Donald Trump, qui s'est donné jusqu'à la semaine prochaine pour sa "décision finale" sur le maintien ou non des Etats-Unis dans l'accord de Paris, apparaßt plus isolé que jamais dans la lutte contre le réchauffement, soulignent experts et ONG.
"Je prendrai ma décision finale sur l'accord de Paris la semaine prochaine !" a tweeté le président américain avant de quitter samedi Taormina (Sicile) aprÚs le G7. Sans lever davantage le voile sur ses intentions au terme de deux jours de discussions avec ses homologues, qui ont tenté de le convaincre des implications du réchauffement sur la sécurité et sur l'économie mondiales.
"Nous avons une situation à six contre un, ce qui signifie qu'il n'y a encore aucun signe quant à savoir si les Etats-Unis resteront ou non dans l'accord de Paris", a regretté la chanceliÚre allemande Angela Merkel.
Le ministre français en charge du climat, Nicolas Hulot, a mis en garde, dans le quotidien Le Parisien, contre une dĂ©fection amĂ©ricaine, qui serait un "contre-sens tragique de l'histoire". Dans ce climat d'incertitude, experts et ONG se rĂ©jouissent nĂ©anmoins de l'unitĂ© affichĂ©e par les autres membres du G7 (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Canada et Japon), qui ont tenu tĂȘte aux AmĂ©ricains et obtenu que leur dĂ©saccord avec eux figure dans le communiquĂ© final.
Ils y "réaffirment leur solide engagement pour mettre en ?uvre rapidement l'accord de Paris", ce qui implique une baisse drastique des émissions mondiales de gaz à effet de serre d'ici 2050 et donc un abandon progressif des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz). Au contraire du Protocole de Kyoto (1997), l'accord conclu à Paris sous l'égide de l'ONU ne fixe pas d'objectif contraignant par pays, les engagements nationaux reposant sur une base volontaire.
"L'Europe, le Canada et le Japon ont pris position ensemble, rĂ©vĂ©lant de nouveau Ă quel point Trump est dĂ©connectĂ© du reste du monde sur le changement climatique", a estimĂ© Jennifer Morgan, directrice de Greenpeace international. "Le G7 a confirmĂ© que la transition vers les Ă©nergies propres ne peut pas ĂȘtre arrĂȘtĂ©e". "Trump est clairement isolĂ© et n'est pas en position de bloquer le processus", veut aussi croire Tom Burke, prĂ©sident du think tank britannique E3G.
- 9,8 millions d'emplois -
"Plus que l'indécision américaine, l'important c'est que l'alliance de toutes les autres grandes économies s'est encore renforcée (...) notamment sur le terrain en investissant dans des infrastructures propres", a commenté Laurence Tubiana, directrice générale de la European climate foundation.
Selon un rapport de l'Agence internationale des énergies renouvelables (Irena) cette semaine, le nombre de personnes employées dans ce secteur est passé de 7 millions en 2012 à 9,8 millions en 2016. D'ici 2030, ce chiffre pourrait atteindre 24 millions, "compensant les pertes d'emplois dans le secteur des combustibles fossiles".
Si cet argument économique ne convainc pas Trump, qui a promis de relancer l'industrie déclinante du charbon aux Etats-Unis, il pourrait faire jouer l'article 28 de l'accord de Paris.
Cette disposition permet aux signataires d'en sortir, mais seulement trois ans aprÚs son entrée en vigueur, effective le 4 novembre 2016.
"D'un point de vue légal, ça prendra du temps mais d'un point de vue pragmatique, c'est immédiat: une fois qu'un chef d'Etat a annoncé qu'il se retirait, c'est terminé", a toutefois déclaré cette semaine Todd Stern, l'ex-négociateur climat américain, au quotidien français Libération.
"Le pays en question ne participe plus Ă la moindre rĂ©union, n'envoie mĂȘme plus de dĂ©lĂ©guĂ©s dans les sommets de la Convention climat", prĂ©dit-il. DĂ©but mai Ă Bonn (Allemagne), aux nĂ©gociations intermĂ©diaires entre deux COP, la dĂ©lĂ©gation amĂ©ricaine avait Ă©tĂ© trĂšs fortement rĂ©duite.
Trump peut aussi choisir de rester dans l'accord, tout en révisant à la baisse les objectifs américains d'émissions de gaz à effet de serre. Son prédécesseur Barack Obama s'était engagé à ce que les Etats-Unis réduisent leurs émissions de 26 à 28% d'ici 2025 par rapport à 2005.
"Il s'agit de deux mauvaises options et l'une d'elles (la deuxiÚme) est moins mauvaise que l'autre", estime Todd Stern, qui exclut toute possibilité de renégociation de l'accord.
Aujourd'hui, 147 pays - seule la Russie manquant à l'appel parmi les grandes puissances - ont ratifié l'accord de Paris, entériné fin 2015 par 196 parties, dont l'Union européenne.
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 AFP
