L'enjeu est immense et dépasse largement l'aspect sportif: le championnat d'Allemagne, premiÚre compétition majeure de football à redémarrer samedi, doit prouver au monde entier que le sport professionnel peut vivre avec le coronavirus.
Mais les piÚges sont nombreux et les certitudes rares. A 15h30 samedi, les coups d'envoi des cinq premiers matches de cette nouvelle Úre de l'histoire du ballon rond seront donnés simultanément dans cinq stades vides de tout spectateur! Ils auront été précédés à 13h00 par les clubs de deuxiÚme division.
Beaucoup de pays, dont l'Italie, l'Espagne et l'Angleterre, les trois autres grands championnats qui envisagent de reprendre avant l'été, scruteront avec espoir mais aussi appréhension l'expérience allemande. Un échec hypothÚquerait fortement leurs propres chances de convaincre leurs gouvernements de leur donner le feu vert.
L'affiche de cette 26e journée oppose le Borussia Dortmund, deuxiÚme du classement, à son voisin Schalke, dans le trÚs prestigieux "derby de la Ruhr", à huis clos pour la premiÚre fois de l'histoire. Le leader Bayern Munich et ses stars entreront en piste dimanche à 18h00 à Berlin, sur la pelouse de l'Union.
De quoi régaler les fans de foot du monde entier sevrés de ballon depuis début mars. "Si la Bundesliga est le seul championnat retransmis à la télé dans le monde, je suppose que nous allons compter les téléspectateurs par milliards", s'enthousiasme le patron du Bayern Munich Karl-Heinz Rummenigge, qui y voit une formidable opération de promotion.
"Je peux vous garantir que depuis 20 ans, je n'ai jamais ressenti cet intĂ©rĂȘt (du public) pour la Bundesliga", expliquait cette semaine Ă l'AFP Adolfo Barbero, commentateur sur la chaĂźne espagnole Movistar+ et expert du football allemand.
- Bordées de jurons -
Pour autant, le spectacle de samedi s'annonce étrange, dans le silence et l'écho angoissant des enceintes désertes. Les joueurs sur la pelouse n'auront plus le droit de s'embrasser pour célébrer leurs buts. Remplaçants et entraßneurs porteront des masques et tout le protocole convivial d'avant-match, l'accompagnement par des enfants, les poignées de mains, les photos et échanges de fanions sera supprimé.
MĂȘmes les acteurs vont devoir se surveiller, toutes leurs paroles Ă©tant dĂ©sormais audibles par les tĂ©lĂ©spectateurs. "Je vais essayer de me parler Ă moi-mĂȘme et de me comporter de façon socialement acceptable", a reconnu le bouillant coach de Leipzig Julian Nagelsmann, inquiet de lĂącher quelques unes de ces bordĂ©es de jurons qui se perdent d'ordinaire dans le fracas du stade.
Pourquoi donc, demandent certains supporters "ultras", reprendre dans ces conditions qui tuent tout ce qui fait le charme du football? La Ligue allemande de football ne l'a jamais cachĂ©, il s'agit de sauver un secteur Ă©conomique sinistrĂ© par l'arrĂȘt des compĂ©titions. En jouant les neuf derniĂšres journĂ©es de la saison, les clubs vont rĂ©cupĂ©rer 300 millions d'euros de droits TV, qui permettront Ă plusieurs d'entre eux d'Ă©viter la faillite.
L'objectif affiché est de terminer le championnat le 27 juin. Mais la Ligue n'exclut pas de devoir prolonger en juillet, si jamais certains clubs étaient victimes de contamination massive au coronavirus et contraints de se mettre en quarantaine pour 14 jours.
- Scepticisme -
Pour l'heure, un seul club est dans cette situation, le Dynamo Dresde en deuxiÚme division. En premiÚre division, plusieurs cas de contamination ont été rendus publics et les personnes touchées placées à l'isolement, mais toutes les équipes continuent de s'entraßner, sur la base des tests réalisés réguliÚrement.
Cette reprise, qui suscite un immense espoir dans le monde du football, ne fait pas l'unanimité en Allemagne. Vendredi matin, la chaßne publique ARD a fait état d'un sondage indiquant que 56% des Allemands y étaient défavorables. Le reflet d'un scepticisme propagé par certains médecins ou hommes politiques.
Car les risques ne sont pas mineurs. Pour les joueurs d'abord: certains dommages causĂ©s par une infection pulmonaire "peuvent ĂȘtre irrĂ©versibles", voire provoquer la fin de carriĂšre d'un sportif de haut niveau, fait valoir le docteur Wilhelm Bloch, mĂ©decin Ă l'Ecole supĂ©rieur du sport de Cologne.
Pour limiter les risques, les clubs sont soumis Ă des mesures sanitaires draconiennes et les Ă©quipes ont Ă©tĂ© contraintes de s'isoler du reste du monde cette semaine. Jeudi, l'entraĂźneur d'Augsbourg Heiko Herrlich a Ă©tĂ© exclu du groupe pour ĂȘtre sorti acheter du dentifrice en violation des rĂšgles de quarantaine. Il ne sera pas autorisĂ© Ă entrer dans le stade samedi.
Une autre inquiĂ©tude concerne l'attitude des supporters, qui pourraient ĂȘtre tentĂ©s de se rassembler par centaines autour des stades, ou de faire fi des consignes de prudence en se massant dans des bars pour suivre les matches.
AFP


