"Il n'était pas question qu'il n'y ait pas de tastevinage": malgré le coronavirus, les Chevaliers du tastevin ont tenu vendredi au chùteau du Clos de Vougeot (CÎte d'Or) leur 105e dégustation, véritable institution bourguignonne. Avec 658 bouteilles de vin, 75 dégustateurs et du gel hydroalcoolique.
A neuf seulement par salle, les dégustateurs semblent perdus dans les gigantesques piÚces médiévales du chùteau, dont le majestueux Grand Cellier de 400 mÚtres carrés, qui accueille chaque année la vente des Hospices de Nuits, petite s?ur de celle de Beaune.
Sur les tables - une par participant, distanciation oblige - six verres, deux sceaux à cracher, un carnet de dégustation et une bouteille d'eau cÎtoient un flacon de désinfectant.
10h. La cloche retentit. Les sommeliers masquĂ©s commencent Ă verser les crĂ©mants, les blancs et les rouges de bouteilles "anonymes", revĂȘtues d'une robe de velours noir qui ne rĂ©vĂšle que le millĂ©sime et l'appellation.
Un silence impérial rÚgne. Seuls se font entendre les grumages - quand les dégustateurs aÚrent le vin dans leur bouche -, les crachats qui tombent dans les seaux et le grincement du parquet multicentenaire sous les pas des serveurs.
"L'atmosphÚre est différente, c'est beaucoup plus studieux", témoigne Thierry Prot, l'un des 75 dégustateurs. Leur nombre a été réduit afin de limiter les risques d'éventuelle contamination.
- Quatre minutes par vin -
"Avant, on était 250 dans le Grand Cellier, un moment qui fait partie des institutions bourguignonnes", ajoute l'ancien négociant, qui dit avoir participé à une quarantaine de tastevinage (prononcez tatevinage, sans "s").
"C'est un peu moins convivial", ajoute ce caviste à Beaune, non loin de là , qui regrette notamment que le célÚbre déjeuner ait été annulé. "C'était comme une troisiÚme mi-temps", se souvient-il.
"On est plus seul", confirme Madame le régisseur du chùteau du Clos de Vougeot, Ludivine Griveau, dégustatrice depuis 2001. "Il y avait beaucoup d'échanges entre nous. C'est moins spontané maintenant. On est un peu dans la retenue", regrette-t-elle. "Mais c'est nécessaire. On avait vraiment peur que ce soit annulé".
"Il n'était pas question qu'il n'y ait pas de tastevinage", assure le Grand Maßtre de la Confrérie, Vincent Barbier, tastevin (tasse à dégustation) autour du cou. "Le tastevinage existe depuis 1950" (à raison de deux par ans), rappelle Arnaud Orsel, Grand Intendant de la Confrérie. "La 105e édition devait avoir lieu le 6 mars. On a repoussé puis à nouveau repoussé... ", se souvient-il.
Les Chevaliers ont donc "tout" fait pour satisfaire les gestes barriÚres et pouvoir ainsi perpétuer la tradition. "Toutes ces contraintes me paraissaient pesantes", se souvient M. Barbier. "Mais finalement, ça fonctionne".
En une journée, 658 bouteilles auront été dégustées trois fois, soit 24 à 28 par personne, à raison de quatre minutes par vin. Une note supérieure ou égale à 13/20 permet au vin de recevoir le trÚs convoité label "tastevinage" gravé du blason de la Confrérie. Généralement, environ 20% des vins reçoivent ce précieux sceau.
AFP





