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Cryptage: Washington fait monter la pression sur Apple d'un cran supplémentaire

  • PubliĂ© le 20 fĂ©vrier 2016 Ă  02:59
Le dĂ©partement amĂ©ricain de la Justice veut forcer Apple Ă  aider les enquĂȘteurs Ă  dĂ©bloquer l'iPhone d'un auteur de l'attentat de San Bernardino

Le bras de fer judiciaire autour du cryptage se durcit aux Etats-Unis, avec un nouveau recours vendredi du dĂ©partement de la Justice pour forcer Apple Ă  aider les enquĂȘteurs Ă  dĂ©bloquer l'iPhone d'un auteur de l'attentat de San Bernardino.


Le recours vise à obtenir un ordre judiciaire forçant Apple à aider le FBI, toujours incapable d'accéder au contenu du téléphone de Sayed Farook deux mois aprÚs cette fusillade qui avait fait 14 morts en Californie, et s'efforce de démonter les risques en terme de sécurité invoqués par le groupe informatique pour s'y opposer.
"La décision ne requiert pas, contrairement à ce qu'affirme la déclaration publique d'Apple, qu'Apple crée ou fournisse une porte dérobée sur tous les iPhone", indique le recours, déposé auprÚs d'une cour fédérale en Californie.
Cela "ne fournit pas à des +pirates et criminels+ un accÚs aux iPhone; cela ne requiert pas qu'Apple +pirate (ses) propres utilisateurs+ ou +décrypte+ ses propres téléphones", poursuit le texte.
Cette initiative vise à accélérer les efforts pour forcer Apple à collaborer. La juge californienne Sheri Pym a déjà décidé plus tÎt cette semaine que le groupe devait fournir "une assistance technique raisonnable".
Apple a plusieurs jours pour transmettre officiellement ses arguments Ă  la justice, mais il a dĂ©jĂ  dĂ©noncĂ© publiquement une requĂȘte "sans prĂ©cĂ©dent", aux "implications bien au-delĂ  de l'affaire judiciaire concernĂ©e", et s'est plaint que cela reviendrait Ă  crĂ©er une porte dĂ©robĂ©e qui pourrait affaiblir la sĂ©curitĂ© de l'appareil et de ses clients.
- "Inquiétudes marketing" -
Le nouveau recours du DoJ indique que sur la base de ses dĂ©clarations publiques, Apple semble fonder sa dĂ©fense sur "des inquiĂ©tudes marketing" et que personne n'a demandĂ© Ă  l'entreprise de fournir un logiciel qui pourrait ĂȘtre utilisĂ© par des pirates informatiques.
Une audience sur la question est prévue le 22 mars, selon le recours.
"L'urgence de cette enquĂȘte requiert ce recours maintenant qu'Apple a montrĂ© clairement son intention de ne pas se conformer" Ă  la premiĂšre dĂ©cision judiciaire, fait valoir le DoJ. "Il pourrait y avoir des communications et des donnĂ©es essentielles (...) auxquelles on n'a pas eu accĂšs jusqu'ici."
Le recours de vendredi affirme qu'Apple a les capacités techniques d'aider le FBI. Ce dernier réclame la désactivation d'une fonctionnalité qui efface les données contenues sur l'iPhone aprÚs un trop grand nombre de tentatives infructueuses pour casser le mot de passe.
Apple n'a pas réagi dans l'immédiat vendredi, mais son patron Tim Cook avait estimé plus tÎt cette semaine qu'il était trop risqué de fournir un logiciel permettant de le faire, car cela pourrait permettre à des personnes mal intentionnées de débloquer n'importe quel iPhone et créerait d'importantes inquiétudes en matiÚre de protection de la vie privée.
"Le gouvernement nous réclame quelque chose que nous n'avons simplement pas, et quelque chose que nous considérons trop dangereux à créer. Ils nous ont demandé de construire une porte dérobée sur l'iPhone", a indiqué le directeur général dans une lettre ouverte aux clients d'Apple cette semaine. "Dans les mauvaises mains, ce logiciel --qui n'existe pas aujourd'hui-- aurait le potentiel de débloquer n'importe quel iPhone que quelqu'un aurait physiquement en sa possession."
L'affaire suscite la colĂšre des avocats des libertĂ©s civiles, qui y voient le risque de dĂ©clencher une surveillance dĂ©bridĂ©e aux Etats-Unis ou ailleurs. Mais d'autres accusent Ă  l'inverse Apple d'entraver une enquĂȘte vitale en termes de sĂ©curitĂ©.
Des hauts responsables amĂ©ricains ont refusĂ© de spĂ©culer sur la maniĂšre dont la dĂ©cision rendue cette semaine par la juge Sheri Pym pourrait ĂȘtre mise en oeuvre. En thĂ©orie, Apple pourrait ĂȘtre convaincu d'outrage Ă  magistrat s'il refuse d'appliquer le jugement, et encourrait ainsi diverses pĂ©nalitĂ©s.
La procĂ©dure judiciaire a de fortes chances de se prolonger et de rĂ©clamer l'examen d'une sĂ©rie de questions tant techniques que lĂ©gales. Les deux parties vont probablement dĂ©clencher des procĂ©dures d'appel, et l'affaire pourrait mĂȘme remonter jusqu'Ă  la Cour suprĂȘme.

Par Brigitte DUSSEAU - © 2016 AFP
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