La justice européenne a annulé mercredi une amende de 1,5 milliard d'euros infligée à Google par Bruxelles en 2019 pour abus de position dominante dans la publicité en ligne.
Le Tribunal de l'UE, qui se prononce en premiÚre instance, annonce qu'il "annule la décision de la Commission dans son intégralité", estimant que l'exécutif européen a "commis des erreurs" dans son appréciation.
La Commission européenne aura toutefois la possibilité de faire appel de cette décision.
L'affaire concerne la régie publicitaire Google AdSense.
En mars 2019, la Commission avait dĂ©cidĂ© d'une amende de 1,5 milliard d'euros contre le groupe de technologies accusĂ© d'avoir imposĂ© des clauses restrictives dans des contrats passĂ©s avec des sites internet. L'objectif, selon Bruxelles, Ă©tait d'empĂȘcher des concurrents de Google AdSense d'y placer leurs propres publicitĂ©s.
La firme de Mountainview avait décidé de former un recours en justice et a obtenu gain de cause mercredi.
Dans son arrĂȘt, le tribunal basĂ© Ă Luxembourg "confirme la plupart des apprĂ©ciations de la Commission", mais annule l'amende "au motif notamment qu'elle a omis de prendre en considĂ©ration l'ensemble des circonstances pertinentes dans son apprĂ©ciation de la durĂ©e des clauses contractuelles qu'elle avait qualifiĂ©es d'abusives".
La Commission "n'a pas démontré que les clauses en question avaient pu nuire à l'innovation, aidé Google à maintenir et à renforcer sa position dominante et avaient pu porter préjudice aux consommateurs", estime encore le tribunal.
La Commission europĂ©enne avait constatĂ© une infraction sur une pĂ©riode de dix ans entre 2006 et 2016, annĂ©e oĂč elle avait ouvert son enquĂȘte aprĂšs une premiĂšre plainte de client remontant Ă 2010.
DÚs septembre 2016, Google avait supprimé certaines clauses de ses contrats pour se mettre en conformité.
- Google "satisfait" -
"Nous avons modifiĂ© nos contrats en 2016 pour supprimer les dispositions concernĂ©es, avant mĂȘme la dĂ©cision de la Commission. Nous sommes satisfaits que le tribunal ait reconnu des erreurs dans la dĂ©cision initiale et annulĂ© l'amende", a rĂ©agi mercredi un porte-parole du groupe.
La Commission europĂ©enne "prend acte de l'arrĂȘt" et souligne qu'elle l'Ă©tudiera "attentivement et rĂ©flĂ©chira aux prochaines Ă©tapes possibles", dans un communiquĂ©.
Ce jugement en premiÚre instance intervient huit jours seulement aprÚs que la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a au contraire confirmé définitivement une autre amende contre Google, de 2,4 milliards d'euros, pour pratiques anticoncurrentielles sur le marché des comparateurs de prix, au terme de sept années de bataille judiciaire.
La plus haute juridiction de l'UE a estimé que Google avait pendant des années rendu les concurrents de son service Google Shopping pratiquement invisibles pour les consommateurs.
Au total, le géant californien s'est vu infliger plus de 8 milliards d'euros d'amendes pour diverses entorses à la concurrence.
Outre son comparateur de prix et sa régie publicitaire, Google a été jugé en infraction en Europe au sujet de son systÚme d'exploitation Android pour téléphones mobiles. Il a écopé d'une amende record de 4,34 milliards d'euros en juillet 2018.
Cette amende a été réduite à 4,1 milliards en septembre 2022. Elle reste néanmoins la plus élevée jamais infligée par la Commission européenne, gardienne de la concurrence dans l'UE.
Google a également fait appel de cette sanction devant la CJUE.
Le groupe est aussi dans le collimateur des autorités de régulation aux Etats-Unis. Il affronte depuis lundi son deuxiÚme grand procÚs en moins d'un an face au gouvernement américain qui l'accuse d'étouffer la concurrence dans la publicité en ligne.
