Appel à la solidarité internationale

Crise des Rohingyas: le Bangladesh va tirer la sonnette d'alarme Ă  l'ONU

  • PubliĂ© le 16 septembre 2017 Ă  17:04
  • ActualisĂ© le 16 septembre 2017 Ă  17:09
Des Rohingyas dans un camp de réfugiés, le 16 septembre 2017 à Cox's Bazar au Bangladesh

La PremiĂšre ministre du Bangladesh s'est envolĂ©e samedi pour l'AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l'ONU Ă  New York oĂč elle va appeler Ă  la solidaritĂ© internationale face Ă  l'afflux dans le sud du pays de plus de 400.000 Rohingyas fuyant la Birmanie.


En trois semaines, le sud du Bangladesh, frontalier de la Birmanie, s'est transformé en un des plus grands camps de réfugiés du monde à mesure que les réfugiés rohingyas fuient la Birmanie, entraßnant une dégradation de la situation humanitaire. Et l'aide peine à se structurer.


A New York, Sheikh Hasina "va aussi appeler la communauté internationale et l'ONU à faire pression sur la Birmanie pour que soient rapatriés tous les réfugiés rohingyas chez eux", a annoncé son service de presse samedi. L'ONU dénonce déjà une "épuration ethnique" menée par la Birmanie, dont l'armée mÚne une vaste opération de représailles ayant fait fuir en masse ces civils, aprÚs des attaques de rebelles rohingyas le 25 août. Quelque 409.000 réfugiés sont depuis arrivés au Bangladesh, selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR).


A Cox Bazar, oĂč se concentrent les rĂ©fugiĂ©s, les campements de fortune s'Ă©tendent dĂ©sormais Ă  perte de vue. L'ONU comme les organisations humanitaires internationales craignent que la situation ne devienne incontrĂŽlable. "Les besoins sont sans fin et les gens souffrent de plus en plus", met en garde la porte-parole de l'Unicef Marixie Mercado. Samedi, l'Organisation mondiale de la santĂ© (OMS) a commencĂ© Ă  vacciner les enfants, qui reprĂ©sentent 60% des rĂ©fugiĂ©s, contre la rougeole et la rubĂ©ole notamment.


Tous les jours, des foules impressionnantes se massent pour tenter d'attraper au vol des habits ou de la nourriture, jetée du haut de camions par des bénévoles bangladais agissant en ordre dispersé. Sunabhan, une veuve de 44 ans avec quatre enfants à sa charge, se réjouit d'avoir réussi à se saisir d'un sac de riz lancé par des volontaires. Certains jours, elle revient les mains vides. "Il y a plus de gens que de nourriture, alors c'est le chaos...

Les plus forts courent vers les camions et ils obtiennent la nourriture. C'est plus difficile pour les femmes et les enfants", explique-t-elle Ă  l'AFP, alors que l'aide internationale peine encore Ă  atteindre l'ensemble des rĂ©fugiĂ©s. "Nous avons fui mais nous n'avions rien Ă  manger, pas mĂȘme du riz", explique Jonnath Ara, rĂ©fugiĂ©e rohingya ayant pu accĂ©der Ă  une cantine montĂ©e par Action contre la faim, oĂč un plat Ă  base de riz est servi.

- Bagarres au pied des camions -

Mais l'aide manque. Et chaque fois qu'un camion arrive pour distribuer des bouteilles d'eau, de la nourriture ou des habits, la foule, dĂ©sespĂ©rĂ©e, se rue vers le vĂ©hicule. Au risque d'un drame: "Deux enfants et une femme sont morts dans une bousculade" lors d'une distribution sauvage de vĂȘtements, ont annoncĂ© samedi des agences de l'ONU et deux ONG. Des correspondants de l'AFP ont assistĂ© Ă  de telles bousculades dans les camps.


Vivian Tan, porte-parole du HCR qui s'est rendue sur place, explique que le gouvernement bangladais essaie désormais de structurer les points de distribution. Les distributions anarchiques "reflÚtent la générosité des Bangladais, mais cela suscite des inquiétudes quant à la sécurité des réfugiés", qui risquent de se faire écraser lors des man?uvres des camions, explique-t-elle. Le fait que les réfugiés "sont répartis dans plusieurs endroits, camps, sites de construction sauvages ou villages, rend difficile d'accéder à eux de façon équitable", ajoute-t-elle.


L'ordre donné vendredi par le gouvernement bangladais de faire entrer en scÚne l'armée pour organiser l'aide commençait à se concrétiser sur le terrain: l'armée doit acheminer l'aide internationale arrivant à l'aéroport de Cox Bazar et commencer à construire un nouveau camp, avec dans dix jours 14.000 abris censés pouvoir accueillir 400.000 réfugiés.

Jusqu'ici, le Bangladesh n'avait pas permis d'enregistrement systématique des réfugiés, mais, face à l'ampleur de la crise, il assouplit sa position et a commencé une campagne d'enregistrement, photos et empreintes digitales à l'appui. CÎté birman, ce sont quelque 30.000 bouddhistes et hindous qui ont fui leurs villages, face aux violences. L'aide humanitaire s'y organise aussi, gérée par les autorités birmanes.

AFP

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