Rare escalade entre deux pays de l'UE

Crise franco-italienne, Paris rappelle son ambassadeur

  • PubliĂ© le 7 fĂ©vrier 2019 Ă  23:08
  • ActualisĂ© le 8 fĂ©vrier 2019 Ă  05:51
La façade du palais FarnÚse à Rome, qui abrite l'ambassade de France, le 7 février 2019

La France a rappelé son ambassadeur en Italie jeudi aprÚs une série de déclarations "outranciÚres" de responsables italiens, une rare escalade entre deux pays de l'UE qui cristallise un peu plus les lignes de fracture en Europe à quelques mois des élections européennes.

Les deux responsables en question, le ministre de l'IntĂ©rieur Matteo Salvini et le vice-Premier ministre Luigi Di Maio, figures de proue du gouvernement populiste italien, se sont aussitĂŽt dit prĂȘts Ă  rencontrer le prĂ©sident Emmanuel Macron et le gouvernement français.

"Nous ne voulons nous fĂącher avec personne, les polĂ©miques ne nous intĂ©ressent pas", a assurĂ© M. Salvini, chef de l'extrĂȘme droite italienne.
Mais pour Paris, la coupe est pleine. "Nous ne cherchons pas l'escalade, nous ne rompons pas le dialogue mais nous disons clairement : +on en a marre de ces provocations et de ces ingérences+", a déclaré une source officielle française à l'AFP.
Ce rappel d'un ambassadeur "pour consultations" est sans précédent entre la France et un voisin européen depuis 1945, tout comme les attaques frontales d'un pays de l'UE envers un autre, souligne-t-on de source diplomatique.
Les deux dirigeants italiens ont multiplié les affronts à l'égard de l'exécutif français, saluant le mouvement social des "gilets jaunes" qui secoue la France et appelant à la démission du président Macron.
"Plus vite il rentrera chez lui, mieux ça vaudra!", lançait en janvier M. Salvini, évoquant Emmanuel Macron, l'accusant de "gouverner contre son peuple".

IntĂ©rĂȘts Ă©lectoraux

Paris avait choisi jusqu'ici de ne pas surréagir afin d'éviter la surenchÚre. Le ministÚre français des Affaires étrangÚres avait tout au plus convoqué l'ambassadrice d'Italie le 21 janvier aprÚs ces propos jugés "inacceptables".
Mais la rencontre mardi en France de Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystÚme) avec des "gilets jaunes" a fait déborder le vase.
"Les derniÚres ingérences constituent une provocation supplémentaire et inacceptable", a martelé la porte-parole du ministÚre français des Affaires étrangÚres, rappelant la nécessité du "respect entre deux gouvernements démocratiquement élus".
Luigi Di Maio n'est pas venu voir "n'importe qui en France, il est venu voir Monsieur (Christophe) Chalençon, un séditieux qui appelle à la guerre civile", souligne-t-on de source gouvernementale.
Sur l'immigration, la Libye, les activistes italiens recherchés pour terrorisme depuis les années 1970 et réfugiés en France ou le projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin, les différends entre Rome et Paris ont aussi conduit à des échanges vifs ces derniers temps.
"Avoir des désaccords est une chose, instrumentaliser la relation à des fins électorales en est une autre", a toutefois pointé la porte-parole de la diplomatie française.
Matteo Salvini tente d'organiser un front europĂ©en de l'extrĂȘme droite contre les pro-europĂ©ens incarnĂ©s par le chef de l'Etat français en vue du scrutin europĂ©en du 26 mai.

"Coups de menton"

En dĂ©placement au Liban, le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, s'est voulu de son cĂŽtĂ© rassurant: "Les relations entre les deux pays sont si anciennes que toute mauvaise passe, mĂȘme institutionnelle et un peu vive, pourra ĂȘtre dĂ©passĂ©e".
"La France a parfois du mal Ă  prendre au sĂ©rieux les coups de menton italiens. C'est souvent pris comme du théùtre. Peut-ĂȘtre la farce a-t-elle assez durĂ© et a-t-elle voulu montrer jusqu'oĂč allait sa patience", relĂšve SĂ©bastien Maillard, directeur de l'Institut Jacques Delors.

Pour autant, les deux chefs d'orchestre de la politique intérieure italienne n'ont aucune raison de changer de registre d'ici aux élections européennes du 26 mai.
"Les deux protagonistes sont en campagne et en compétition, c'est une coalition qui tient mal (...) Et Di Maio a trouvé là une façon d'exister par rapport à Salvini sur la scÚne européenne", estime l'expert européen.

La crise franco-italienne complique aussi un peu plus les ambitions européennes d'Emmanuel Macron, déjà contrariées par les déboires politiques de la chanceliÚre allemande Angela Merkel, partenaire clé de la France, et par le Brexit.
"Au-delà de ces escarmouches, provocations, c'est sûr que la relation franco-italienne sur le fond est en panne. Cela fait un allié traditionnel qui manque à la construction européenne", fait observer Sébastien Maillard.

AFP

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