Son nom seul suffisait Ă Ă©voquer un Ăąge d'or des rings, oĂč les gants Ă©taient noirs et les tĂ©lĂ©s pas encore en couleur, oĂč les premiers combats se tenaient dans des rues pas sĂ»res: le boxeur lĂ©gendaire Jake LaMotta est mort.
Celui qui a inspiré le film "Raging Bull" du cinéaste Martin Scorsese est décédé mardi à l'ùge de 95 ans des complications d'une pneumonie, dans sa maison de retraite en Floride, a annoncé son épouse au site TMZ. "Repose en paix, Pap", a de son cÎté écrit mercredi sur Facebook Christi LaMotta, la fille de l'ancien champion du monde des poids moyens de 1949 à 1951.
Jake LaMotta Ă©tait un pur produit du New York populaire, celui des immigrĂ©s et de la mafia, des tramways Ă©mergeant des fumĂ©es, des taudis peuplĂ©s de gamins dont les idoles se faisaient respecter avec leurs poings. On l'a surnommĂ© le "Taureau du Bronx", en rĂ©fĂ©rence Ă sa puissance et au quartier oĂč il est nĂ©, sous le nom de Giacobbe La Motta, de parents d'origine italienne.
C'est lĂ que le petit Jake a Ă©changĂ© ses premiers directs, crochets et uppercuts, qu'il a collectĂ© ses premiers bleus, lors d'une enfance rude qui l'a vu passer par une maison de correction. Costaud, rĂąblĂ©, toujours positionnĂ© bas, Jake LaMotta bĂątit sa rĂ©putation sur sa capacitĂ© Ă encaisser les coups violents et l'agressivitĂ© de ses contres. MĂȘme s'il perd il ne tombe pas. Le K.O. il ne connaĂźt pas. Et tant pis s'il finit la face Ă©clatĂ©e comme une pastĂšque, son menton d'acier tient bon.
Son premier grand fait d'armes a été de battre le 5 février 1943 Sugar Ray Robinson, pour qui il s'agissait de sa premiÚre défaite. D'autres grands combats opposant LaMotta et Robinson ont marqué l'histoire.
- Fierté et truands -
A l'Ă©poque la boxe est l'un des sports les plus populaires aux Etats-Unis, si populaire qu'elle attire les figures du milieu qui luttent pour contrĂŽler les rencontres, placer leurs poulains ou fausser les matches. Durant des annĂ©es, Jake LaMotta a refusĂ© de se compromettre avec les truands, mĂȘme si cela lui a coĂ»tĂ© des occasions de briller. Puis il cĂšde au moins une fois, perdant volontairement un match en 1947 pour des paris truquĂ©s. Il Ă©cope d'une suspension de plusieurs mois.
Deux ans plus tard, il connaßt au contraire la gloire: il remporte le titre mondial des moyens en battant le Français Marcel Cerdan à Detroit.
Cette rencontre du 16 juin 1949 est généralement considérée comme méritant de figurer parmi les "combats du siÚcle": Cerdan avait remis en jeu son titre mondial des poids moyens, mais s'était luxé l'épaule gauche dÚs la 2e reprise et s'était résigné à abandonner au 9e round. La revanche prévue n'aura jamais lieu, Cerdan trouvant la mort dans un accident d'avion au dessus de l'archipel des Açores.
- Du brandy pour un massacre -
Sans le Français, c'est face Ă Robinson que LaMotta livre des duels homĂ©riques, comme celui du 14 fĂ©vrier 1951 Ă Chicago oĂč il monte sur le ring aprĂšs avoir ingurgitĂ© quelques gorgĂ©es de brandy pour se doper en courage. LaMotta termine vaincu dans les cordes, le visage en bouillie, mais sans aller au sol. La lutte sera baptisĂ©e le "massacre de la Saint-Valentin".
Sa vie personnelle comportera les mĂȘmes accĂšs de rage et de passion, de grandeur et de pathĂ©tique. Patron de discothĂšque, il sera envoyĂ© en prison aprĂšs l'arrestation d'une prostituĂ©e mineure dans son Ă©tablissement. DĂ©tenu Ă l'isolement, il se brisera les phalanges contre le mur de sa cellule. Il relatera sa vie agitĂ©e dans ses mĂ©moires baptisĂ©s "Raging Bull". Une vie Ă©galement immortalisĂ©e en 1980 sur grand Ă©cran. En jouant Jake LaMotta, Robert de Niro avait remportĂ© Ă Hollywood l'Oscar du meilleur acteur.
"Repose en paix, champion", a lancé mercredi l'acteur.
AFP
