Jamais mieux servi que par soi-mĂȘme.
Face à la menace de la bactérie tueuse d'oliviers xylella fastidiosa, identifiée sur son sol l'été dernier, la Corse se défend en créant une filiÚre purement insulaire de plants d'oliviers certifiés.L'objectif visé est la production d'oliviers sains, authentiquement locaux et de qualité plutÎt que de les importer d'Italie comme c'était généralement le cas, alors que Fastidiosa a déjà mortellement atteint dix pour cent des oliviers millénaires des Pouilles (sud-est), explique à l'AFP Louis Cesari, oléiculteur à Ghisonaccia dans la plaine orientale et vice-président de l'interprofession oléicole régionale (Sidoc).
DÚs 2014, à l'apparition de la bactérie dans la péninsule, le syndicat avait alerté les pouvoirs publics et son principal partenaire financier, la Région, pour lui demander de mettre en place cette filiÚre certifiée, indique-t-il.
"Il faudra compter trois ans pour fournir aux producteurs un plant garanti issu d'une variété locale et testé indemne de toute maladie", poursuit M. Cesari.
Les prélÚvements de bois, de la taille d'un crayon, vont commencer d'ici une dizaine de jours sur des oliviers pluriséculaires, issus de variétés endémiques ou locales, remontant à l'occupation génoise (avant la Révolution française), à la génétique avérée.
Les boutures seront confiĂ©es Ă des pĂ©piniĂ©ristes de l'Ăźle le temps de s'enraciner, soit environ seize mois. "Et d'ici 18 Ă 20 mois on aura des oliviers en pot de 80 cm de hauteur qui pourront ĂȘtre plantĂ©s".
Les 15.000 premiers arbres certifiés sont d'ores et déjà réservés aux jeunes agriculteurs qui s'installent afin d'encourager la reprise de la production d'huile d'olive sur l'ßle. 60 hectares sont déjà identifiés à cet effet et l'office agricole de Corse a aussi décidé de ne soutenir que ces plants certifiés".
La premiÚre récolte aura lieu dans quatre ans, mais il faudra attendre 10 à 12 ans pour que l'arbre atteigne son rythme de croisiÚre.
- l'olivier est éternel -
"Peu importe: l'olivier est éternel. Ca vaut bien ce petit sacrifice pendant quelques années si on peut garantir aux quarante prochaines générations une récolte d'olives saines. Ne pas planter pendant trois ans ne va pas mettre la filiÚre en péril", insiste-t-il.
Ce processus de production de plants certifiĂ©s "100% corses" a Ă©tĂ© stimulĂ© par l'intĂ©rĂȘt que les producteurs corses portent Ă leur biodiversitĂ©, relĂšve Sandrine Marfisi, prĂ©sidente du Syndicat de l'huile d'olive AOP "Oliua di Corsica": "Depuis 2013 nous rĂ©flĂ©chissions Ă la mise en place d'un rĂ©seau de collaboration en recherche et dĂ©veloppement pour amĂ©liorer la connaissance et la conservation des variĂ©tĂ©s corses".
L'huile d'olive en Corse reste une production confidentielle et artisanale avec 180 producteurs professionnels sur 700 ha d'oliveraies, principalement en Balagne et dans la plaine orientale. La Corse avec 120 tonnes d'huile d'olive par an compte pour moins de 5% de la production nationale, dont 60% reconnue en AOP "Oliu du Corsica".
En mai 2015, craignant l'apparition de la xylella fastidiosa en Corse, les professionnels avaient demandĂ© au prĂ©fet de Corse et au ministĂšre de prendre un arrĂȘtĂ© interdisant l'introduction sur l'Ăźle de plants vĂ©gĂ©taux en provenance du sud de l'Italie. MalgrĂ© tout, en juillet, fastidiosa avait Ă©tĂ© identifiĂ©e sur une haie Ă Propriano (sud-ouest).
Analyses faites, le ministÚre avait pu rassurer et préciser que la souche "multiplex" - ensuite retrouvée à Nice - était différente de la mortelle "pauca" présente en Italie. "Multiplex" est officiellement indolore pour les oliviers mais c'est un risque que personne ne veut courir.
"La classification ayant Ă©tĂ© Ă©tablie par les chercheurs amĂ©ricains, personne ne sait au juste quel peut ĂȘtre son impact sur les plantes du maquis corse. Or il y a dĂ©jĂ un doute sur le chĂȘne liĂšge", affirme M. Cesari. De plus le maquis lui-mĂȘme abrite de trĂšs nombreux oliviers pluricentenaires abandonnĂ©s en friches.
"Si on compte les rĂ©serves dans le maquis on a 8.000 ha d'oliviers en friches qui peuvent ĂȘtre remis en production", assure Louis Cesari.
Par Kirill KUDRYAVTSEV, avec Jean-Louis SANTINI à Washington - © 2016 AFP
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