Le village oĂč il a grandi

Dans la douleur, dernier adieu au footballeur Emiliano Sala Ă  Progreso

  • PubliĂ© le 16 fĂ©vrier 2019 Ă  23:19
  • ActualisĂ© le 17 fĂ©vrier 2019 Ă  07:14
Le défenseur de Nantes Nicolas Pallois (g) porte le cercueil d'Emiliano Sala à Progreso en Argentine le 16 février 2019

Parents, amis, Ă©missaires de Nantes, Bordeaux et Cardiff, habitants de Progreso, le village qui a vu grandir Emiliano Sala, sont venus samedi par centaines s'incliner, pleurer, poser une main sur le cercueil du footballeur fauchĂ© en pleine ascension, alors qu'il s'apprĂȘtait Ă  rĂ©aliser son rĂȘve de jouer en Premier League.

Dans le gymnase du club de San Martin, son premier club, oĂč il a jouĂ© dix ans, une chapelle a Ă©tĂ© improvisĂ©e. Le cercueil Ă©tait recouvert de fleurs et d'un drapeau rouge et noir, les couleurs de San Martin. DerriĂšre le cercueil, une photo de deux mĂštres de haut du joueur avec le maillot du FC Nantes, une main sur le coeur.

A la fin de l'hommage, les enfants en tenue du club ont formé deux haies d'honneur vers le corbillard. Nicolas Pallois, joueur de Nantes, le frÚre, le pÚre et des amis d'Emiliano Sala portaient le cercueil. Pendant plusieurs minutes, des applaudissements ont retenti, jusqu'à ce que le convoi quitte Progreso pour le Crématorium.

Depuis que le petit avion privĂ© qui transportait le joueur de 28 ans entre Nantes et Cardiff a disparu le 21 janvier, le village de 3.000 habitants retient sa respiration, ses habitants s'excusent parfois de rire. ExtirpĂ© de l'Ă©pave, avant d'ĂȘtre identifiĂ©, le corps de Sala a Ă©tĂ© rapatriĂ© en Argentine vendredi. La dĂ©pouille du pilote n'a toujours pas Ă©tĂ© retrouvĂ©e.

- "Tu ne marcheras jamais seul" -

"C'est dur de voir son cercueil", lùche, ému, le maire de Progreso, Julio Muller. "Il représentait beaucoup pour nous, c'était un garçon impeccable. Ici, on adore le foot et c'était le seul à avoir pu devenir un joueur professionnel. Et en Europe! Alors il faisait l'admiration de tous." Devant le siÚge du club San Martin, une banderole dit: "Emi, tu ne marcheras jamais seul", reprenant le mot d'ordre du club de Liverpool.

Marcelo Vada, son entraßneur en Argentine de 15 à 20 ans, aujourd'hui entraßneur des U17 à Bordeaux, a les yeux rougis par les larmes. "Je suis détruit. Ce n'est pas un footballeur à qui je viens rendre hommage, mais à un homme extraordinaire, un guerrier". "Emi c'était un peu comme mon fils, il a vécu à la maison. La veille de sa mort, se souvient-il, il m'a appelé pour m'inviter au match contre Arsenal, en me promettant de m'offrir son maillot."

A 84 ans, Nilda Perret a bravĂ© la chaleur de l'Ă©tĂ© austral pour s'incliner sur le cercueil. "Depuis tout petit, il m'appelait +Lela+, il jouait avec mes petits enfants aux cow-boys. DerniĂšrement on communiquait par Facebook. Ça fait 25 jours que nous vivons avec cette douleur. Et 25 jours que je pleure, il Ă©tait tellement vivant."

Alcides Ribero, un producteur laitier de 73 ans, ressort du gymnase en épongeant son crùne chauve. "C'était important de venir lui dire adieu, c'est un coup trÚs dur pour le village, il avait tout fait pour se faire aimer. J'ai posé une main sur le cercueil...", dit-il, interrompu par l'émotion. "C'était trÚs émouvant, tout le village est venu et des gens ont fait le déplacement de toute la province", confie Rosa Lezcano, 50 ans, qui allait à l'école avec la mÚre du footballeur.

A Progreso, on se souvient d'Emi Ă  bicyclette, de ses footings, de ses buts. Quand il marquait dans le championnat de France, le dĂ©fi permanent Ă©tait de dĂ©nicher une vidĂ©o de l'action de but. Parti vers la France avant d'avoir jouĂ© un match de championnat d'Argentine, il confiait Ă  ses amis qu'il rĂȘvait de jouer pour un club argentin, pour sentir, depuis le terrain, la passion qui rĂšgne dans les stades.

- "C'était mon joueur" -

Nicolas Silva, joueur du club de Banfield, regrette de ne pas pouvoir se rendre Ă  Progreso: "Pendant deux saisons, 2008 et 2009, nous avons Ă©tĂ© prĂȘtĂ©s ensemble au club de Juventud Guadalupe par Proyecto Crecer (l'acadĂ©mie des Girondins de Bordeaux en Argentine, NDLR). Nous habitions dans la mĂȘme maison, avec d'autres jeunes footballeurs. C'Ă©tait un crack. Il Ă©tait au-dessus du lot". "Quand on terminait l'entraĂźnement, on restait, je centrais et il travaillait son efficacitĂ© devant le but. Il disait toujours: +si tu as du mal, entraĂźne-toi deux fois plus+", se souvient-il.

L'entraĂźneur de Cardiff Neil Warnock a fait le voyage pour prĂ©senter ses condolĂ©ances Ă  la famille. MĂȘme s'il n'a jamais jouĂ© pour Cardiff, "c'Ă©tait mon joueur, souligne-t-il, je l'avais fait signer. Nous avons eu deux ou trois conversations, et il m'avait dit qu'il marquerait les buts qui nous maintiendraient en Premier League".

- © 2019 AFP

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