Dès l'aube, des dizaines de tracteurs sont entrés dans Paris mardi, cette fois-ci aux couleurs de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, pour exiger des "actes concrets et immédiats" du gouvernement qui peine à faire face à la colère agricole. "Environ 350 tracteurs" ont été "recensés" pour la mobilisation dans la capitale, a indiqué la préfecture de police.
Apaiser la colère avec une promesse. Sébastien Lecornu a annoncé aux agriculteurs, mardi 13 janvier, qu'il présenterait en mars un projet de "loi d'urgence" sur la politique de l'eau, la "prédation" du loup et les "moyens de production", qui sera examiné par le Parlement "avant l'été".
En attendant le texte de loi qui sera présenté "en mars" en Conseil des ministres et dont le "cap" sur l'eau sera "fixé d'ici le Salon de l'agriculture", le Premier ministre a demandé un "moratoire" sur toutes les décisions relatives à la politique de l'eau. Il se dit aussi "prêt à demander à la Commission européenne de faire évoluer le cadre existant" pour l'utilisation des nitrates.
Cela s'ajoute à un paquet de "300 millions d'euros" annoncé vendredi et qui contient des mesures prévues à la fois dans le budget, et donc soumises au vote des parlementaires, et d'autres déjà égrainées ces dernières semaines par le gouvernement pour répondre à la crise agricole.
Les annonces de mardi répondent quasiment point par point à des demandes de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs (JA), alliance qui domine le syndicalisme agricole et dont les sections locales du grand bassin parisien – qui va jusqu'au Pas-de-Calais – ont lancé leurs tracteurs sur Paris.
La FNSEA demandait depuis plusieurs semaines "une loi spéciale" pour aborder "la prédation du loup, les moyens de production et le sujet de l'eau", la suspension de la directive nitrates et un moratoire sur "l'ensemble des sujets eau".
- "Les politiques sont incapables de nous donner un cap" -
Entrés à l'aube dans Paris, les tracteurs ont descendu les Champs-Élysées avant de s'établir devant l'Assemblée nationale, avec duvets et matelas, conditionnant leur départ à un rendez-vous à Matignon qui a eu lieu dans l'après-midi. Après les annonces de Sébastien Lecornu, les responsables de la FNSEA reçus plus tôt se concertaient devant l'Assemblée sur les réponses à donner.
Plus de 350 tracteurs selon les autorités, 500 selon les manifestants, ont stationné aux abords de l'Assemblée nationale, et les agriculteurs présents ont aussi déversé plusieurs tonnes de pommes de terre sur le pont de la Concorde : cadeau aux Parisiens.
Depuis début décembre, les manifestations d'agriculteurs se multiplient et les annonces du gouvernement vendredi après des défilés de tracteurs de la Coordination rurale puis de la Confédération paysanne dans la capitale n'ont pas suffi à calmer la colère.
"On est au bout du bout, ça fait trois ans qu'on ne dégage pas de revenu sur nos exploitations. Les politiques sont incapables de nous donner un cap", a déclaré mardi devant l'Assemblée nationale Guillaume Moret, 56 ans, venu en tracteur depuis le Val d'Oise et responsable FNSEA en Île-de-France.
Ravivée par la gestion de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest, la contestation est nourrie par la signature prévue samedi de l'accord de libre-échange UE-Mercosur et plus largement par un ras-le-bol général d'une profession confrontée directement aux aléas climatiques et économiques.
- Une "colère profonde" "entendue" par le gouvernement -
Les agriculteurs multiplient depuis plusieurs jours les actions coups de poing, comme celles de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne la semaine dernière à Paris ou celle du Havre, premier port français de commerce, où des filtrages ont été mis en place, sans toutefois bloquer l'activité.
Depuis ce week-end, des agriculteurs "contrôlent" les camions frigorifiques et vérifient la provenance des produits. Ils ont découvert "des produits qui n'ont pas les mêmes normes de production", avait précédemment déploré auprès de l'AFP Justin Lemaître, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs en Seine-Maritime, réclamant "que l'importation respecte nos standards de production".
Pour les détracteurs du traité commercial avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), cet accord va bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants.
Les ports de Bayonne et La Rochelle ont également été le théâtre de blocages de la part de divers syndicats agricoles, lesquels ont mobilisé devant les préfectures ou sur les routes à Metz, Pau, Périgueux, Poitiers, Dax et Limoges.
