Les agglomérations sont vulnérables

Climat : les menaces pour les villes se prĂ©cisent

  • PubliĂ© le 29 avril 2017 Ă  15:25
Photo de la crue de la Seine Ă  Paris le 5 juin 2016

Entre périls climatiques et boom démographique, la pression monte pour les villes, qui doivent urgemment renforcer leurs capacités de résistance, ont prévenu des scientifiques et experts réunis à Vienne au congrÚs des sciences de la terre.

Aux quatre coins du monde, les agglomérations apparaissent particuliÚrement vulnérables au risque de catastrophes naturelles et autres stress climatiques.

Si les émissions de gaz à effet de serre (GES) gardent leur rythme actuel, toutes les villes européennes verront les canicules s'accentuer, prévoient par exemple des recherches présentées cette semaine devant l'Union européenne des géosciences.
Dans les villes belges, les températures l'été pourront dépasser de 10°C les niveaux d'alerte, et ce pendant 25 jours, selon d'autres travaux.

Des inondations --risque principal dans l'UE-- sont Ă  attendre sous l'effet de tempĂȘtes plus sĂ©vĂšres. La croissance urbaine vient renforcer l'urgence: d'ici 2050, 80% des habitants des pays dĂ©veloppĂ©s vivront en ville, 60% dans les pays Ă©mergents (la barre des 50% au niveau mondial a Ă©tĂ© franchie en 2007). Ce qui Ă©quivaut Ă  un million de citadins supplĂ©mentaires par semaine sur les 40 ans Ă  venir.

Concentrées sur une petite portion du territoire, les villes consomment déjà 80% de l'énergie et génÚrent plus de 60% des GES.

Lors d'un débat, le climatologue français Hervé Le Treut a prévenu: il faut certes réduire les émissions mais aussi se préparer "dÚs maintenant" aux impacts.

"Nous sommes presque au stade oĂč il sera impossible de rester sous les 2°" de rĂ©chauffement, l'objectif que s'est fixĂ© le monde via l'accord de Paris, prĂ©vient-il. "Certains impacts sont dĂ©jĂ  lĂ . Des mesures structurelles permettant de s'y adapter doivent ĂȘtre prises rapidement, dans les transports, les bĂątiments..."

- Culture du risque -

"La maniĂšre dont les villes ont Ă©tĂ© construites n'est plus adaptĂ©e", souligne Daniel Schertzer, hydromĂ©tĂ©orologue, de l?École des Ponts Paris Tech (France). Et une grande part des infrastructures urbaines est aujourd'hui exposĂ©e. A Paris, le risque principal est une nouvelle crue centennale, semblable Ă  celle de 1910.

"C'est sĂ»r, cela arrivera un jour!", a fortiori avec un rĂ©chauffement porteur de tempĂȘtes, dit SĂ©bastien Maire, responsable "rĂ©silience" Ă  la mairie de Paris. "D'aprĂšs l'OCDE, elle nous coĂ»terait 100 mds d'euros, 400.000 emplois, et il faudra 5 Ă  10 ans pour reconstruire le mĂ©tro".

La vulnĂ©rabilitĂ© parisienne tient au fait que des Ă©quipements critiques sont prĂšs du fleuve: stations Ă©lectriques, rĂ©seaux de chaleur... "Nous n'avons pas les moyens de les reconstruire aujourd'hui. Mais on identifie d'ores et dĂ©jĂ  les mesures Ă  prendre, pour le jour oĂč", explique M. Maire, arrivĂ© fin 2015 dans le cadre du rĂ©seau mondial des "100 villes rĂ©silientes".

Peu à peu, l'idée de "résilience urbaine" se diffuse. New York est en pointe, comme La Nouvelle-Orléans, ou des villes de Nouvelle-Zélande et des Pays-Bas pour l'eau... "On avait délaissé cette approche ancienne du développement urbain, dans l'euphorie du 20e siÚcle", commente le responsable français. "Ce n'est pas du catastrophisme, c'est au contraire se préparer sereinement".

M. Maire liste ses chantiers: zones naturelles d'expansion de crue, qualité de l'eau, implication des citoyens, éducation à la culture du risque... Le tout avec le concours de scientifiques, insiste-t-il. En quelques années, la "résilience des villes" est devenue un important sujet de recherche.

A Vienne, un chercheur a dĂ©taillĂ© ses recherches sur sa ville de Moscou, agglomĂ©ration la plus peuplĂ©e d'Europe (17 millions d'habitants), hĂ©rissĂ©e d'immeubles, oĂč les "Ăźlots de chaleur", ces concentrations de chaleur liĂ©es Ă  l'absence de nature, sont plus forts qu'ailleurs.

L'universitĂ© Nanyang de Singapour oeuvre Ă  un "index du risque" pour les villes d'Asie du Sud-est, oĂč les prĂ©cipitations devraient croĂźtre de 20% au cours du siĂšcle. Parfois, des solutions simples sont redĂ©couvertes. Comme cette technique "uchimizu", utilisĂ©e dĂšs le 17e siĂšcle au Japon, consistant Ă  garder l'eau de pluie pour arroser les sols et rafraĂźchir.

"Cette mĂ©thode peut rĂ©duire considĂ©rablement des tempĂ©ratures extrĂȘmes sur des sols pavĂ©s impermĂ©ables", selon Anna Solverova, de l'universitĂ© de Delft (Pays-Bas), qui en a quantifiĂ© l'effet. "C'est aussi une solution que chacun peut mettre en place".
 

AFP

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