Commerce nucléaire France-Russie : 4 militants de Greenpeace en garde à vue après le blocage d'un cargo à Dunkerque

  • Publié le 2 mars 2026 à 19:51
  • Actualisé le 2 mars 2026 à 20:05
Un militant tient une fusée éclairante à côté d'une banderole "Greenpeace", lors d'une opération visant à bloquer le cargo Mikhail Dudin à Dunkerque, le 2 mars 2026 dans le Nord

Des militants de Greenpeace voulant dénoncer le commerce d'uranium entre la Russie et la France ont bloqué pendant cinq heures un cargo dans le port de Dunkerque lundi matin, avant que les forces de l'ordre ne mettent fin à leur action.

Douze militants ont été interpellés dans le calme, selon la police.

Quatre d'entre eux, trois femmes et un homme de nationalités allemande, autrichienne et néerlandaise ont été placés en garde à vue, a précisé à l'AFP le parquet de Dunkerque.

Les huit autres, de nationalités française, allemande et belge, ont été entendus puis relâchés et une enquête pour "entrave à l'exercice de la liberté du travail", délit puni d'un an d'emprisonnement et 15.000 euros d'amende a été ouverte, a ajouté le parquet.

Le blocage, qui avait démarré à 04H10 du matin, a été levé à 09H10, selon la police.

Une vingtaine de membres de Greenpeace ont bloqué le cargo Mikhail Dudin pour l'empêcher temporairement de décharger sa cargaison, que l'ONG environnementale soupçonne être de l'uranium provenant de Russie pour le secteur nucléaire français, avait constaté à l'aube un photographe de l'AFP.

Certains d'entre eux s'étaient enchaînés sur une écluse pour en bloquer les accès.

Sur une grande banderole était écrit "Uranium: EDF aime Poutine" (avec un coeur pour "aime") et "Stop aux contrats toxiques" ou encore "Solidarity with Ukrainians" sur de petits panneaux portés par des militants en kayak.

Greenpeace a assuré à l'AFP avoir observé peu après la mi-journée le déchargement de "40 conteneurs d'uranium naturel", envoyés sur des trains, ainsi que d'autres conteneurs d'uranium enrichi, "partis en camion".

- "Opacité" -

Depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, Greenpeace dénonce la poursuite de contrats liant l'industrie nucléaire française avec la Russie via son géant nucléaire public Rosatom, une faille dans les sanctions européennes contre Moscou.

"Ce commerce qui alimente indirectement la guerre de Poutine doit cesser", a de nouveau martelé Pauline Boyer, chargée de campagne sur le nucléaire pour Greenpeace France, dans un communiqué lundi.

L'ONG dit avoir observé "à de nombreuses reprises" le déchargement en France d'uranium enrichi russe ou d'uranium naturel depuis le cargo Mikhail Dudin.

"Face à l'opacité de ce trafic, la lumière sur ce commerce doit être faite", a ajouté Mme Boyer.

Sollicités par l'AFP, EDF n'a pas souhaité faire de commentaire lundi.

Orano a répondu n'être "pas présent" en Russie et ne pas avoir "de contrats en cours portant sur des achats ou des ventes d'uranium naturel, de retraitement ou enrichi avec des entreprises russes".

Mais des clients étrangers du groupe achètent de l'uranium naturel du Kazakhstan et "décident de la route empruntée" pour l'acheminer vers la France, précise Orano.

Framatome n'a pas répondu dans l'immédiat.

Les données ouvertes de navigation du Mikhail Dudin consultées par l'AFP sur Global Fishing Watch montrent que depuis le 24 février 2022, début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, ce cargo a effectué plus de 20 aller-retours entre Dunkerque et les ports de Vistino, Oust-Louga et Saint-Pétersbourg (nord-est de la Russie).

Un autre bateau ayant aussi déjà transporté de l'uranium entre la France et la Russie selon Greenpeace, le Baltiyskiy-202, a lui effectué plus de 15 allers-retours sur la même période.

Parti le 24 février de Saint-Pétersbourg, ce cargo fait actuellement route vers Dunkerque, où il devrait arriver le 9 mars, selon Vessel Finder.

Le Mikhail Dudin et le Baltiyskiy-202 naviguent tous deux sous pavillon panaméen et appartiennent à des entreprises enregistrées à Hong Kong, selon le registre de l'Organisation maritime internationale.

En 2025, la France a importé au moins 112  tonnes d'uranium enrichi et ses composés depuis la Russie, soit un quart de ses achats en volume, un niveau stable par rapport à 2024, selon des données des douanes françaises analysées par l'AFP. Ces importations ont toutefois nettement baissé entre 2022 et 2024.

Côté uranium naturel et ses composés, la France n'est pas directement dépendante de Moscou. Mais en 2025, environ 50% de ses approvisionnements provenaient du Kazakhstan et d'Ouzbékistan, deux ex-républiques soviétiques.

Pour la première fois depuis plus de trois ans, Greenpeace a par ailleurs observé en novembre à Dunkerque un cas d'exportation vers la Russie d'uranium de retraitement (URT), du combustible usé destiné à être recyclé.

Rosatom exploite pour l'instant le seul site au monde capable de réaliser l'étape de conversion de l'URT avant son réenrichissement.

AFP

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