Syrie

Craintes accrues d'un "massacre" en cas d'assaut sur Idleb

  • PubliĂ© le 5 septembre 2018 Ă  17:51
  • ActualisĂ© le 5 septembre 2018 Ă  18:54
Des enfants syriens jouent à la balle devant une tente dans un camp de déplacés prÚs du village de Surman dans la province d'Idleb en Syrie, le 5 septembre 2018

"Massacre", "bain de sang" et menaces américaines. Les mises en garde se sont multipliées contre la perspective d'un assaut du régime contre Idleb, le dernier grand bastion rebelle et jihadiste en Syrie, à deux jours d'un sommet décisif à Téhéran.

Quasi-quotidiennement, le pouvoir de Bachar al-Assad et son alliĂ© russe lancent des dĂ©clarations va-t-en-guerre sur Idleb, province du nord-ouest dominĂ©e par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham, l'ex-branche syrienne d'Al-QaĂŻda, et oĂč sont prĂ©sentes Ă©galement des factions rebelles.
Dans la crainte d'une offensive imminente, les Etats-Unis ont convoquĂ© vendredi une rĂ©union du Conseil de sĂ©curitĂ©, le jour mĂȘme d'un sommet Ă  TĂ©hĂ©ran entre les prĂ©sidents d'Iran, de Russie et de Turquie, principaux parrains des protagonistes de la guerre en Syrie, censĂ© sceller le sort d'Idleb.
"Dieu nous en garde, un massacre pourrait avoir lieu si une pluie de missiles s'y abattait", a averti le président turc Recep Tayyip Erdogan dont le pays, parrain des rebelles, est opposé à un assaut qui risque de provoquer un afflux de réfugiés vers sa frontiÚre.
"GrĂące Ă  Dieu nous allons pouvoir empĂȘcher une action extrĂȘme du rĂ©gime (Ă  Idleb) en obtenant des rĂ©sultats positifs Ă  TĂ©hĂ©ran", a espĂ©rĂ© M. Erdogan.
C'est dans la province d'Idleb frontaliÚre de la Turquie et conquise en 2015 par les rebelles, qu'ont été envoyés des dizaines de milliers de rebelles et de civils, évacués de fiefs repris par le régime.
En conséquence, quelque trois millions d'habitants vivent dans la région et les poches rebelles adjacentes, dont la moitié sont des déplacés, d'aprÚs l'ONU.
"Des millions de civils innocents sont sous la menace d'une attaque imminente du régime Assad, avec le soutien de la Russie et de l'Iran", a prévenu la Maison Blanche.

Craintes d'une attaque chimique

Si l'assaut est donnĂ©, la communautĂ© internationale craint une catastrophe humanitaire d'une ampleur inĂ©dite, mĂȘme Ă  l'Ă©chelle d'un pays ravagĂ© depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 350.000 morts et poussĂ© Ă  la fuite des millions de personnes.
Revenant à la charge, l'envoyé spécial de l'ONU, Staffan de Mistura, a appelé mardi à éviter "un bain de sang", alors que depuis plusieurs semaines, l'armée de Damas masse des renforts aux abords d'Idleb.
Mercredi le régime bombardait à l'artillerie plusieurs régions dans la province au lendemain de raids russes qui ont tué 13 civils, dont six enfants, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). L'armée russe a confirmé des raids contre des jihadistes, loin de zones résidentielles.
De plus, certains pays ont dit craindre une possible attaque chimique à Idleb et une réédition du scénario de la Ghouta orientale.
Dans cet ex-bastion rebelle, le régime a été accusé en avril d'avoir utilisé ces armes illégales, qui ont fait 40 morts civils selon les secouristes en zones rebelles. Et les Occidentaux avaient mené des frappes de représailles.
"Si le président Bachar al-Assad décide d'utiliser une nouvelle fois des armes chimiques, les Etats-Unis et leurs alliés répondront rapidement et de façon appropriée", a mis en garde la Maison Blanche.

Sommet crucial

Alors que selon M. de Mistura, l'assaut pourrait ĂȘtre donnĂ© "autour du 10 septembre", les yeux sont rivĂ©s sur le sommet de TĂ©hĂ©ran, oĂč le prĂ©sident Hassan Rohani accueillera le russe Vladimir Poutine et M. Erdogan.
Les trois pays, impliqués militairement en Syrie, ont acquis un rÎle déterminant dans le conflit et c'est bien ce sommet qui pourrait décider ou non d'une offensive, en fixer l'ampleur et le calendrier.
"C'est un sommet trĂšs important", a dit Ă  Moscou un conseiller du Kremlin, Iouri Ouchakov. Les trois dirigeants "vont accorder une attention particuliĂšre Ă  la situation dans la zone d?Idleb oĂč sont concentrĂ©s les terroristes".
Une victoire à Idleb serait hautement symbolique pour le pouvoir, déterminé à reconquérir l'intégralité du territoire.
C'est avec l'appui militaire crucial de Moscou, outre celui de l'Iran, que M. Assad a déjà réussi à consolider son emprise sur prÚs des deux-tiers du pays, multipliant les victoires face aux rebelles et aux jihadistes.
Mais de larges rĂ©gions lui Ă©chappent encore. Dans le nord-est, la minoritĂ© kurde domine prĂšs de 30% du territoire, oĂč elle a installĂ© une administration semi-autonome. Ailleurs dans le nord, Ă  la frontiĂšre turque, des rebelles pro-Ankara contrĂŽlent plusieurs grandes villes.

© 2018 AFP

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