige.

La prochaine Commission issue du scrutin de juin aura la lourde tâche de soumettre aux Etats et au Parlement européen renouvelé une proposition législative formelle.

- "Dialogue ouvert" -

Prônant "un dialogue ouvert avec toutes les parties prenantes", Bruxelles entend désamorcer les inquiétudes sur l'impact socio-économique d'un verdissement à marche forcée: son "Green Deal" est devenu un épouvantail pour l'opinion.

Après les transports, l'énergie et l'industrie, cet ensemble de législations environnementales s'est fracassé sur les sujets agricoles face à l'âpre opposition d'eurodéputés de droite et des agriculteurs, tandis que des dirigeants réclamaient "une pause réglementaire" pour soulager entreprises et ménages.

A l'approche des élections, où est attendue une montée de l'extrême droite et des nationalistes, le débat sur les normes environnementales - au coeur des récentes manifestations agricoles - s'avère politiquement explosif.

Si le verdissement de l'agriculture (11% des émissions européennes) est mentionné, le texte supprime le potentiel de baisse des émissions agricoles figurant dans un document antérieur, et juge "plus efficace" de cibler l'ensemble de la chaîne agro-alimentaire.

"La politique climatique devient compliquée, émotionnelle, risquée (...) Pour être socialement acceptable et politiquement viable, il faudra des actions fortes dès les prochaines années: nouveau financement vert, gouvernance renforcée sur l'énergie...", estime Simone Tagliapietra, de l'institut Bruegel.

"L'application des mesures déjà approuvées permettent à elles-seules de se rapprocher du -90% en 2040, mais cet objectif reste révolutionnaire, il nécessitera une décarbonation massive de secteurs où c'est difficile", prévient-il.

Bruxelles prévoit un "Pacte vert industriel", avec des réglementations, chaînes d'approvisionnement et financements adéquats, et surtout l'accès à une énergie décarbonée suffisante et abordable avec l'essor continu des renouvelables, de réseaux d'hydrogène, mais aussi de l'atome civil via les futurs petits réacteurs modulaires.

La production d'électricité devrait "être quasi-décarbonée dans la seconde moitié des années 2030", tandis que la consommation de combustibles fossiles brûlés à fins énergétiques chuterait de 80% d'ici 2040.

-"Poursuivre l'effort"-

Enfin, les projections 2040 reposent largement sur le captage et le stockage d'importants volumes de carbone - au grand dam d'ONG fustigeant ces technologies "non prouvées" et l'absence de date de sortie des fossiles ou des subventions qui y sont liées.

"C'est aussi significatif qu'un objectif de prévention du cancer du poumon sans plan pour stopper le tabagisme", a déploré Silvia Pastorelli, de Greenpeace.

Marché du carbone, transports, taxe carbone aux frontières... Avec les législations déjà adoptées, "le job a été fait pour la période pré-2030, l'accélération se fait maintenant, ensuite ce sera une prolongation" des efforts, tempère Pascal Canfin, président (Renew, libéraux) de la commission Environnement au Parlement européen. "Evidemment, il faut continuer. C'est un enjeu de l'élection", avertit-il.

Selon Bruxelles, les investissements requis sur la période 2031-2050 pourraient atteindre, annuellement, 660 milliards d'euros dans l'énergie et 870 milliards dans les transports: un coût colossal, associant investissements publics et fonds privés, mais à comparer au "coût de l'inaction" face aux dommages climatiques.

AFP

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1 Commentaires
Missouk
Missouk
2 semaines

C'est beau les effets d'annonces. Qui va les croire ?