Colère des agriculteurs : Sébastien Lecornu promet un projet de "loi d'urgence"

  • Publié le 14 janvier 2026 à 02:58
  • Actualisé le 14 janvier 2026 à 06:24
Un tracteur arborant le drapeau français est garé devant l'Arc de Triomphe lors d'une manifestation d'agriculteurs, le 8 janvier 2026 à Paris

Dès l'aube, des dizaines de tracteurs sont entrés dans Paris mardi, cette fois-ci aux couleurs de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, pour exiger des "actes concrets et immédiats" du gouvernement qui peine à faire face à la colère agricole. "Environ 350 tracteurs" ont été "recensés" pour la mobilisation dans la capitale, a indiqué la préfecture de police.

Apaiser la colère avec une promesse. Sébastien Lecornu a annoncé aux agriculteurs, mardi 13 janvier, qu'il présenterait en mars un projet de "loi d'urgence" sur la politique de l'eau, la "prédation" du loup et les "moyens de production", qui sera examiné par le Parlement "avant l'été".

En attendant le texte de loi qui sera présenté "en mars" en Conseil des ministres et dont le "cap" sur l'eau sera "fixé d'ici le Salon de l'agriculture", le Premier ministre a demandé un "moratoire" sur toutes les décisions relatives à la politique de l'eau. Il se dit aussi "prêt à demander à la Commission européenne de faire évoluer le cadre existant" pour l'utilisation des nitrates.

Cela s'ajoute à un paquet de "300 millions d'euros" annoncé vendredi et qui contient des mesures prévues à la fois dans le budget, et donc soumises au vote des parlementaires, et d'autres déjà égrainées ces dernières semaines par le gouvernement pour répondre à la crise agricole.

Les annonces de mardi répondent quasiment point par point à des demandes de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs (JA), alliance qui domine le syndicalisme agricole et dont les sections locales du grand bassin parisien – qui va jusqu'au Pas-de-Calais – ont lancé leurs tracteurs sur Paris.

La FNSEA demandait depuis plusieurs semaines "une loi spéciale" pour aborder "la prédation du loup, les moyens de production et le sujet de l'eau", la suspension de la directive nitrates et un moratoire sur "l'ensemble des sujets eau".

- "Les politiques sont incapables de nous donner un cap" -

Entrés à l'aube dans Paris, les tracteurs ont descendu les Champs-Élysées avant de s'établir devant l'Assemblée nationale, avec duvets et matelas, conditionnant leur départ à un rendez-vous à Matignon qui a eu lieu dans l'après-midi. Après les annonces de Sébastien Lecornu, les responsables de la FNSEA reçus plus tôt se concertaient devant l'Assemblée sur les réponses à donner.

Plus de 350 tracteurs selon les autorités, 500 selon les manifestants, ont stationné aux abords de l'Assemblée nationale, et les agriculteurs présents ont aussi déversé plusieurs tonnes de pommes de terre sur le pont de la Concorde : cadeau aux Parisiens.

Depuis début décembre, les manifestations d'agriculteurs se multiplient et les annonces du gouvernement vendredi après des défilés de tracteurs de la Coordination rurale puis de la Confédération paysanne dans la capitale n'ont pas suffi à calmer la colère.

"On est au bout du bout, ça fait trois ans qu'on ne dégage pas de revenu sur nos exploitations. Les politiques sont incapables de nous donner un cap", a déclaré mardi devant l'Assemblée nationale Guillaume Moret, 56 ans, venu en tracteur depuis le Val d'Oise et responsable FNSEA en Île-de-France.

Ravivée par la gestion de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest, la contestation est nourrie par la signature prévue samedi de l'accord de libre-échange UE-Mercosur et plus largement par un ras-le-bol général d'une profession confrontée directement aux aléas climatiques et économiques.

- Une "colère profonde" "entendue" par le gouvernement -

Les agriculteurs multiplient depuis plusieurs jours les actions coups de poing, comme celles de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne la semaine dernière à Paris ou celle du Havre, premier port français de commerce, où des filtrages ont été mis en place, sans toutefois bloquer l'activité.

Depuis ce week-end, des agriculteurs "contrôlent" les camions frigorifiques et vérifient la provenance des produits. Ils ont découvert "des produits qui n'ont pas les mêmes normes de production", avait précédemment déploré auprès de l'AFP Justin Lemaître, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs en Seine-Maritime, réclamant "que l'importation respecte nos standards de production".

Pour les détracteurs du traité commercial avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), cet accord va bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants.

Les ports de Bayonne et La Rochelle ont également été le théâtre de blocages de la part de divers syndicats agricoles, lesquels ont mobilisé devant les préfectures ou sur les routes à Metz, Pau, Périgueux, Poitiers, Dax et Limoges.

"La colère des agriculteurs est profonde et leurs revendications sont légitimes, et nous les entendons au plus haut niveau du gouvernement", avait répondu lundi matin sur BFMTV la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, après avoir annoncé vendredi des mesures en faveur des céréaliers, des viticulteurs ou encore des éleveurs, sans calmer la mobilisation.

Outre la France, des manifestations ont eu lieu en Italie, Pologne ou Irlande. La ratification du traité dépend encore d'un vote qui s'annonce serré au Parlement européen, pas avant février. Un grand rassemblement d'agriculteurs est prévu devant son siège strasbourgeois le 20 janvier.

AFP

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