"La colère des agriculteurs est profonde et leurs revendications sont légitimes, et nous les entendons au plus haut niveau du gouvernement", avait répondu lundi matin sur BFMTV la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, après avoir annoncé vendredi des mesures en faveur des céréaliers, des viticulteurs ou encore des éleveurs, sans calmer la mobilisation.
Outre la France, des manifestations ont eu lieu en Italie, Pologne ou Irlande. La ratification du traité dépend encore d'un vote qui s'annonce serré au Parlement européen, pas avant février. Un grand rassemblement d'agriculteurs est prévu devant son siège strasbourgeois le 20 janvier.
AFP

Nous nous permettons de vous transmettre des extraits mais nous vous conseillons de lire le texte intégral. Le contre-pouvoir appartient à la Justice et non aux syndicats.
Audience solennelle de rentrée de la Cour de cassation 2026 ; Discours de Monsieur Christophe Soulard. Premier président de la Cour de cassation. Vendredi 9 janvier 2026 à 11 heures
Dans le discours que vous avez prononcé en septembre dernier lors de la rentrée du Conseil d’Etat, vous avez insisté sur les liens intimes entre la science et le droit, qui, tous deux, s’appuient sur l’usage de la raison. Ce n’est donc pas un hasard si nous assistons aujourd’hui à des attaques concomitantes contre l’une et l’autre, c’est-à-dire à « des attaques contre la réalité telle qu’elle est appréhendée par la science et contre l’organisation démocratique de notre société telle qu’elle est établie par le droit ». L’existence d’espaces de discussion argumentée se fondant sur des faits avérés en est d’autant plus précieuse……
Le premier devoir du juge est en effet d’appliquer la loi et de l’appliquer de la même manière à tous. Depuis plus de 200 ans, la Cour de cassation est là pour y veiller. Mais à ce rôle séculaire s’en est ajouté un autre, celui de contrôler la loi elle-même, au regard de principes d’une valeur supérieure. Ce n’est pas là un rôle dont les juges se seraient emparés proprio motu. Il leur a été assigné par le législateur et le constituant. Le premier a autorisé la ratification de conventions internationales ; le second a modifié notre loi fondamentale pour permettre, lorsque cela s’avérait nécessaire, que ces conventions soient adoptées par la France. ….
La conscience aiguë de ce que le respect de règles déontologiques strictes constitue un composant essentiel de la légitimité des magistrats. Autrement dit en considérant que cette Charte ne doit pas être vécue comme un carcan par ceux auxquels elle s’adresse mais comme un objet de fierté. De fait, la déontologie est devenue une préoccupation majeure des magistrats, comme en témoigne le nombre toujours croissant de saisines des instances qui ont vocation à répondre à leurs questions sur ce chapitre…… Il y va du respect de l’égalité de tous devant la loi. Aussi ses arrêts les plus solennels doivent-ils continuer à s’imposer à toutes les juridictions, dans un système qui, de ce point de vue, reste pyramidale……
L’intelligence artificielle est ici d’un grand secours, comme elle le sera pour l’OLJ. Nul doute que, de manière générale, l’intelligence artificielle va transformer la justice. La Cour de cassation s’est emparée du sujet grâce à son laboratoire d’innovation. Elle le fait de manière pragmatique, en privilégiant les applications qui lui seront le plus utiles, et en s’associant avec des universités. Et elle mène parallèlement, c'est-à-dire à propos de chaque utilisation, une réflexion éthique…….
Le travail collectif, c’est l’ADN de la Cour de cassation. Il doit être aussi celui de l’ensemble de l’institution judiciaire et, au-delà des frontières, celui de la communauté juridique européenne. L’Europe s’est construite par le droit mais le modèle qu’elle représente est aujourd’hui menacé. La première de ces menaces vise l’institution judiciaire, dont la solidité conditionne tout le reste. Ces menaces ne nous découragent pas ; elles nous stimulent. Elles nous rappellent que nous devons préserver notre indépendance, pas seulement celle de chaque juge pris individuellement mais celle de l’institution prise dans son ensemble. Elles nous obligent aussi à rechercher sans cesse les moyens de renforcer notre légitimité et la confiance de nos concitoyens.
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Le mercosur va bouleverser l’équilibre du commerce des sucres spéciaux - 50 % de la production de la Réunion -
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